Depuis le rejet par Rona de l'offre d'achat de la chaîne américaine Lowe's, il y a 11 jours, les deux parties gardent le silence, se refusant à tout commentaire. Un mutisme qui alimente les spéculations sur un éventuel rapprochement entre les deux entreprises.
Lorsque la direction Rona a publiquement annoncé, le mardi 31 juillet, que son conseil d'administration avait rejeté l'offre non sollicitée de Lowe's, elle avait indiqué qu'elle s'exprimerait sur le sujet lors de la présentation des résultats financiers du deuxième trimestre 2012 du quincailler de Boucherville.
Cette présentation a eu lieu mercredi dernier, mais le pdg de l'entreprise québécoise, Robert Dutton, a refusé de parler de l'offre de Lowe's. Au début de sa conférence téléphonique avec les analystes et les journalistes, il a fait savoir qu'il ne ferait « aucun commentaire ».
La porte-parole de Rona, Nadia Goyer, a ensuite expliqué qu'il n'appartenait pas à la direction de s'exprimer sur le sujet puisque l'offre du quincailler américain avait été déposée devant le conseil d'administration.
Spéculations sur une contre-offre revalorisée
De son côté, la direction de Lowe's n'est pas plus loquace. Après le refus de Rona, le détaillant américain avait publié un communiqué dans lequel il se disait déçu de la décision du conseil d'administration de Rona, mais qu'il désirait toujours ardemment conclure la transaction, tout en indiquant qu'il étudierait toutes les possibilités qui s'offrent à lui.
Plusieurs analystes financiers en ont déduit que le quincailler de Mooresville, en Caroline du Nord, allait revoir son offre à la hausse. L'analyste de Valeurs mobilières Desjardins, Keith Howlett, estime ainsi que Lowe's pourrait proposer 18 $ par action Rona. Vishal Shreedhar, de la Financière Banque Nationale, pense lui que l'entreprise américaine pourrait conclure la transaction en offrant 19 $ par action. Il évalue cependant à 50 % les chances de Lowe's d'aboutir.
Contacté par Radio-Canada.ca, le vice-président de Lowe's en charge des relations avec les médias, Chris Ahearn, indique dans un courriel qu'aucune offre additionnelle n'a été présentée au conseil d'administration de Rona et qu'il ne commenterait pas les rumeurs prétendant le contraire. « Notre proposition originale est sur la table du conseil d'administration de Rona pour engager des négociations », écrit-il, précisant qu'il ne s'agit pas d'une offre « officielle » d'achat.
Qui a sollicité qui?
Au-delà des spéculations sur l'imminence d'une contre-offre de Lowe's, un imbroglio persiste. Dans sa lettre d'intention, le quincailler américain évoque « des rencontres que nous avons eues par le passé avec M. Robert Dutton », ainsi qu'une « précédente proposition écrite, en date du 15 décembre 2011 ».
Dans la foulée du refus de Rona, l'entreprise américaine a publié un communiqué dans lequel elle affirme que les négociations ont été entamées « à la demande de Rona ». « Les chefs de la direction de Lowe's et de Rona se sont rencontrés il y a un an, soit le 27 juillet 2011, pour discuter d'une éventuelle relation d'affaires entre les deux sociétés », précise le texte.
Il indique également que les discussions entre les deux parties se sont prolongées après cette rencontre initiale « afin de conclure un accord entre les deux entreprises, dont une proposition initiale visant l'acquisition de RONA par Lowe's, en date du 15 décembre 2011 ». Proposition qui a été refusée par le conseil d'administration de Rona, signale la compagnie.
Cette version des faits a été démentie par le pdg de Rona, Robert Dutton, qui s'est dit surpris des déclarations de Lowe's. Selon lui, les discussions ont été initiées par le détaillant américain.

En attendant de démêler le vrai du faux, des marchands Rona entendent bloquer la tentative de rachat de Lowe's. Plusieurs d'entre eux ont indiqué qu'ils avaient racheté des actions du quincailler de Boucherville, afin de s'assurer que l'entreprise demeure canadienne.
Le titre Rona (TSX:RON) était coté 14,00 $ vendredi en fin de séance à la Bourse de Toronto. La veille du refus de l'offre de Lowe's par le conseil d'administration de l'entreprise, le 30 juillet, l'action valait 11,87 $.
Un enjeu politique?
À la veille du déclenchement de la campagne électorale au Québec, l'annonce du refus de Rona a fait réagir la classe politique provinciale.
Le ministre québécois des Finances, Raymond Bachand, avait rapidement réagi, affirmant que « cette transaction n'apparaît pas être dans l'intérêt du Québec ni du Canada ». Il avait dans la foulée mandaté Investissement Québec pour contrer la tentative d'achat de Lowe's.
Le premier ministre Jean Charest avait lui aussi souligné l'importance du quincailler de Boucherville au Québec. « Nous croyons que Rona sert bien l'économie du Québec, crée de l'emploi et c'est une entreprise que nous voulons garder au Québec », avait déclaré le chef libéral.
De son côté, la chef péquiste, Pauline Marois, a appelé le gouvernement à envoyer un message clair pour que Rona demeure la propriété d'intérêts québécois. « Je crois que la Caisse de dépôt devrait devenir très active, pour occuper tout l'espace qu'elle peut occuper, pour nous assurer que le siège social demeure ici et que nous continuions de contrôler cette entreprise », avait-elle estimé.