Même si plusieurs se réjouissent de la conclusion d'un nouveau contrat de travail mettant fin à un lock-out de six mois à l'aluminerie de Rio Tinto Alcan (RTA) à Alma, certains observateurs considèrent qu'il est difficile pour les syndiqués de crier victoire.
Jeudi, les syndiqués ont accepté l'entente de principe dans une proportion de 82,8 % pour les membres de l'accréditation horaire, de 92,5 % pour ceux du Centre de revêtement des cuves et de 83,3 % pour les employés de bureau.
Selon l'entente, l'employeur protégerait 90 % des emplois de la sous-traitance. Toutefois, une soixantaine de postes sont supprimés au Centre de revêtement des cuves.
« Ce qui me frappe, c'est qu'on insistait sur le maintien d'un plancher d'emploi et que finalement, on fait disparaître tous les emplois correspondant à une unité de négociation », affirme Alain Barré, professeur en relations industrielles à l'Université Laval.
« Je me demande même si le syndicat n'aurait pas eu intérêt à régler le conflit dès le départ. J'avais cru comprendre que l'employeur reconnaissait la sécurité d'emploi absolue à tous ceux qui étaient sur la liste de paye au 31 décembre dernier, ce qui n'est pas rien dans le secteur privé. Manifestement, ce n'est plus le cas », dit-il.
Même s'il soutient qu'il ne faut pas sauter aux conclusions, puisque le texte final de l'entente de principe n'a pas encore été rendu public, M. Barré souligne certains dangers potentiels.
« Les travailleurs [dont le poste est supprimé] vont être intégrés dans d'autres usines, éventuellement. Mais attention, il faut que les conventions des employés où atterriront ces travailleurs respectent leur ancienneté. Si vous arrivez d'une autre unité de négociation, il faut que les textes le prévoient. J'espère que le syndicat des métallos a eu cette préoccupation », souligne-t-il.
Évaluer les forces de la partie adverse
Selon le spécialiste, le contexte économique favorisait RTA dans ce conflit de travail.
« Lorsque tu t'engages dans un conflit, tu dois bien évaluer la capacité de l'autre partie de résister à la pression. Le conflit a été déclenché à un moment où le coût de l'aluminium était relativement bas. Si le prix de l'aluminium avait été plus haut, il y aurait eu beaucoup plus de pression sur RTA pour régler le conflit. C'était un mauvais timing de la part du syndicat », dit-il.
D'après lui, les clauses limitant à 10 % le nombre d'heures de travail pouvant être octroyées à la sous-traitance sont peut-être la marge que souhaitait obtenir l'employeur. « Je ne connais pas la marge de manoeuvre exacte de RTA et ses objectifs de négociation sur cette question, mais il y a quand même une unité de négociation qui disparaît et les tâches entièrement référées à la sous-traitance », mentionne-t-il.
La question des surplus d'électricité
L'entente qui permet la vente d'électricité par RTA à Hydro-Québec en cours de lock-out, dont les médias ont obtenu copie en février, fait aussi craindre des reculs à certains observateurs.
« On a découvert en cours de conflit que RTA avait une entente secrète avec Hydro-Québec, qui permet à RTA de vendre ses surplus d'électricité à Hydro-Québec. Ça vient changer la donne et c'est un recul important pour la région, qui s'est prononcé par référendum pour la prise en main de ses ressources et de l'énergie. On doit faire un post-mortem là-dessus », soutient quant à lui Marc-Urbain Proulx, professeur en développement régional à l'Université du Québec à Chicoutimi.
Même s'il reconnaît que l'entente permet de baliser davantage la sous-traitance et qu'on assure la compétitivité de l'usine, RTA a quand même gagné à plusieurs égards, selon lui.
« C'est sûr qu'après six mois de conflit, on se réjouit qu'il y ait une entente. Mais il y a eu des pertes très importantes pour la région, qui compte de moins en moins d'emplois reliés à l'industrie de l'aluminium. On peut se demander pourquoi il y a eu un tel conflit. Pourquoi un lock-out si brusque pour régler des clauses qui ne sont pas inabordables et non négociables. On espère qu'à l'avenir, le syndicat et l'employeur s'assoiront pour régler des litiges », dit-il.
