Rona rejette une offre d'achat de Lowe's

Radio-Canada avec La Presse Canadienne
Magasin Rona

Le conseil d'administration du géant québécois de la rénovation Rona (TSX:RON) a décliné une offre d'achat de 1,76 milliard de dollars de la chaîne américaine Lowe's, qui n'abandonne pas pour autant son projet d'augmenter sa présence au Canada.

Au début du mois, son rival américain a proposé à Rona d'acquérir la totalité de ses actions au prix unitaire de 14,50 $. Cette proposition « n'était pas dans le meilleur intérêt » des actionnaires, explique la direction dans un communiqué mardi.

La semaine dernière, Rona a informé Lowe's que son conseil d'administration avait rejeté à l'unanimité sa proposition non sollicitée. Le quincaillier de Mooresville en Caroline du Nord a toujours l'intention d'acquérir le géant québécois de la rénovation, mais avec l'appui des administrateurs de Rona.

Québec se porte à la défense de Rona

Le ministre québécois des Finances, Raymond Bachand, a rapidement réagi par voie de communiqué en affirmant que « cette transaction n'apparaît pas être dans l'intérêt du Québec ni du Canada ».

Le ministre a mandaté Investissement Québec pour tenter de contrer cette tentative d'achat de la part de Lowe's. En conférence téléphonique, il a affirmé qu'Investissement Québec pourrait notamment acheter des actions de Rona.

« Investissement Québec peut certainement acheter des actions et prendre une participation ou mener une petite coalition de gens qui veulent participer et faire ça de façon organisée avec Investissement Québec », a-t-il avancé.

M. Bachand a estimé que l'acquisition par le détaillant américain risquerait de mettre en péril de nombreux emplois au Québec et au Canada, en rappelant que Rona effectue près de la moitié de ses achats au Québec et près de 85 % au Canada.

« Fondamentalement, à long terme, c'est la déstructuration économique que ça amène. On parle de 90 000 emplois au Canada, presque 50 000 au Québec. Beaucoup se trouvent dans le réseau de fournisseurs. [...] Lowe's a fait beaucoup de promesses dans son offre, mais elle a une seule obligation à court terme, c'est de maximiser les profits », a-t-il déclaré.

« Rona est aussi un joueur très impliqué dans ses communautés. C'est un commanditaire majeur d'équipes et d'athlètes, c'est un soutien social très important pour le pays », a-t-il ajouté.

Le ministre Bachand a dit espérer que Lowe's ne fera pas d'autre offre et appelle les actionnaires de Rona à rejeter la proposition d'acquisition non sollicitée de la société américaine. Il a aussi affirmé s'être entretenu avec les dirigeants de Rona pour leur offrir la collaboration du gouvernement.

Le premier ministre Jean Charest a lui aussi souligné l'importance de Rona au Québec. « Nous croyons que Rona sert bien l'économie du Québec, crée de l'emploi et c'est une entreprise que nous voulons garder au Québec », a-t-il dit, interrogé par des journalistes, mardi.

La Caisse de dépôt accroît sa participation dans Rona

En début d'après-midi, la Caisse de dépôt et placement du Québec annonçait dans un communiqué avoir fait l'acquisition de 2 % des actions de Rona à la Bourse de Toronto, ajoutant qu'elle pourrait varier son investissement selon les conditions du marché ou d'autres facteurs pertinents. Cette acquisition porte à 14,18 % la part des actions ordinaires détenues par la Caisse.

En conférence téléphonique, le ministre Bachand a précisé que la Caisse de dépôt agit de façon complètement indépendante et que le gouvernement n'avait rien à voir avec la décision de la Caisse d'acheter des actions.

Un autre actionnaire de Rona, le Fonds de solidarité FTQ, a appuyé la décision du conseil d'administration de l'entreprise de rejeter l'offre d'achat.

« Le Fonds de solidarité FTQ appuie la décision du conseil de Rona en tenant compte de sa mission de base reliée au soutien des emplois et du développement économique au Québec, tout en visant un rendement raisonnable pour ses actionnaires », peut-on lire dans un communiqué.

De son côté, la chef péquiste, Pauline Marois, a appelé le gouvernement à envoyer un message clair pour que Rona demeure la propriété d'intérêts québécois, en soulignant l'importance de l'entreprise pour l'économie du Québec.

« Je crois que la Caisse de dépôt devrait devenir très active, pour occuper tout l'espace qu'elle peut occuper, pour nous assurer que le siège social demeure ici et que nous continuions de contrôler cette entreprise, entre les mains d'intérêts québécois », a-t-elle dit lors d'un point de presse, à Montréal.

Magasin Lowe's (archives)  Photo :  PC/AP Photo/Michael Dwyer

Lowe's n'entend pas abandonner

De son côté, le détaillant américain a lui aussi publié un communiqué dans lequel il indique qu'il souhaitait toujours ardemment conclure une transaction avec Rona et qu'il étudierait toutes les possibilités qui s'offrent à lui.

Lowe's dit déjà compter sur l'appui d'actionnaires détenant 15 % des actions de Rona et tentera de convaincre les autres.

« Nous sommes déçus que le conseil d'administration de Rona ait rejeté notre proposition amicale non contraignante, car celle-ci est très attrayante pour les actionnaires de Rona. Nous croyons que le regroupement de Lowe's et Rona a énormément de sens sur le plan des affaires », peut-on lire.

« De plus, notre proposition comprend un nombre important d'engagements envers Rona qui seront à l'avantage des parties prenantes clés, notamment les marchands-propriétaires, les employés, les fournisseurs, les clients de Rona et les collectivités locales qu'elle dessert. De plus, nous maintiendrions le siège social de Rona à Boucherville au Québec », poursuit le communiqué de Lowe's.

Le titre de Rona avait gagné 13,73 % à la fermeture à la Bourse de Toronto mardi, à 13,50 $.

En avril dernier, le réseau de quincaillerie Rona publiait un communiqué dans lequel il indiquait ne pas être à vendre en réponse aux spéculations des actionnaires à propos des intentions de Lowe's, qui avait admis être à la recherche d'occasions d'affaires au Canada pour y augmenter sa présence. Le détaillant américain possède quelque 1700 magasins aux États-Unis et au Mexique, mais seulement 30 au Canada, comparativement à environ 800 pour Rona.

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