Les États-Unis ne méritent plus un AAA, aux yeux de Standard and Poor's

Radio-Canada avec Agence France-Presse et Reuters
Le Capitole à Washington Le Capitole à Washington  Photo :  AFP/Chip Somodevilla

L'entente sur le relèvement du plafond de la dette américaine n'aura pas tout réglé pour le dossier de crédit des États-Unis. Pour la première fois de son histoire, le pays a vu la note attribuée à sa dette publique abaissée par une agence d'évaluation financière, passant de AAA à AA+.

Standard and Poor's a annoncé avoir pris cette décision en raison des « risques politiques » que Washington n'en fasse pas assez pour réduire son déficit.

De plus, aux yeux de Standard and Poor's, la perspective américaine reste « négative », ce qui laisse présager qu'une autre décote pourrait survenir.

« Le plan de rééquilibrage du budget sur lequel le Congrès et l'exécutif se sont récemment mis d'accord est insuffisant par rapport à ce qui, de notre point de vue, serait nécessaire pour stabiliser la dynamique à moyen terme de la dette publique », a déclaré Standard and Poor's dans un communiqué.

Le plan signé mardi par le président Barack Obama, après des mois de débats, prévoit des mesures visant une réduction de 2100 milliards de dollars du déficit américain d'ici 10 ans. Standard and Poor's estimait que ces réductions auraient dû atteindre 4000 milliards.

Par ailleurs, en entrevue à la chaîne CNN vendredi, un haut responsable de Standard and Poor's a indiqué que les États-Unis auraient pu éviter l'abaissement de la note attribuée à la dette publique du pays en relevant plus tôt le plafond de celle-ci.

En quoi consiste la loi sur la dette?

L'accord prévoit de hausser le plafond de la dette au-delà de 2012, comme le souhaitait le président Obama.

Il comprend aussi une réduction des dépenses de l'État fédéral de plus de 1000 milliards de dollars américains sur 10 ans et la mise sur pied d'un comité bipartite chargé d'émettre d'ici novembre prochain des recommandations pour des réductions supplémentaires d'environ 1500 milliards.

Standard and Poor's avait déjà lancé un avertissement en avril au sujet des niveaux du déficit et de la dette aux États-Unis.

Contestation et critique

La Maison-Blanche a contesté les prévisions et calculs des analystes de l'agence. Le Trésor américain a accusé Standard and Poor's d'avoir fait une erreur de 2000 milliards de dollars.

Dans un texte incisif publié par le New York Times, le Prix Nobel d'économie Paul Krugman a attribué à « l'extrémisme des républicains anti-impôts » l'incapacité à en arriver à un accord pouvant assurer une solvabilité à long terme des États-Unis. Du même souffle, M. Krugman remet toutefois en question la crédibilité des agences de notation pour évaluer les États-Unis.

« Les gens qui ont noté le papier commercial adossé à des actifs [NDLR : facteur important de la dernière crise économique mondiale] se présentent maintenant comme les juges des politiques fiscales? Vraiment? » lance Paul Krugman.

Les conséquences de l'abaissement de la note

La perte de ce sceau d'excellence devrait avoir des répercussions importantes sur les marchés financiers, difficiles à mesurer dans l'immédiat. Elle devrait contraindre les investisseurs à une réévaluation généralisée des risques.

La perte de la note AAA risque de mener à une hausse des coûts d'emprunt, autant pour le gouvernement que pour les entreprises et les consommateurs.

Les spécialistes estiment qu'avec l'abaissement de la note, il pourrait en coûter 100 milliards de dollars de plus au pays pour se financer sur les marchés internationaux.

Des coûts d'emprunt plus élevés risquent notamment de freiner les investissements et les dépenses de consommation.

Rappelons que la croissance américaine est stimulée à 70 % par les dépenses de consommation des Américains.

L'agence Standard and Poor's avait attribué une note de AAA aux États-Unis dès sa création, en 1941. Moody's, créée en 1917, leur avait donné la même note, qui tient encore. Les États-Unis conservent aussi la note AAA attribuée par l'agence Fitch Ratings.

Le Canada avait perdu sa note AAA sur sa dette en monnaie étrangère chez Standard and Poor's en 1992, avant de la regagner en 2002. Sa note a cependant toujours été de AAA lorsqu'évaluée en dollars canadiens.

Il reste 16 pays notés AAA chez Standard and Poor's, dont quatre du G8 : l'Allemagne, le Canada, la France et le Royaume-Uni.

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