Des marchands indépendants de Rona contre l'offre d'achat de Lowe's

  |  Radio-Canada avec La Presse Canadienne
Affiche de Rona

Des marchands indépendants de Rona (TSX:RON) s'opposent à leur tour à ce que le géant américain de la rénovation Lowe's achète le quincaillier québécois.

Dans une lettre envoyée au président et chef de la direction de Lowe's, Robert A. Niblock, en date du 21 août et rendue publique mercredi, 164 marchands indépendants de Rona expliquent leur rejet de l'offre non sollicitée par le fait que le modèle d'affaires de Lowe's n'est pas compatible avec le leur.

Rona regroupe un réseau de marchands indépendants et quelque 200 magasins corporatifs. L'entreprise québécoise, qui a pris un virage vers davantage de petits commerces de quartier, n'entend plus ouvrir de magasins à grande surface pour se concentrer sur ce qu'elle appelle des magasins de proximité.

Stéphane Gagnon, président du Groupe Gagnon et porte-parole des marchands indépendants, a été l'instigateur de la lettre. Selon lui, la démarche était informelle et les 164 marchands avec qui il a communiqué ont immédiatement accepté de l'appuyer.

Le but de la lettre, dit-il, était de dire à Lowe's qu'en tant que marchands indépendants, ils ne sont pas « intéressés à se faire acheter » parce que d'après lui, leur modèle d'affaires est adapté à leur clientèle. Il croit le modèle de Lowe's n'est tout simplement pas compatible.

« Eux, leur modèle, comme on voit dans les journaux, est basé beaucoup sur les grandes surfaces (...) tandis que nous, nous avons tous les modèles. » — Stéphane Gagnon

Le père de Stéphane Gagnon, M. André Gagnon, a appuyé la démarche de son fils. Il croit que la proposition de Lowe's crée de l'insécurité sur le sort des franchisés qui représentent plus de 25 % du volume de RONA à l'échelle du pays.

« On n'est pas prêts à devenir franchisés avec une organisation qui n'a pas d'expertise en franchises. [...] Et il y a un effet qui existe et que Loews ne pourra pas faire, c'est de maintenir le volume d'achat québécois », précise-t-il.

La lettre des marchands pourrait avoir un impact sur la suite des événements, puisqu'avec le rejet de l'offre, Lowe's pourrait être tentée de renchérir avec une offre plus élevée, croit Aymen Kayroui, professeur au département de finance de l'école des sciences de la gestion de l'UQAM.

Il ajoute que la culture d'entreprise qui est différente et que « ces marchands-là voient mal une synergie se faire entre les groupes entre les dirigeants de ses deux firmes [...]. Il y a peut-être une incompatibilité à la base. »

Le 31 juillet dernier, le géant américain de la rénovation Lowe's a présenté à Rona une offre d'achat non sollicitée de 1,76 milliard de dollars. Le conseil d'administration a décliné l'offre de 14,50 $ par action.

Une offre d'achat décriée

S'inquiétant pour les emplois en jeu, le syndicat des Teamsters avait laissé savoir à l'entreprise américaine que ce ne serait « peut-être pas une bonne idée » d'acquérir Rona, fleuron de la rénovation au Québec. Selon le syndicat, la culture de gestion des ressources humaines ne serait « pas forcément compatible à celle qui prévaut au Québec et au Canada ».

La proposition de Lowe's s'est aussi heurtée à l'opposition de politiciens québécois en pleine campagne électorale.

D'après le ministre des Finances, Raymond Bachand, la transaction irait à l'encontre des intérêts du Québec. M. Bachand et le ministre du Développement économique, de l'Innovation et de l'Exportation, Sam Hamad, ont d'ailleurs mandaté Investissement Québec pour trouver des moyens de contrer cette tentative d'achat.

La chef du Parti québécois, Pauline Marois, a quant à elle appelé le gouvernement à envoyer un message clair pour que Rona demeure la propriété d'intérêts québécois. Elle s'est par ailleurs engagée à créer un fonds d'investissement de 10 milliards de dollars visant à protéger les entreprises québécoises contre les prises de contrôle par des compagnies étrangères.

François Legault, le chef de la Coalition avenir Québec, avait alors déclaré que Mme Marois n'allait pas assez loin. Selon lui, « pour être capable de protéger nos 25 fleurons, ça prend 20 milliards de dollars ».

La Caisse de dépôt et placement du Québec a annoncé le 31 juillet avoir fait l'acquisition de 2 % des actions de Rona, portant à 14,18 % la part des actions ordinaires détenues par la Caisse. Selon M. Bachand, la Caisse de dépôt avait alors agi de façon indépendante.

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