Sommet européen : entente sur un plan de croissance de 120 milliards d'euros

  |  Radio-Canada avec Agence France-Presse, Reuters et La Presse Canadienne
Le reportage de Maxime Bertrand

Les dirigeants de l'Union européenne, réunis jeudi à Bruxelles, ont convenu d'un plan de 120 milliards d'euros pour soutenir la croissance de la région ainsi que pour renforcer leur union économique et monétaire.

Le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, a annoncé le plan de 120 milliards d'euros (154 milliards de dollars) lors d'une conférence de presse, précisant qu'il consisterait en un relèvement des ressources de la Banque européenne d'investissement et le lancement d'obligations pour financer des projets d'infrastructures.

Après avoir refusé de le signer parce qu'elles souhaitaient d'abord voir l'Allemagne consentir à des mesures de court terme permettant de faire baisser leurs coûts de financement, l'Espagne et l'Italie ont finalement donné leur accord au pacte de croissance.

« L'Espagne et l'Italie ont levé leurs réserves », a déclaré le premier ministre luxembourgeois Jean-Claude Juncker, à l'issue de leur réunion.

Le président du Conseil italien Mario Monti s'est dit « satisfait » de l'accord, le qualifiant de « très important pour l'avenir de l'Union européenne et de la zone euro ».

Plus tôt, un responsable gouvernemental a précisé que la France avait elle aussi fait part de réserves concernant le calendrier d'introduction des mesures de restriction budgétaire prévues par l'accord.

Rappelons que la semaine dernière, les dirigeants allemand, français, italien et espagnol se sont entendus pour mobiliser 1 % du PIB européen, soit 120 à 130 milliards d'euros (150 à 165 milliards de dollars canadiens), pour stimuler la création d'emplois et la croissance plutôt que de miser uniquement sur l'austérité.

Les dirigeants des 27 pays membres de l'Union européenne ont tenté aussi jeudi de faire avancer leur intégration économique afin de sauver l'euro, en plus d'essayer de s'entendre sur des mesures d'urgence pour aider les pays les plus fragiles de l'Europe.

Les discussions, qui se poursuivront vendredi, se tiennent au moment où l'Espagne et Chypre viennent de réclamer une aide financière.

Les responsables étudient par ailleurs une proposition de la Finlande qui permettrait à l'Espagne et à l'Italie d'émettre des obligations sécurisées et autoriserait dès lors le fonds de sauvetage permanent de la région à acheter de la dette de ces pays sur le marché primaire, a appris l'agence Reuters jeudi auprès de trois responsables de l'union monétaire.

Un tel mécanisme permettrait de faire baisser les coûts de financement des deux pays.

Le renforcement de l'Union économique et monétaire est aussi à l'horaire des pourparlers. M. Van Rompuy a d'ailleurs préparé un rapport, dans lequel il propose un contrôle accru des budgets nationaux et la mise en place d'une union bancaire. Toutefois, aucune décision ne sera prise à ce sujet avant la fin de l'année.

C'est le dix-neuvième sommet européen depuis le début de la crise de la dette, fin 2009.

Des défis de taille

Avant l'ouverture du sommet, le commissaire européen aux affaires économiques, Olli Rehn, avait souhaité que les dirigeants de l'UE acceptent de nouvelles mesures de croissance pour l'Europe.

Il a également plaidé pour des actions afin de réduire les taux d'intérêt de l'Espagne et de l'Italie qui atteignent des niveaux ingérables. « Nous avons besoin de décisions concrètes pour une stabilisation à court terme des marchés, notamment les marchés de dette souveraine », a-t-il dit.

Dès son arrivée, le président français François Hollande a appelé à « des solutions très rapides pour soutenir les pays en difficulté sur les marchés alors même qu'ils ont fait des efforts considérables », faisant allusion à l'Espagne et à l'Italie. Il a ajouté que Paris et Berlin s'entendaient sur les moyens de stimuler la croissance, mais n'étaient pas encore arrivés à un accord sur les moyens à prendre pour stabiliser les économies les plus fragiles de la zone euro à court terme.

Certains responsables européens ont affirmé que la question des euro-obligations ne devrait pas être à l'ordre du jour, ou ont encore rappelé leur ferme opposition à cette idée.

« Je crois que nous devrions cesser de parler des euro-obligations puisque l'Allemagne s'oppose catégoriquement à cette idée. Je continue de croire que c'est une bonne solution, mais il ne sert à rien de poursuivre les débats théoriques quand la maison est en feu », a dit de son côté Martin Schulz, le président du Parlement européen, à la télévision allemande.

Le premier ministre néerlandais, Mark Rutte, s'est opposé jeudi à une mutualisation de la dette. « Nous ne résoudrons les problèmes de l'Europe que par le respect des accords et en faisant en sorte que les marchés fonctionnent mieux. La seule façon de sortir de cette crise est en aidant les pays du sud de l'Europe, à condition qu'ils acceptent leurs responsabilités et que les critères soient stricts », a-t-il dit.

De son côté, le ministre canadien des Finances, Jim Flaherty, a déclaré jeudi qu'il était urgent que les leaders européens s'entendent sur un plan pour sortir l'Europe de la crise et prévenir une crise économique mondiale, lors d'un discours tenu à Galway, en Irlande.

Les conclusions du sommet sont attendues vendredi, ainsi qu'une décision sur l'adhésion du Monténégro à l'Union européenne.

Par la suite, les 17 pays membres de la zone euro se concerteront, en présence de Mario Draghi, président de la Banque centrale européenne, pour tenter de trouver des réponses immédiates et concrètes à l'aggravation de la crise de l'euro et pour éviter sa contagion à des pays comme l'Italie.

Les Bourses européennes ont achevé leur séance jeudi sans direction d'ensemble, sceptiques quant aux chances de voir le sommet de Bruxelles aboutir à des réponses efficaces à la crise de la dette.

À la clôture, Francfort reculait de 1,27 %, Londres de 0,56 % et Paris de 0,37 %. De leur côté, Milan et Madrid ont progressé de 0,67 % et 0,82 %, respectivement. En Amérique du Nord, le Dow Jones a terminé en baisse de 0,2 % et le Nasdaq, de 0,9 %. Le TSX à Toronto a gagné 0,12 %.

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