Le siège social de News Corp., à New York
Photo : AFP/MARIO TAMA
Le géant médiatique News Corp. envisage de se scinder en deux entreprises cotées et pourrait séparer ses activités de presse de celles de télévision et cinéma dans la foulée du scandale des écoutes illégales.
News Corporation, le groupe du magnat américano-australien Rupert Murdoch, « confirme qu'il envisage une restructuration pour séparer ses activités en deux entreprises cotées distinctes », selon un communiqué du groupe mardi.
Le Wall Street Journal et le New York Times, citant des sources proches du dossier, affirment que cette opération, si elle allait de l'avant, donnerait naissance d'un côté à un puissant groupe recentré sur la rentable activité télévision et cinéma, qui comprendrait le réseau de chaînes Fox, les studios 20th Century Fox et des réseaux de télévision par satellite (Sky Italia, BSkyB).
D'un autre côté, News Corp. regrouperait les actifs liés à la presse et à l'édition, notamment l'agence d'informations financières Dow Jones, des journaux dans le monde entier dont le Wall Street Journal et le Times de Londres, et la maison d'édition Harper Collins.
Les activités télévision et cinéma ont généré les trois quarts des recettes du groupe: 23,5 milliards de dollars de chiffres d'affaires pour l'exercice terminé fin juin 2011, contre seulement 8,8 milliards pour l'activité presse.
Le directeur des opérations de News Corp., Chase Carey, avait déjà évoqué en début d'année la possibilité d'une scission du groupe.
Le projet pourrait être officialisé dès cette semaine s'il est validé par Rupert Murdoch.
Une décision bien accueillie par les marchés
Le titre News Corp. avait gagné 8,28 %, à 21,96 $US, à la fermeture à la Bourse de New York, mardi.
« News Corp. est peut-être finalement en train de considérer un changement de structure qui plairait à coup sûr aux investisseurs », juge la maison de courtage Miller Tabak.
« L'annonce d'une scission est positive pour News Corp. et BSkyB », renchérit la banque Citigroup dans une note, qui souligne que « 90 % des résultats du groupe sont générés en dehors des activités presse et édition ».
Citigroup ajoute que les activités de télé et cinéma seraient ainsi isolées de celles d'où est parti le scandale des écoutes qui plombe le groupe depuis un an, et qui l'a notamment empêché d'aller de l'avant dans un projet d'acquérir la totalité de la chaîne BSkyB, dont il détient pour l'instant 39,1 %.
Le tabloïd News of the World, l'un des ex-fleurons du groupe, fermé précipitamment l'été dernier, est soupçonné d'avoir procédé à l'écoute électronique de quelque 800 personnes dans les années 2000 pour obtenir des informations croustillantes.
L'autorité britannique des télécommunications a même fait savoir qu'elle s'interrogeait pour savoir si News Corp. constituait toujours un opérateur « apte et convenable » au regard du scandale, menaçant le groupe d'un retrait de sa licence de diffusion.
« Une scission pourrait réduire [ces] problèmes » et « ouvrirait la voie à une nouvelle offre sur [la totalité de] BSkyB en 2013 », estime Citigroup.
La banque Barclays estime toutefois que la manière dont une telle scission allégerait le poids du scandale sur les activités hors presse écrite du groupe « n'est pas claire », notamment car « le contrôle par la famille Murdoch des deux entités restera un obstacle », d'autant que celle-ci devrait garder « environ 40 % des droits de vote sur les deux entités ».
Un autre grand groupe de médias, l'américain Viacom, avait déjà effectué une opération similaire en 2006 en donnant son indépendance à ses activités télévisuelles (CBS).