Cuve d'aluminium (archives)
Le conflit de travail qui a débuté le 1er janvier à l'usine Rio Tinto Alcan d'Alma, au Lac-Saint-Jean, fait-il craindre le pire pour l'industrie de l'aluminium canadienne?
Le lock-out décrété à Alma est-il le signe que les besoins en aluminium peuvent maintenant être comblés ailleurs, et donc que le rapport de force deviendra bientôt inexistant chez les syndiqués?
Pour justifier son refus d'accéder aux demandes de ses employés, l'élimination de la sous-traitance et la mise en place d'un plancher d'emplois, Rio Tinto Alcan affirme qu'elle doit assurer la flexibilité de l'entreprise, pour faire face aux améliorations technologiques et à la concurrence, qui vient surtout de la Chine, de la Russie et du Brésil.
Le lock-out décrété à l'usine d'Alma fait aussi l'affaire de Rio Tinto pour le moment, puisque le prix de l'aluminium a perdu presque 30 % de sa valeur à la Bourse des métaux de Londres depuis avril dernier, et que la demande est beaucoup plus faible que prévu.
« Une deuxième crise qui emboîte le pas sur la première [celle de 2008-2009]. Et là c'est vraiment un ralentissement de la consommation, dans des pays comme la Chine par exemple, où on avait prévu augmenter le parc immobilier d'à peu près 35 millions d'unités dans le dernier plan quinquennal. Et on ralentit présentement la marche », explique Jean Simard, PDG de l'Association de l'aluminium du Canada.
M. Simard souligne que la crise actuelle est importante, car au prix où est l'aluminium actuellement, autour de 1900 $US à 2000 $US la tonne, près de 35 % des usines d'aluminium dans le monde perdent de l'argent. M. Simard est toutefois optimiste : « Sur le fond, le marché de l'aluminium va continuer de connaître une croissance très importante au cours des 10, 15, 20 prochaines années ».
Jean Simard pense également que l'industrie canadienne de l'aluminium continuera à être un joueur mondial important. Il mentionne que les tarifs énergétiques sont encore relativement bas au pays, bien qu'ils ne soient pas les plus bas. Les usines canadiennes sont de plus parmi les plus efficaces au monde et utilisent une énergie propre. Quant à la main-d'oeuvre qualifiée, elle permet un avantage concurrentiel. Le problème, selon lui, est qu'elle coûte cher et qu'elle ne permet plus de rester compétitif face aux marchés émergents.
Avec un salaire qui avoisine, avec les heures supplémentaires, 90 000 $ par année, les travailleurs de Rio Tinto Alcan d'Alma font figure d'enfants gâtés. Cependant, comme l'explique le président du syndicat de l'usine d'Alma, Marc Maltais : « On ne négocie pas des salaires, on négocie un futur pour la région ».