La papetière Stadacona, à Québec.
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PC/Jacques Boissinot
Coup de tonnerre dans le ciel de Québec, jeudi : Papiers White Birch annonçait la fermeture définitive de son usine Stadacona, prétextant le refus de ses employés, 24 heures plus tôt, d'accepter d'importantes concessions.
Selon le syndicat, Papiers White Birch demandait une réduction de 45 % à 65 % des rentes du régime de retraite, en plus d'une diminution de 20 % les salaires.
Les concessions demandées par Papiers White Birch sont « absolument faramineuses », mais elles s'inscrivent dans une tendance importante depuis une décennie, explique le professeur Jean Charest, directeur de l'École des relations industrielles de l'Université de Montréal.
Les régimes de retraite ont connu dans les années 1990 « des rendements assez spectaculaires et souvent des surplus actuariels », note-t-il à la radio de Radio-Canada, mais vivent depuis la situation inverse, ce qui se traduit par une augmentation des demandes de cette nature.
Chez Papier White Birch, qui produit du papier journal et du carton, les travailleurs refusent de baisser les bras et interpellent Québec, fort de l'appui de leur syndicat, du maire de Québec et de l'opposition officielle.
Fini les gains, bonjour les concessions
Cette pression accrue sur les régimes de retraite est-elle le signe d'une nouvelle dynamique dans les relations patronales-syndicales au Québec? Au plus, un nouvel épisode. Car comme le rappelle Michel Grant, professeur associé en relations de travail à l'UQAM, la dynamique des concessions syndicales est en place depuis la récession du début des années 1980.
« L'enjeu change, mais le rapport de force n'a pas changé depuis 1982-1983. Les batailles syndicales sont plus défensives qu'offensives. Les seuls progrès auxquels on a assisté, malgré le contexte, sont les avancées sur le plan de l'équité homme-femme », soutient le professeur Grant, interrogé par Radio-Canada.ca.
L'ère des gains syndicaux nets, explique ce spécialiste des relations de travail, a pris fin avec les années 1970, alors que les grands syndicats occupaient la place publique avec des discours appelant à changer le système. « Le gros contraste est entre 1982 et 1972 », dit-il.
La fin de cette époque s'est traduite notamment par une baisse constante des conflits de travail et du nombre de jours non travaillés pour raison de conflit.
Et il n'est pas anodin que les conflits des dernières années aient été des lock-outs et non des grèves, note Michel Grant : « La grève est un geste d'espoir, car le syndicat pense que l'employeur peut accorder quelque chose. Pour aller en grève, il faut que ça fasse mal à l'employeur. On peut dire que le patronat a le gros bout du bâton lorsque la menace de lock-out pèse plus lourd que la menace de grève ».
Machine à Papiers White Birch
Le lent et long déclin des pâtes et papiers
C'est le secteur manufacturier qui a le premier pâti de la récession de 1982, notamment les pâtes et papiers. Les raisons sont connues, et multiples : augmentation du prix de la fibre de bois, baisse de la demande pour le papier, fluctuation du dollar, retard technologique.
Déjà, au tournant des années 1980, sous René Lévesque, le ministre des Forêts et des Ressources naturelles, Yves Bérubé, effectue une première tentative pour convaincre l'industrie de se moderniser, mais aussi de faciliter l'accès à la matière première pour faire face à la hausse des coûts, les forêts de résineux étant de plus en plus éloignées des papetières.
Quinze ans plus tard, le ministre Guy Chevrette, cette fois sous Lucien Bouchard, en fera son cheval de bataille. Mais le retard, dans l'ensemble, n'a pas été rattrapé.
Selon Jean Sexton, professeur associé en relations industrielles à l'Université Laval, le retard technologique, qui se dessinait déjà dans les années 1970, pourrait notamment s'explique par « le vieillissement déjà à l'oeuvre de la main d'oeuvre, mais aussi de la direction ».
« Cette hausse de l'âge, de l'ancienneté, a probablement rendu les gens beaucoup plus conservateurs sur les habitudes de travail. La question des avantages sociaux, des retraites, prend de la place », explique à Radio-Canada.ca ce spécialiste, qui estime que cela a eu un impact sur la définition des priorités.
Et sur le cas précis de l'usine Stadacona de Papiers White Birch, Jean Sexton croit qu'elle a notamment souffert d'avoir souvent changé de main.
« De façon générale, c'est tout le secteur manufacturier qui est bouleversé depuis l'accélération de la mondialisation. Le marché fermé n'existe plus : 80 % des importations manufacturières au Québec viennent de Chine », estime le professeur Sexton.
En fait, l'impact commun de la mondialisation et des changements technologiques permet de prévoir que les fermetures d'usines vont continuer, surtout dans le secteur manufacturier.
Un reportage de Bernard Leduc