Un professeur en sciences comptables de HEC Montréal, Jacques Fortin, ajoute sa voix à celles qui s'élèvent contre l'exploitation et l'exploration du gaz de schiste au Québec. Il y voit un « projet de société mal ficelé financièrement ».
Selon lui, cette activité pourrait entraîner un transfert de richesses des citoyens québécois « vers un petit groupe d'actionnaires de sociétés gazières et pétrolières, pour la plupart étrangères ».
M. Fortin, fellow de l'Institut canadien des comptables agréés, a publié sur le site web de HEC Montréal une analyse avantages-coûts du projet d'exploitation des gaz de schiste au Québec. Il conclut que la résistance des citoyens face à cette industrie ne découle pas d'un manque de compréhension.
Revenus modestes....
Tout d'abord, sur le plan des avantages liés à l'exploitation des gaz de schiste, le professeur est formel : le modèle de revenus considéré par le gouvernement du Québec n'entraîne que des revenus modestes, les droits d'exploitation et d'exploration étant vendus à « prix dérisoire ».
Pour ce qui est des emplois créés, M. Fortin souligne que seules les retombées qui s'ajoutent aux emplois existants peuvent être considérées comme un avantage pour la société. Par exemple, « un simple transfert de main-d'oeuvre du secteur métallurgique du Québec vers le secteur gazier ne constitue pas un gain net pour notre société ».
Jacques Fortin craint également que le fait de miser sur des énergies fossiles ne prive la société québécoise d'innovations vertes. « Dans ce cas, notre projet gazier serait davantage destructeur de l'emploi de demain que créateur d'emplois aujourd'hui », avance-t-il.
... et coûts importants
Pour le professeur en sciences comptables, bien qu'Hydro-Québec ait investi quelques millions de dollars afin d'évaluer le potentiel gazier de la province, les véritables coûts sont engendrés par l'exploitation du gaz de schiste.
Jacques Fortin estime que les premiers coûts engendrés par l'exploitation des gaz de schiste résultent de l'atteinte portée au droit de propriété. Le fait qu'une société étrangère puisse force une population à accepter une exploitation industrielle sur ses terres qui pourrait en réduire la valeur, estime M. Fortin, « risque d'altérer la confiance que celle-ci place en notre régime de droit, et donc, risque de remettre en cause ses investissements à venir ».
La perte de quiétude qui résulte d'une activité industrielle intense aux abords de zones densément peuplées engendrera une baisse de la valeur marchande des propriétés, juge M. Fortin. La nappe phréatique dans laquelle s'abreuve la population pourrait être touchée. Sans compter les coûts qui devraient être défrayés par l'État, que ce soit la réfection de routes, les dépenses accrues en santé et sécurité ou la décontamination de l'eau.
À cela s'ajoutent la destruction des paysages et ses effets pervers sur l'industrie touristique québécoise, croit Jacques Fortin.
Le professeur Fortin avoue ne pas avoir le temps ou les ressources financières pour chiffrer précisément les coûts et bénéfices qu'il avance. Il souhaite donc que l'État prenne le temps de réaliser ces calculs en toute objectivité, une évaluation qui « coûterait probablement moins et rapporterait davantage que quelque forme de campagne de relations publiques ».