Taxer les aliments pour augmenter les revenus de l'État?

  |  Radio-Canada avec La Presse Canadienne
Le prix des denrées alimentaires a grimpé de façon notable en 2008   © PC/Paul Sakuma

Deux économistes canadiens demandent au gouvernement fédéral d'étendre la taxe sur les produits et services (TPS) aux aliments.

Le directeur de l'École de politique publique de l'Université de Calgary, Jack Mintz, et le professeur de l'Université de Toronto Michael Smart croient qu'en taxant les produits exemptés comme les médicaments, les livres, les services financiers et surtout la nourriture, le gouvernement fédéral pourrait augmenter ses revenus de 39 milliards de dollars par année, soit de plus de 60 %.

Selon eux, cette somme permettrait à Ottawa de réduire l'impôt sur le revenu et financer les services sociaux, ou même de diminuer de moitié la taxe de vente harmonisée, qui prévaut dans la majorité des provinces canadiennes et oscille entre 12 et 15 %.

MM. Mintz et Smart soutiennent que les taxes à la consommation sont préférables aux autres formes de taxation. L'exemption sur les aliments ampute environ 1 milliard de dollars à l'économie canadienne, alors que les gouvernements fédéral et provinciaux perdent autour de 8 milliards de dollars de revenus.

Les économistes recommandent par ailleurs d'augmenter le crédit à la TPS afin de dédommager les foyers à plus faible revenu. L'exemption de la taxe sur les aliments profite à leur avis davantage aux plus riches.

Les deux économistes estiment par ailleurs que la méthode de taxation du gouvernement canadien est l'une des plus inefficaces au sein des pays industrialisés, en raison de ses nombreuses exemptions. Ils précisent que les autres pays industrialisés n'excluent pas les aliments des produits taxés, mais l'incluent plutôt dans le prix affiché.

Une décision « plus politique qu'économique »

MM. Mintz et Smart ne minimisent pourtant pas la difficulté qu'implique le changement qu'ils proposent.

Lors de l'introduction de la taxe sur les produits et services, il y a 21 ans, le premier ministre de l'époque, Brian Mulroney, avait fait marche arrière dans son projet de taxer les aliments par crainte des répercussions. Sa décision avait toutefois impliqué une taxe plus élevée que prévu, soit à 7 %.

Lors de la campagne électorale de 1993, le libéral Jean Chrétien avait promis d'abolir la TPS, une promesse qu'il n'avait pas tenue et qui lui avait valu de nombreuses critiques.

Le gouvernement Harper a quant à lui choisi de réduire la TPS de deux points de pourcentage en la ramenant à 5 %, une décision avantageuse, selon lui, d'un point de vue politique.

« Le problème est plus politique qu'économique. Les contribuables réagissent de façon négative aux taxes de vente visibles sur les achats quotidiens comme l'épicerie, et ne voient pas le lien entre les taxes de vente et les impôts », conclut M. Smart.

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