©
AFP/Josep Lago
Contenu original - L'industrie des télécommunications mobiles s'est donné rendez-vous à Barcelone pour le « Mobile World Congress » du 15 au 18 février derniers. L'occasion pour Radio-Canada de faire le point sur ce secteur avec Éric Scherer, directeur Stratégie et Relations extérieures à l'Agence France-Presse et fin observateur du secteur.
Le congrès mondial de la mobilité de Barcelone confirme l'essor des téléphones intelligents, où la voix ne cesse de perdre de son importance, estime l'analyste Éric Scherer.
On serait tenté de baptiser cet événement le congrès des téléphones cellulaires, mais ce n'est plus du tout le cas, note d'entrée de jeu M. Scherer, qui évoque plutôt le congrès de l'information en mobilité. Et pour cause : « Aujourd'hui, le transport de données par mobile - j'entends les données comme le texte, la photo ou la vidéo - est plus important en volume que le transport de voix », note-t-il.
L'avènement des téléphones intelligents y est pour beaucoup et leur croissance semble inexorable. « Ils représentent 10 à 15 % du marché du téléphone portable, mais les experts s'attendent à ce que ça représente 30 % d'ici trois ans dans le monde », remarque M. Scherer.
Choc des titans en perspective
Le marché des téléphones intelligents voit émerger deux entreprises qui bousculent les leaders traditionnels de ce marché : Apple et, plus récemment Google, entre autres avec le Nexus One.
Si Apple a brillé par son absence à ce « Disneyland pour les amoureux des téléphones portables », comme le baptise l'expert de l'AFP, Google a envoyé son PDG, Eric Schmidt, annoncer son nouveau credo, « Mobile First ».
« Ils croient beaucoup au développement du mobile comme un point de convergence des nouveaux usages et des technologies, analyse M. Scherer. Ils croient beaucoup au fait que les gens vont s'équiper de smartphones en raison de l'essor de la bande passante à très haut débit et puis à l'utilisation du cloud computing qui est un des points forts de Google », analyse M. Scherer. En janvier dernier, Google a lancé son propre téléphone cellulaire, le Nexus One.
De leur côté, les constructeurs asiatiques conservent leurs positions sur leurs marchés, notamment au Japon et en Chine, ajoute l'analyste. (Écouter l'extrait)
Sans oublier Microsoft qui a lancé une nouvelle version de son système d'exploitation pour téléphones cellulaires, Windows Mobile 7. L'entreprise dit ne pas envisager de se lancer dans la fabrication d'appareils.
L'eldorado des applications
Le poids grandissant de ce type de téléphone s'accompagne d'une vague de fond qui bouleverse l'industrie : les applications. En 2010, ce marché devrait représenter 6,2 milliards de dollars, selon Gartner. Et le congrès de Barcelone n'y a pas échappé, avec son lot d'opportunités, mais aussi de problèmes, « parce que les applications ne sont pas compatibles d'un fabricant à l'autre, d'un opérateur à l'autre », estime M. Scherer.
D'où le lancement de l'initiative « Wholesale Applications Community » qui regroupe notamment AT&T, Deutsche Telekom et Orange. La marque Wind, de l'opérateur Globalive qui a obtenu une licence d'exploitation du CRTC en décembre dernier, s'est joint à cette alliance. Cette dernière espère établir des standards pour le développement de ces applications, mais aussi contrer Apple, croit Éric Scherer. Et d'ajouter : « Ce n'est pas un pari gagné ». (Écouter l'extrait)
Quant aux trois principaux opérateurs canadiens (Bell, Rogers et Telus), ils ont lancé l'initiative OneAPI lors du congrès de Barcelone. Celle-ci vise à créer une plateforme de développement d'applications compatible avec leurs réseaux.
Les normes du futur : le 4G et le LTE
Du côté de l'avenir, les yeux se tournent vers les nouvelles normes 4G et LTE, certains commençant même à l'adopter.
Toutefois, les opérateurs « en ont un petit peu assez de voir des Google ou des YouTube, qui sont très très gourmands en bande passante, qui profitent de leurs tuyaux et qui ne financent absolument pas les infrastructures de demain », relate l'expert de l'AFP. Il note que « ces nouvelles technologies vont nécessiter des investissements de plusieurs centaines de milliards de dollars. C'est probablement le double du déploiement de la 3G ».
Google développe d'ailleurs son expertise dans les réseaux, notamment en exploitant un réseau sans fil dans toute la ville de son siège social, à Mountain View, mais aussi en lançant un projet pilote de fourniture d'accès à Internet par un réseau de fibre optique aux États-Unis.
Reste aussi à voir comment ces nouvelles infrastructures permettront le développement d'innovations dans les secteurs de la santé, de l'énergie ou encore du transport, se demande Éric Scherer. Il ajoute qu'à ce chapitre, l'industrie « estime être un peu mal comprise, voire mal aimée des pouvoirs publics des différents pays, des régulateurs ».
Au Canada, l'année 2010 sera marquée par l'arrivée de nouveaux opérateurs, notamment Globalive, avec la marque Wind, et Quebecor.