Barclays n'est que « la première banque dénoncée », dit son ex-DG

  |  Radio-Canada avec Agence France-Presse, Associated Press et BBC
Bob Diamond, ex-directeur général de Barclays, devant la commission parlementaire. Bob Diamond, ex-directeur général de Barclays.

Bob Diamond, qui a démissionné de son poste de directeur général de la banque Barclays mardi, admet devant les députés du Parlement britannique réunis en commission que des « comportements répréhensibles » ont « clairement » eu lieu au sein de l'institution financière.

L'ex-chef de la direction de Barclays explique qu'il s'est senti « physiquement mal » lorsqu'il a lu le contenu des correspondances démontrant que des courtiers manipulaient des taux interbancaires. Il dit aussi n'être au fait de ces comportements que depuis un mois.

Bob Diamond, qui a professé son « amour » pour Barclays à plusieurs reprises pendant son audience devant les parlementaires britanniques, mercredi, se désole de l'effet du scandale actuel sur l'image de l'institution et maintient que l'établissement est « un endroit merveilleux ».

Même si Barclays est la banque vers laquelle tous les regards sont présentement tournés, les tentatives de manipulation des taux interbancaires sont une pratique à l'échelle de l'industrie, dit M. Diamond. Il estime que lui-même et la banque qu'il dirigeait jusqu'à tout récemment sont victimes d'une « malencontreuse série d'événements au cours de la semaine passée autour de Barclays, la première [institution] à être identifiée dans un rapport ».

À l'heure actuelle, les autorités boursières britannique et américaine ont ouvert des enquêtes sur les agissements de Barclays, mais aussi d'une douzaine d'autres institutions financières au sujet de présumées fraudes des taux interbancaires, de 2005 à 2009. Des accusations criminelles pourraient être déposées.

M. Diamond a refusé, mercredi, de critiquer le service de conformité de la Barclays, dont la tâche est d'enquêter sur d'éventuels gestes criminels. Il considère que les seuls responsables dans cette affaire sont 14 courtiers.

Manipulations de chiffres criminellesLe Libor et l'Euribor, les taux interbancaires manipulés, sont des taux moyens de référence qui indiquent ce que les banques doivent payer lorsqu'elles empruntent de l'argent entre elles. Ces taux sont calculés à partir des chiffres que soumettent les banques. Si une banque doit emprunter à un taux élevé, cela signale que la banque qui lui accorde un prêt a peu confiance en elle.

Pendant cinq ans, le personnel de la Barclays a soumis des taux d'emprunts trompeurs, soit pour faire gonfler ses profits, soit pour protéger sa réputation.

Pour mieux comprendre le scandale des taux manipulés, lisez notre article à ce sujet.

Même s'il jette essentiellement le blâme sur un nombre restreint de courtiers, dans un cas de manipulation précis, en octobre 2008, Bob Diamond explique que Barclays a soumis des chiffres pour le calcul du Libor qui étaient faussement faibles parce que d'autres banques en soumettaient de plus bas encore. Cela donnait une mauvaise image de Barclays, qui tentait alors d'attirer des investissements du Qatar. « Nous étions désespérés », dit-il aux parlementaires.

La direction de Barclays craignait la réaction du gouvernement devant les difficultés de financements qu'éprouvait la banque. « Ils pouvaient se dire "mon Dieu, ils ne peuvent pas se financer, nous devons les nationaliser", comme ils l'avaient fait avec d'autres banques », explique Bob Diamond.

« L'objectif de tout cela n'était pas de faire baisser les taux du Libor. [...] L'objectif était d'empêcher la nationalisation de Barclays. » — Bob Diamond, ancien directeur général de Barclays

Le 29 octobre 2008, M. Diamond a fait part de ses doutes que des banques puissent manipuler les chiffres de leurs taux interbancaires dans une conversation avec le gouverneur de la Banque d'Angleterre, Paul Tucker. Bob Diamond assure que c'est ce dernier qui a amorcé la conversation parce que le gouvernement se demandait pourquoi Barclays soumettait des chiffres plus élevés que les autres banques.

Le gouverneur de la banque centrale du Royaume-Uni lui aurait ensuite dit que « ce n'était pas nécessaire d'afficher des chiffres aussi élevés ». Cette conversation rapportée par M. Diamond met de la pression sur la banque d'Angleterre, soulevant l'hypothèse que la banque centrale était au courant du phénomène des manipulations interbancaires.

Barclays en brefFondée en 1690, Barclays est la quatrième banque du monde en termes d'actifs et la deuxième du Royaume-Uni, selon le classement 2011 du magazine Global Finance. Elle emploie près de 140 000 personnes dans plus de 50 pays.

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