Médias : Bell entend rivaliser avec Quebecor avec l'acquisition d'Astral

Radio-Canada avec La Presse Canadienne
Les explications de Maxime Bertrand

Bell a présenté vendredi une offre d'achat de 3,38 milliards de dollars pour acquérir Astral Media, une des transactions les plus importantes dans le secteur des télécommunications au pays qui risque de changer le paysage médiatique au Québec, si elle est approuvée.

Déjà propriétaire du réseau de télévision généraliste CTV et d'une trentaine de chaînes spécialisées, Bell souhaite ainsi renforcer sa position, entre autres au Québec, face à ses concurrents, en premier lieu Quebecor. Astral possède plus de 80 stations de radio à travers le pays, dont les réseaux Rouge FM, Boom FM et NRJ, et 12 chaînes spécialisées, comme Canal D, Canal Vie et TÉLÉTOON.

La transaction sera soumise pour approbation au Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes, le CRTC, mais également au Bureau de la concurrence.

Bell, qui est l'un des principaux fournisseurs d'accès à la télé, à Internet et à la téléphonie au pays, recherche depuis des années des contenus pour alimenter ses différentes plateformes.

En chiffres, Bell et Astral

Regroupement stratégique

« La mise en commun de Bell et d'Astral nous permettra de bien faire face à la concurrence, que ce soit Quebecor, avec Vidéotron, ou CBC/Radio-Canada », a affirmé George Cope », le PDG de Bell, en conférence de presse.

Il insiste surtout sur la nouvelle offre de contenu mise de l'avant avec le regroupement. « Ajouter le contenu d'Astral dans le domaine des tablettes amènera la télé là où elle doit être. Le consommateur aura plus de choix », a précisé George Cope.

« Nous n'avions pas de contenu francophone, à part RDS dans le sport. [Cette transaction] va nous permettre de concurrencer beaucoup plus Quebecor, à parts égales », a affirmé en entrevue Martine Turcotte, vice-présidente exécutive de Bell au Québec.

Par ailleurs, George Cope ne peut pas prévoir avec certitude les conséquences qu'aurait cette transaction sur le nombre d'emplois.

« Ceci est une occasion de croissance, de réunir des actifs. Il y aura peut-être duplication, car nous sommes deux sociétés ouvertes, publiques, mais de façon générale, nous parlons de croissance », a-t-il tenu à préciser.

De son côté, le PDG d'Astral, Ian Greenberg a soutenu que la culture d'entreprise semblable chez Bell et Astral en fait des partenaires naturels. « Après avoir été des partenaires commerciaux pendant 15 ans, nous nous connaissons très bien et partageons des valeurs. La transaction nous permettra de devenir encore plus forts au sein de Bell ».

En réponse à une question concernant la concentration des centres de décision à Toronto, M. Greenberg a tenu à préciser que les emplois présents au Québec resteront dans cette province.

« Les actifs basés au Québec demeureront au Québec. Nous avons une équipe à Montréal qui a beaucoup d'expérience, qui va diriger toutes nos chaînes en français. Il n'y aura pas de mouvement vers Toronto », a-t-il dit.

Astral emploie près de 2800 personnes à l'échelle du pays, dont environ la moitié se trouve au Québec.

Les parts de marché des téléspectateurs francophones

Un coup « bien calculé »

Le professeur titulaire au département de communication à l'Université d'Ottawa, Pierre Bélanger, soutient que Bell vient de faire un grand coup dans le domaine des médias au Canada, une transaction que plusieurs spécialistes du milieu anticipaient néanmoins et qui a été bien calculée, dit-il.

« Bell vient de faire un grand coup de filet en mettant la main sur les chaînes spécialisées, payantes, d'Astral. C'est un créneau très payant dans le domaine des médias traditionnels. Elle pourra distribuer ces contenus avec les mobiles, les tablettes, Internet ».

Selon lui, le coup sera particulièrement difficile pour le principal concurrent au Québec dans ce créneau, Quebecor.

« Je pense que pour Quebecor, le réveil est un peu brutal. Avec la force de sa concentration au Québec, Quebecor aurait très certainement souhaité être celle qui annonçait la nouvelle ce matin », dit-il.

« Il reste pas mal moins de joueurs au Québec, Astral étant le dernier grand groupe média indépendant. Du côté canadien-français, les jeux sont faits. Je pense que les planificateurs stratégiques de Quebecor devront faire preuve de beaucoup d'imagination et de créativité pour réagir à ce coup de tonnerre dans le monde des médias », ajoute-t-il.

Selon M. Bélanger toutefois, la nouvelle concentration au sein de Bell, notamment pour ce qui est des stations de radio, pourrait inciter le CRTC à demander à la compagnie de se délester de certains morceaux avant de donner son feu vert à la transaction.

Concentration médiatique

Réagissant à l'annonce, le Syndicat canadien des communications, de l'énergie et du papier (SCEP), qui représente de nombreux travailleurs des médias, juge que « cette consolidation accrue de la propriété des médias au Canada est inquiétante ». Le SCEP affirme qu'elle « procure à Bell un poids énorme non seulement dans la diffusion des émissions de sports et de divertissement, mais aussi un poids politique inquiétant dans la diffusion des nouvelles et de l'information ».

Le SCEP réclame que le CRTC devienne un « chien de garde plus vigilant » concernant le comportement des géants des médias.

La Société Radio-Canada a défendu, quant à elle, l'importance d'avoir « un radiodiffuseur public indépendant solide au Canada ». Elle rappelle que le « contenu des médias canadiens est désormais contrôlé très majoritairement par quatre entreprises », soit Bell, Rogers, Shaw et Quebecor.

Le titre de BCE recule, celui d'Astral grimpe

L'action de BCE, la société mère de Bell, était en baisse de 1 %, à 39,64 $, à la fermeture à la Bourse de Toronto, vendredi. Sa capitalisation boursière dépasse les 31 milliards de dollars.

Astral, détenue à 63 % par la famille Greenberg, a une valeur en bourse d'un peu plus de 2,6 milliards de dollars. Son action a bondi de près de 34 % vendredi, se négociant à environ 48,55 $ à la fermeture des marchés.

L'offre de Bell est de 50 $ par action, soit une prime de 39 %. Les actionnaires d'Astral seront payés à 75 % en argent et à 25 % en actions.

Rappelons que BCE avait fait l'acquisition en 2011 de CTVglobemedia pour un montant de 3,2 milliards de dollars.

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