Longtemps les Irlandais ont dû s'expatrier pour travailler. Plusieurs vagues d'immigrants irlandais sont d'ailleurs arrivées au Canada au rythme des famines et des crises économiques qui ont secoué l'île.
Dans les années 1990, le pays met en branle une série de réformes audacieuses qui modernisera le pays et fera revenir au bercail de nombreux travailleurs.
La recette miracle : de faibles taux d'imposition pour attirer les entreprises étrangères et favoriser l'investissement. Et ça fonctionne. Les capitaux affluent et Dublin se transforme en une Silicon Valley européenne.
De 1995 à 2007, la croissance moyenne du PIB est de 6 %.
La construction du nouveau siège social de la Anglo Irish Bank à Dublin a été interrompue dans la foulée de la crise financière. Sur la photo, des grues au dessus du bâtiment inachevé, en novembre 2010.
Photo : PC/AP/Peter Morrison
Les Irlandais s'enrichissent alors rapidement, les grues s'élèvent dans la capitale et les prix de l'immobilier montent en flèche. C'est l'époque où le pays est cité en exemple, l'époque du Tigre celtique, clin d'oeil aux économies asiatiques qui se développent à un rythme effréné.
En quelques années seulement, le niveau de vie des Irlandais dépasse la moyenne de la zone d'euro, rappelle l'économiste Henri Sterdyniak de l'Observatoire français des conjonctures économiques.
Du miracle au cauchemar irlandais
En 2008 survient la crise financière mondiale qui fera trébucher le Tigre celtique. Le miracle irlandais vire alors au cauchemar.
Fortement exposée au commerce international, l'Irlande souffre de la dégringolade de la consommation dans le monde, de la chute de ses recettes fiscales et, pire encore, voit l'effondrement de son secteur financier, entraîné par l'explosion de la bulle immobilière.
Les dirigeants politiques volent alors au secours du secteur bancaire en espérant sauver l'avenir de l'Irlande comme importante place financière en Europe.
« Les banques irlandaises ayant massivement prêté sur les marchés immobiliers se sont retrouvées en quasi-faillite. Et donc, l'État a dû intervenir massivement pour recapitaliser les banques irlandaises », raconte M. Sterdyniak, qui qualifie la situation de « tragédie pour les finances publiques irlandaises ».
La crise financière aura raison du premier ministre irlandais Brian Cowen et de son parti politique, le Fianna Fail.
Photo : AFP/Peter Muhly
Socialiser les déficits
En mars 2010, le gouvernement irlandais de Brian Cowen décide d'apporter son soutien à cinq des plus grandes banques du pays. Certaines sont même nationalisées. L'État y injecte des dizaines de milliards de dollars.
Les déficits privés des banques se transforment alors en déficits publics.
Seulement pour l'année 2010, le déficit public atteint le vertigineux sommet de 32 % du PIB.
En raison de cette intervention, la dette quadruple en quelques années et atteint 100 % du PIB.
Croulant sous les dettes et craignant de faire défaut, Dublin se contraint à demander l'aide de Bruxelles et du Fonds monétaire international, qui débloquent 115 milliards de dollars. Cette aide extérieure est très mal perçue par l'opinion publique.
En contrepartie, l'Irlande met en place un plan d'austérité de 20 milliards de dollars en réductions budgétaires et en hausses d'impôts.
Le gouvernement refuse d'augmenter les impôts, sa recette miracle des années 1990.
La stratégie irlandaise suscite la grogne de la population. En novembre 2010, des dizaines de milliers d'Irlandais manifestent dans les rues de la capitale pour dénoncer le plan d'austérité. Le parti politique au pouvoir, le Fianna Fail, sera désavoué aux élections de février 2011.
En novembre 2010, quelque 50 000 Irlandais ont manifesté à Dublin contre le plan d'austérité du gouvernement.
Photo : AFP/Peter Muhly
Un tigre en convalescence
Contrairement à des pays comme la Grèce ou l'Italie, les investisseurs ne s'acharnent pas sur l'Irlande. Le pays a été le sujet d'attaques spéculatives, admet M. Sterdyniak, mais le remède irlandais apparaît plus crédible aux yeux du marché.
Les investisseurs se disent : « Ils traversent une mauvaise passe, mais ils peuvent s'en sortir », explique l'économiste.
Le Tigre celtique est blessé, mais il pourrait bien rebondir au cours des prochaines années. Sauver les banques en s'endettant, voilà le défit risqué de l'Irlande.