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AFP/LIU JIN
La direction de Google met un terme à la censure de la version chinoise de son moteur de recherche, une décision condamnée par les autorités chinoises.
La direction de Google a mis un terme à la censure de la version chinoise de son moteur de recherche. Les internautes qui consultent google.cn sont dorénavant redirigés sur google.com.hk, le site de Hong Kong, dont les résultats ne sont pas filtrés. La décision vise tout autant les recherches faites sur Google Recherche, Google Actualités que celles sur Google Images.
Le directeur juridique de l'entreprise, David Drummond, en a fait l'annonce dans un billet explicatif sur le blogue officiel de Google. « Trouver un moyen de respecter notre engagement de mettre fin à la censure de la recherche sur Google.cn a été difficile », écrit-il.
David Drummond explique la décision en faisant référence à une annonce de Google datant de janvier dernier. L'entreprise avait alors indiqué qu'elle réfléchissait à la suite de ses opérations en Chine après avoir été victime de cyberattaques le mois précédent, à l'instar d'une vingtaine d'entreprises américaines.
L'entreprise avait alors affirmé que, dans son cas, des preuves montraient que les attaques visaient les comptes courriel Gmail de douzaines de militants des droits de la personne. Elle avait dénoncé un « vol de la propriété intellectuelle de Google ».
Les discussions qui ont suivi entre l'entreprise et les autorités chinoises se sont soldées par un échec. Il y a une dizaine de jours, le ministère de l'Intérieur chinois a indiqué que le groupe devait se plier aux lois chinoises, sans quoi la Chine se développerait sans Google.
Le géant du web a cependant assuré qu'il entendait maintenir une présence commerciale en Chine et qu'il y poursuivrait ses travaux de recherche et de développement. Quelque 700 des 20 000 employés de Google travaillent en Chine.
Il faut savoir que Google n'est pas un joueur majeur en Chine, et n'occupe que 20 % du marché chinois parmi les moteurs de recherche. Le plus populaire, Baidu, accapare 62 % des requêtes.
Avec la fin de l'autocensure, la censure
Même si cette initiative est « tout à fait légale » et qu'elle « améliorera de façon sensible l'accès à l'information pour la population chinoise », l'entreprise admet que son site pourrait être bloqué.
Google a donc mis en ligne une page indiquant le niveau de censure exercé sur les différents services offerts par Google, qui sera régulièrement mise à jour.
Section indiquant le niveau de censure exercé sur les différents services offerts par Google
Google a pendant longtemps été montré du doigt pour avoir filtré les recherches des internautes. Par exemple, les liens menant vers des sites sur les droits de la personne, le Tibet, Taïwan et d'autres sujets politiquement délicats pour Pékin étaient filtrés.
Les représailles chinoises risquent d'avoir un impact sur la croissance de l'entreprise. Selon Analysys International, Google détient environ 31,3 % du marché des moteurs de recherche, alors que Baidu, son rival chinois, se taille la part du lion avec 63,9 %.
Pékin mécontent, Washington déçu
Dans les heures qui ont suivi l'annonce, le bureau d'Internet du service de l'information du Conseil de l'État, cité par l'agence de presse officielle Xinhua, a affirmé que Google n'avait pas respecté ses engagements.
Un porte-parole a déclaré que Google avait « violé sa promesse écrite faite au moment de son entrée sur le marché chinois, en cessant de filtrer ses résultats de recherches et en blâmant insidieusement la Chine pour de soi-disant attaques de pirates ».
« Nous sommes opposés sans compromis à la politisation des questions commerciales, et nous avons exprimé notre mécontentement et notre indignation à Google pour ses accusations déraisonnables et sa conduite », a poursuivi le fonctionnaire.
Par la voix d'un porte-parole, la Maison-Blanche s'est pour sa part dite déçue que Google et la Chine ne soient pas arrivés à un accord. Les États-Unis s'opposent à la censure et sont en faveur de liberté du web, mais les relations entre les deux pays sont « suffisamment matures » pour gérer les divergences, a-t-il poursuivi.
Le département d'État a pour sa part affirmé que le choix de Google était une « décision d'affaires » à laquelle il n'avait pas pris part, soulignant qu'il allait suivre de près les développements.
Des groupes de défense des droits de la personne, comme Human Rights in China, ont par ailleurs applaudi la décision de Google.
Reporters sans frontière a de son côté salué la « position courageuse » de Google, estimant qu'au-delà du cas chinois, c'est l'intégrité de la Toile qui est en jeu. La censure du web exercée par les États répressifs rend de nombreux internautes victimes d'une « ségrégation numérique », a estimé l'association.