Le siège social de Bankia, à Madrid (archives)
Photo : AFP/PIERRE-PHILIPPE MARCOU
L'Espagne devrait réclamer de 60 à 65 milliards d'euros à l'Europe pour renflouer son secteur bancaire, d'après le rapport préliminaire de deux cabinets d'audit chargés d'inspecter les comptes des banques espagnoles, obtenu par le quotidien espagnol ABC.
« Le montant, déjà connu du ministre [espagnol] de l'Économie, Luis de Guindos, est de 60 milliards d'euros », écrit le journal. Ce montant pourrait augmenter de 5 milliards d'euros « selon le comportement de chaque entité dans un scénario plus ou moins difficile », ajoute le quotidien ABC.
En plus, le quotidien détaille les sommes qui seraient allouées à chaque banque en difficulté en raison de leur exposition trop forte au secteur immobilier espagnol, qui s'est effondré en 2008.
La quatrième banque du pays en importance, la Bankia, qui a été nationalisée le mois dernier, précipitant le plan d'aide aux banques espagnoles conclu samedi dernier, recevrait à elle seule 19 milliards d'euros, soit le montant qu'elle avait réclamé à Madrid pour assainir ses comptes. Deux autres institutions contrôlées par l'État, et ayant été également secourues par lui, Novagalicia et CatalunyaCaixa, recevraient aussi chacune 10 milliards d'euros.
Les résultats de l'audit devaient être connus d'ici au 21 juin, date limite à laquelle Madrid pourra présenter formellement sa demande de soutien financier. Leur publication sera toutefois avancée, à la demande du chef du gouvernement, Mariano Rajoy, qui souhaite pouvoir évoquer le sujet lors du sommet du G20 de Los Cabos, au Mexique, les 18 et 19 juin.
Les dirigeants européens souhaitent qu'un accord définitif sur la mise en place de l'aide financière soit conclu lors du sommet de l'Union européenne à Bruxelles les 28 et 29 juin.
Les inquiétudes sur l'efficacité du plan de sauvetage des banques espagnoles, ainsi que la décision de Moody's mercredi d'abaisser la note du pays ont fait grimper pour la première fois jeudi le rendement des obligations espagnoles à 10 ans au-delà de 7 %. Au dire d'experts, au-delà de ce seuil, le marché estime souvent qu'une aide internationale est nécessaire pour le pays, et pas seulement pour le système bancaire.
Bankia devra rendre des comptes
Par ailleurs, le mouvement des « indignés » a annoncé jeudi avoir déposé une plainte contre l'ancienne direction de Bankia. La plainte, déposée aux noms de 13 actionnaires, vise l'ex-président de Bankia, Rodrigo Rato, et les membres du conseil d'administration, pour « falsification de comptes » et « information frauduleuse » auprès de l'autorité de marché. Ceux-ci risquent des peines de un à six ans de prison.
« Nous voulons montrer que c'en est fini de l'impunité. Les responsables doivent aller en prison », ont affirmé des porte-parole du mouvement, lors d'une conférence de presse.
Le nouveau président de la banque, José Ignacio Goirigolzarri, a reconnu « des erreurs » lors de la création de la banque, née de la fusion de sept caisses d'épargne en difficulté, et de son entrée en bourse en juillet 2011. Depuis, la banque a révisé ses comptes et reconnu une perte de 3 milliards d'euros pour 2011, contre un bénéfice de 309 millions affiché dans un premier temps. L'action a perdu plus des deux tiers de sa valeur.
Notons qu'il s'agit de la quatrième plainte visant Bankia, après celles déposées par le groupe d'extrême droite Manos Limpias, le parti centriste UPyD et le collectif Democracia Real Ya.
Le parquet anticorruption a également ouvert une enquête préliminaire sur d'éventuelles fraudes commises lors de la création de Bankia et de son introduction en bourse.
Bankia a annoncé mercredi que Rodrigo Rato avait renoncé à des indemnités de 1,2 million d'euros prévues dans son contrat.