L'Institut Fraser propose d'axer la sélection des immigrants sur l'emploi

Formulaire d'immigration   © iStock

Ottawa doit repenser son processus de sélection des immigrants pour qu'ils répondent mieux aux besoins du marché du travail canadien, conclut l'Institut Fraser dans une étude publiée mardi.

Selon l'organisme de recherche en politiques publiques, les immigrants récents coûtent cher au gouvernement : ils gagnent en moyenne 72 % du revenu des autres Canadiens, paient environ la moitié de l'impôt que versent les autres contribuables, mais bénéficient à peu près des mêmes services publics.

« En conséquence des politiques de l'État providence canadien, de l'impôt sur le revenu à taux progressif et des programmes sociaux universels, ces immigrants imposent un lourd fardeau fiscal aux contribuables canadiens », estime Herbert Grubel, coauteur de l'étude.

Selon l'étude qui se base sur des données de 2006 compilées par Statistique Canada, l'État débourse 6051 $ de plus par an pour un immigrant récent que pour un autre Canadien, un coût total que l'Institut Fraser évalue entre 16,3 et 23,6 milliards de dollars chaque année.

« Ce montant est substantiel et il ne fera que croître aussi longtemps que les politiques actuelles d'immigration resteront en place », affirme Patrick Grady, l'autre coauteur de l'étude.

Selon MM. Grubel et Grady, le processus de sélection devrait, en conséquence, miser davantage sur les besoins des employeurs. Ils recommandent entre autres de :

  • Fournir des visas de travail temporaires aux candidats ayant reçu une offre pour un emploi dont le salaire égale minimalement la médiane de la province où ils travailleront;
  • Limiter la validité des visas de travail à deux ans et en permettre le renouvellement pour deux autres années si la personne occupe toujours un emploi;
  • Donner un délai de trois mois aux détenteurs de visa qui perdent leur emploi pour en trouver un nouveau;
  • Offrir un visa permanent aux détenteurs d'un visa de travail qui occupent un emploi de manière continue pendant quatre ans.

Un autre son de cloche

Le chercheur en relations ethniques à l'Université de Montréal Gérard Pinsonneault pense qu'il faut situer la question de l'immigration dans un contexte plus large.

« Si le Canada avait retenu cette approche-là, après 1945 avec les survivants de l'Holocauste, en 1957 avec les Hongrois, en 1975 avec les réfugiés indochinois, dans les années 90 avec les réfugiés libanais, je pense que le Canada serait aujourd'hui un pays plus pauvre, et pas seulement économiquement, mais intellectuellement, puis moralement », dit-il.

Selon lui, il serait dangereux que le gouvernement s'en tienne à un système axé sur les besoins temporaires des employeurs. « On sait ce qui est arrivé avec ce genre de système - qui a eu cours en Europe dans les années 50 et 60. [...] Une grande partie des problèmes encourus avec l'intégration des populations d'origine étrangère dans les grandes puissances étrangères aujourd'hui, est due à ces politiques-là qui, justement, voulaient faire venir des bras, mais ne voulaient pas avoir les personnes », affirme le chercheur.

M. Pinsonneault croit que l'Institut Fraser, devant certaines difficultés que rencontre l'économie canadienne, tente de cibler des responsables. « Cette vision des choses, je trouve que ça s'apparente à la recherche d'un bouc émissaire face à des difficultés qu'on semble considérer comme incommensurables, les difficultés de la dette publique et les coûts des programmes sociaux. Dans bien des sociétés, on cherche des coupables et les minorités sont souvent les coupables les plus faciles à désigner », soutient-il.

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