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En profondeur

Journaliste:Gaétan Pouliot

Mise à jour le mardi 26 juillet 2011 à 13 h 58 HAE

Canada : le bon élève




Faire ses devoirs peut être payant. Contrairement aux États-Unis et à l'Europe, Ottawa s'est sorti de l'engrenage de la dette. Et grâce à sa rigueur budgétaire et à la solidité de ses banques, le pays a traversé la crise économique mondiale sans trop de heurts.

Le Canada n'a pas toujours été un bon élève. Comme d'autres pays riches, Ottawa a joué avec le feu en vivant au-dessus de ses moyens. Dans les années 1980, les gouvernements enfilent déficit après déficit et voient la dette passer de 82 milliards de dollars en 1981 (24 % du PIB) à 240 milliards en 1986 (47 %). En 1996, elle se chiffre à 570 milliards de dollars (71 %).

On a alors l'impression que le gouvernement a perdu le contrôle sur ses dépenses. Les frais de la dette publique augmentent et atteignent près 48 milliards de dollars en 1996, soit le quart des dépenses totales du gouvernement fédéral.

Le premier ministre Jean Chrétien, élu pour la première fois en 1993, décide alors de s'attaquer à la question du déficit et de la dette. Objectif : déficit zéro.

Le premier ministre Jean Chrétien et le ministre des Finances Paul Martin en 1998.

Photo: La Presse Canadienne /Jonathan Hayward

Le premier ministre Jean Chrétien et le ministre des Finances Paul Martin, en 1998. Jean Chrétien lance une bouteille d'encre noire dans les airs, signe que le budget ne sera pas écrit à l'encre rouge, donc déficitaire.

Pour assainir les finances publiques, Jean Chrétien et son ministre des Finances Paul Martin vont adopter des réformes qui ne seront pas toujours populaires, comme celle de l'assurance-emploi. Le tandem réduit la taille du gouvernement et abolit 45 000 postes dans la fonction publique. Jean Chrétien renie aussi sa promesse électorale d'abolir la taxe sur les produits et services, la TPS.

Grâce à ces efforts, Jean Chrétien remporte son pari en quelques années seulement, contre toute attente.

Les 10 glorieuses

En 1998, le Canada engrange un surplus budgétaire. Une première en 27 ans.

Les gouvernements libéraux et conservateurs successifs maintiendront le cap et utiliseront une partie des surplus pour réduire la dette, qui fond à moins de 30 % du PIB avant la crise économique mondiale. Un niveau très enviable, souligne le Patrick Leblond, professeur à l'École supérieure d'affaires publiques et internationales à l'Université d'Ottawa.

Audio : Patrick Leblond explique le travail accompli par le gouvernement Chrétien.

Bien sûr, le Canada n'est pas le seul pays à faire le ménage à cette époque. Les États-Unis sous Bill Clinton et plusieurs pays européens vont assainir leurs finances publiques. Mais le Canada sera l'un des seuls à maintenir l'équilibre budgétaire jusqu'à la crise.

Résultat : le Canada est l'un des pays qui traversent le mieux la crise économique de 2008. Le pays plonge en récession, mais le choc est moins brutal qu'aux États-Unis. Les pertes d'emplois notamment sont moins nombreuses, toute proportion gradée.

Le Canada a une très bonne performance, mais ce fut grâce aux efforts qui ont été faits dans les années 1990.

— Patrick Leblond

Le gouvernement conservateur de Stephen Harper se résigne alors à mettre en place un plan de relance de 22,7 milliards de dollars, soit environ 2 % du PIB. Ce qui est assez modeste dans le contexte, estime Patrick Leblond.

Si la dette repasse la barre des 30 %, le gouvernement conservateur de Stephen Harper prévoit renouer rapidement avec les surplus. Dès 2014-2015.

Les dirigeants du G8 réunis à Huntsville, en Ontario

Photo: La Presse Canadienne /Adrian Wyld

Les dirigeants du G8 réunis à Huntsville, en Ontario, en juin 2010. Le premier ministre du Canada Stephen Harper, hôte du sommet, fait figure de bon élève.

Un système bancaire solide

Autre facteur expliquant la résistance du Canada face à la crise : la solidité du système bancaire.

Nos banques étaient en très bonne santé avant la crise.

— Patrick Leblond

Les institutions financières canadiennes tiennent bon et n'ont pas besoin d'être renflouées par Ottawa. Le pays évite ainsi un endettement supplémentaire comme aux États-Unis et en Irlande.

Audio : Les difficultés des banques aux États-Unis et en Europe ont creusé les déficits budgétaires, raconte Patrick Leblond.

« Nos banques ont été indirectement affectées. Mais il n'y a pas eu de crise financière au Canada, contrairement à l'Europe aux États-Unis, où les gouvernements ont dû intervenir massivement pour empêcher l'effondrement complet de leur système financier », explique Patrick Leblond.

La solidité des banques s'explique notamment par leurs pratiques plutôt conservatrices de prêts et leur forte capitalisation.

Lors des réunions des dirigeants du G8 et du G20, tenues en Ontario à l'été 2010, le bon élève se permet de donner la leçon.

Le premier ministre Stephen Harper présente le Canada comme un exemple pour le monde, affirmant que les pays fragilisés par la crise financière doivent se doter de plans d'action pour réduire les déficits.

Qui détient la dette canadienne?

La dette canadienne est détenue par des Canadiens par le biais des obligations du gouvernement, mais aussi pas des étrangers. Mais dans l'ensemble, le pays en moins exposé aux créanciers étrangers que des pays comme la Grèce. Ottawa n'a d'ailleurs aucun problème à emprunter de l'argent sur les marchés financiers.

Total : Plus de 560 milliards de dollars (2011)


La dette fédérale n'inclut pas l'endettement des provinces. Voici l'état de l'endettement dans les provinces canadiennes en 2011.

Dette des provinces

  • Québec : 152,5 milliards $ (48 % du PIB)


  • Nouvelle-Écosse : 14 milliards $ (39 %)


  • Ontario : 220 milliards $ (36 %)


  • Nouveau-Brunswick : 9,6 milliards $ (33 %)


  • Île-du-Prince-Édouard : 1,6 milliard $ (33 %)


  • Terre-Neuve-et-Labrador : 8,2 milliards $ (30 %)


  • Manitoba : 14 milliards $ (27 %)


  • Colombie-Britannique : 34,7 milliards $ (17 %)


  • Saskatchewan : 3,8 milliards $ (6 %)


  • Nuvanut / Territoires du Nord-Ouest / Yukon : Aucune dette


  • Alberta : Surplus de 13,4 milliards $ (-5%)



  • Source : Statistique Canada

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