Avions d'Air Canada
Photo : PC/Ryan Remiorz
Le ministère fédéral de la Justice conseille à Ottawa de ne pas présenter de requête contre Air Canada devant les tribunaux afin d'obliger le transporteur à respecter la loi constituante de 1988.
En vertu de cette loi, la Loi sur la participation publique au capital d'Air Canada, le transporteur aérien est tenu de maintenir les centres d'entretien et de révision de ses appareils à Montréal, à Mississauga, en Ontario, et à Winnipeg.
Dans un avis juridique rendu public jeudi, le ministère de la Justice considère d'abord qu'il n'est pas évident de prouver qu'Air Canada ne respecte pas la loi parce qu'Aveos n'est plus en mesure d'offrir ses services d'entretien au transporteur. Il souligne qu'Air Canada effectue ses propres travaux d'entretien et de révision dans différentes villes, dont celles indiquées dans la loi.
La loi est vague, souligne encore l'avis juridique. Le terme « révision » peut en effet autant signifier la maintenance en piste, effectuée par des employés d'Air Canada dans les trois villes mentionnées dans la loi, que l'entretien lourd. La loi ne précise pas non plus le pourcentage des opérations d'entretien et de révision devant être maintenues dans ces villes.
La Cour supérieure de l'Ontario a rendu en 2011 un jugement en faveur d'Air Canada et contre le syndicat représentant ses machinistes, rapporte le document du ministère de la Justice. La cour avait alors considéré que le transporteur aérien respectait la loi constituante justement parce qu'il exécutait certaines opérations en piste à Montréal, à Mississauga et à Winnipeg.
L'avis souligne aussi qu'advenant des procédures judiciaires, si la cour rendait une décision favorable au gouvernement, il n'est pas du tout certain que cela donnerait lieu à un retour au travail des employés d'Aveos, puisque seulement Air Canada serait concernée par le jugement. Ainsi, Air Canada pourrait se conformer au jugement sans réembaucher les anciens employés d'Aveos.
L'avis juridique conclut que « le ministère de la Justice évalue comme étant faible la probabilité de succès de la Couronne dans toute poursuite entamée contre Air Canada ».
Avis juridique du ministère de la Justice
Aucune surprise pour le syndicat
Le représentant syndical des travailleurs d'Aveos à Montréal, Jean Poirier, n'est pas surpris de la teneur de l'avis juridique. Il répète toutefois de son côté que la loi est transgressée.
« Un centre de révision n'est pas un centre d'entretien. Ça a été clairement indiqué en 1988 au comité législatif. Un centre d'entretien c'est ce qu'Air Canada a gardé. Et les centres de révision c'est ce qu'Aveos avait. Là, présentement, il n'y a plus personne dans ces hangars-là. Il n'y a plus personne au centre d'entretien moteur, au département des composantes, et ça fait partie du centre de révision », a-t-il lancé.
En ce qui a trait au pourcentage des opérations d'entretien et de révision devant être maintenues à Montréal, Mississauga et Winnipeg, M. Poirier explique qu'un plancher d'emplois n'a pas pu être imposé en 1988, « parce que si demain matin Air Canada change sa flotte et que c'est tous des avions neufs, le niveau d'emploi va être moindre ».
M. Poirier déplore qu'Air Canada tente maintenant de recruter des travailleurs pour l'entreprise Premier Aviation, qui prendrait en partie la relève d'Aveos à Windsor.
Le représentant syndical demande encore une fois au gouvernement provincial d'entamer des procédures juridiques contre Air Canada, « comme le gouvernement manitobain l'a fait pour les centres de formation. Et je peux vous assurer qu'Air Canada a reculé par la suite ».
Par ailleurs, l'opposition à Ottawa demande au gouvernement d'obliger Air Canada à respecter la loi.
Air Canada respecte la loi, dit son PDG
Air Canada respecte la loi malgré la faillite d'Aveos et le possible recours à des fournisseurs de services d'entretien à l'extérieur de Montréal, de Winnipeg et de Mississauga, a martelé le PDG du transporteur aérien, devant des parlementaires à Ottawa, jeudi.
Le numéro un d'Air Canada, Calin Rovinescu, était invité à témoigner devant le Comité des transports, de l'infrastructure et des collectivités, lors d'une séance dédiée à la faillite d'Aveos, cette entreprise qui s'occupait de l'entretien des avions du transporteur. La fermeture des centres d'entretien d'Aveos a entraîné la mise à pied de quelque 2600 travailleurs.
Lors de son témoignage, M. Rovinescu a reconnu qu'Air Canada était à la recherche d'autres fournisseurs de services, à différents endroits au Canada et même aux États-Unis, pour effectuer les tâches d'entretien sur ses appareils qu'Aveos ne peut plus réaliser.
La société a l'intention de prioriser les entreprises canadiennes et d'encourager des sociétés étrangères à s'établir au pays pour effectuer ces tâches. Il est toutefois hors de question pour Air Canada de racheter Aveos ou d'embaucher ses travailleurs, qui étaient auparavant à l'emploi du transporteur.
Il a par ailleurs nié les rumeurs envoyant certains avions d'Air Canada se faire entretenir dans des installations d'Aveos, au Salvador.
Le PDG d'Air Canada, Calin Rovinescu
Air Canada critique Aveos
Calin Rovinescu a par ailleurs profité de son témoignage pour écorcher Aveos, estimant qu'elle avait agi de manière « irresponsable » envers ses employés et envers Air Canada.
« En tant qu'important client d'Aveos, nous considérons que la façon dont le conseil d'administration et la direction d'Aveos ont mis un terme aux activités de l'entreprise est irresponsable, alors qu'il existait des alternatives valables », a-t-il dit, ajoutant qu'Aveos lui devait plus de 35 millions de dollars.
M. Rovinescu se dégage ainsi de toutes responsabilités quant à la faillite de l'entreprise, soulignant qu'Air Canada a appuyé financièrement à plusieurs reprises Aveos, tout en étant son principal client.
Concernant les employés d'Aveos, il entrevoit qu'ils pourront se trouver du travail dans d'autres entreprises qui pourront éventuellement devenir des fournisseurs de services pour Air Canada.
« Je pense que la façon dont les choses vont se dérouler, c'est que les employés d'Aveos qui ont des expertises particulières vont aller chercher des emplois chez ces autres compagnies-là. S'ils ont le talent nécessaire, nous, on va leur donner des contrats », a dit M. Rovinescu.