Michael Fortier, le 18 juin 2010
Le comité de relance de la raffinerie met fin à ses activités. C'est ce qu'a annoncé vendredi Michael Fortier.
Michael Fortier annonce que le comité de relance de la raffinerie Shell de Montréal-Est est dissous. Les négociations continuent cependant avec un acheteur potentiel.
M. Fortier, qui présidait le comité, a expliqué que le comité n'avait plus de raison d'être dans la mesure où il avait accompli sa mission : trouver un acheteur potentiel qui poursuit ses négociations avec Shell.
Conformément aux règles convenues avec Shell, a expliqué M. Fortier pendant une conférence de presse, le comité a dressé une liste d'environ 90 acheteurs.
« On leur a envoyé un document d'information préparé par nous et avalisé par Shell », a-t-il poursuivi. Parmi ces 90 acheteurs, plusieurs se sont dit intéressés, dont un groupe de « quatre ou cinq qui ont signé eux-mêmes une entente de confidentialité avec Shell » en mai.
Shell a finalement reçu deux offres de rachat le jour de la date butoir, le 1er juin, a rappelé M. Fortier, et les a rejetées. Après ce rejet, « les gouvernements et le comité m'ont demandé de rester impliqué et de rencontrer les deux acheteurs et Shell afin de voir si les acheteurs étaient prêts à bonifier leur offre et afin de tenter de comprendre pourquoi Shell avait rejeté ces offres », a précisé Michael Fortier.
On connaît la suite. Shell a rejeté les offres parce qu'elle trouvait les conditions proposées insuffisantes, puis l'un des deux acheteurs a bonifié son offre. C'est avec ce dernier que les discussions se poursuivraient.
La dissolution du comité survient alors que Shell a envoyé une lettre d'avocat au comité de relance pour lui demander de cesser de s'activer dans ce dossier, selon le syndicat représentant les salariés.
M. Fortier a confirmé cette information. Après la bonification de l'offre, « les membres du comité, moi y compris, avons reçu des lettres de Shell nous demandant de dissoudre le comité ou de cesser de présenter notre mandat comme étant un mandat où on cherche des acheteurs, où on négocie et où on donne l'impression qu'on a encore du travail à faire pour vendre la raffinerie ».
Selon Michael Fortier, Shell voulait exprimer par là ses craintes que le maintien des activités du comité puisse interférer avec les négociations.
« Shell m'a dit que la raison pour laquelle elle on a reçu ces lettres est que le processus auquel elle avait accepté de participer s'était terminé le 1er juin et que le comité n'avait plus de raison d'être », a-t-il ajouté.
Le syndicat inquiet
Jeudi, le syndicat avait exprimé son inquiétude quant aux véritables intentions de Shell. Le Syndicat des communications, de l'énergie et du papier (SCEP-FTQ) craint que la pétrolière ne transforme le site en terminal, ce qui conduirait à réduire le nombre de travailleurs.
« Depuis quelques jours, bon nombre de signaux en provenance de la direction locale de Shell nous portent à croire que l'entreprise n'a plus l'intention de vendre la raffinerie », a en effet déclaré par voie de communiqué Jean-Claude Rocheleau, le président de la section locale 121 du SCEP-FTQ.
Ce qui inquiète M. Rocheleau, c'est notamment la réaction de Shell après la nouvelle offre déposée par Delek US, mardi.
« Non seulement Shell n'a pas indiqué son intention de considérer cette offre qui, selon les informations que nous avons, devrait correspondre à ses attentes mais, au contraire, les messages qu'elle envoie aux employés et à la communauté nous font douter de sa bonne foi à négocier la vente de la raffinerie, et ce, contrairement à ses engagements antérieurs », explique M. Rocheleau dans le communiqué.
Jean-Claude Rocheleau, président du syndicat des employés de Shell.
M. Rocheleau affirme même que Shell a décidé depuis longtemps de ne pas vendre la raffinerie, mais qu'en se prêtant au processus de discussions avec le comité de sauvetage piloté par Michael Fortier, la compagnie cherchait à sauver les apparences en prétendant avoir négocié de bonne foi.
Le syndicat en appelle donc aux gouvernements et leur demande de s'assurer que Shell considère l'offre de Derek US. « Selon ce que nous en savons, l'offre bonifiée de cette semaine correspond aux paramètres de Shell et il faut s'assurer qu'elle la considérera [...] », a déclaré M. Rocheleau.
Le 13 juin, en marge du Grand Prix du Canada, le premier ministre du Québec, Jean Charest, s'était exprimé sur le sujet et avait donné des signes plutôt encourageants.
M. Charest avait indiqué qu'il y avait toujours des négociations avec des acheteurs. L'ex-ministre conservateur Michael Fortier, négociateur en chef du comité de sauvegarde de la raffinerie Shell, avait quant à lui précisé qu'il continuait à faire des démarches pour éviter la fermeture de la raffinerie.
Le même jour, M. Bachand avait déclaré que Shell devrait expliquer pourquoi la compagnie avait, la semaine précédente, rejeté les offres de deux acheteurs.
Le NPD interpelle Ottawa
Mardi, à Ottawa, l'opposition fédérale a reproché au gouvernement Harper de se faire trop discret dans le dossier Shell. Le chef adjoint du Nouveau Parti démocratique (NPD), Thomas Mulcair, a demandé aux Communes si les conservateurs avaient « baissé les bras au Québec à tel point qu'ils n'essaieront même plus d'aider dans un dossier clé comme celui de Shell ».
Le ministre des Ressources naturelles, Christian Paradis, a rétorqué que les travailleurs de la raffinerie avaient salué l'implication des différents paliers de gouvernement dans le dossier. « Il y a une offre bonifiée. C'est une bonne nouvelle. On espère que les parties pourront s'entendre pour que les emplois soient préservés », avait ajouté le ministre Paradis, faisant référence à l'offre de Delek US.
La fermeture des installations de Montréal-Est entraînerait la perte de 800 emplois directs et d'environ 3500 emplois indirects.