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Pékin sort de son mutisme et réagit aux menaces de Google de se retirer de la Chine pour atteinte à la liberté d'expression sur Internet.
La Chine pose ses conditions au géant américain Google poliment, mais fermement: travailler en Chine passe par le respect des lois du pays.
Le gouvernement chinois demeure intransigeant et défend sa politique de contrôle sur Internet. Sans nommer Google, le porte-parole du ministère des Affaires étrangères a rappelé que la Chine était disposée à accueillir les sociétés étrangères prêtes à accepter les lois du pays.
Les menaces de Google font suite aux cyberattaques subies par son réseau de courrier électronique. Le géant américain de l'informatique a accusé implicitement les autorités chinoises d'être derrière ces attaques sophistiquées.
Google a annoncé mardi qu'il cesserait de censurer les recherches sur son moteur en Chine et pourrait y fermer son site Google.cn.
Le groupe a dit vouloir ainsi protester contre le piratage des comptes de messagerie Gmail utilisés par des militants pour les droits de l'homme en Chine.
Cyberattaque vaste et structurée
Ces attaques pourraient s'inscrire dans une campagne plus vaste visant à voler des secrets d'entreprises et espionner les activités des militants des droits de l'homme, selon des experts.
Le groupe américain a indiqué avoir détecté une attaque très sophistiquée et ciblée contre son infrastructure d'entreprise, qui a entraîné un vol de propriété intellectuelle.
Pour Jeff Moss, fondateur de deux rendez-vous incontournables de la cybersécurité, Black HAT et DefCon, le but de la Chine est de récupérer toutes les informations dignes d'intérêt. Également conseiller du ministère américain à la Sécurité intérieure, Jeff Moss n'est pas étonné que l'on veuille atteindre les gens qui utilisent Google.
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AFP/GOH CHAI HIN
Pour M. Moss, Google a clamé haut et fort ce que nombre d'experts en sécurité disent tout bas depuis des années. Ces attaques sont bien conçues et ne sont pas le fait d'une simple bande de pirates. Le géant de l'Internet américain a indiqué que 20 autres sociétés avaient été visées.
L'éditeur de logiciels Adobe a également annoncé avoir été victime d'une attaque informatique sophistiquée, sans pouvoir indiquer s'il était visé par les mêmes malfaiteurs que Google. Mais une source chez Adobe a indiqué que la simultanéité des attaques pourrait toutefois révéler un lien avec l'affaire de Google.
Entre économie et politique
Google a bénéficié d'un mouvement de soutien à travers le monde après avoir menacé de se retirer de la Chine. Des dissidents chinois et des organisations de défense des droits de l'homme se sont déclarés satisfaits.
Le porte-parole de la Maison-Blanche a déclaré que le président Barack Obama soutient le droit à la liberté d'Internet en Chine. Robert Gibbs a indiqué que Google avait informé l'administration Obama avant de proférer sa menace.
Si la menace de Google a été applaudie par les représentants politiques, elle suscite des craintes chez les experts économiques aux États-Unis.
Brian Pitz, analyste chez UBS, pense que cela va prendre une ampleur d'un tout autre niveau.
L'annonce faite par Google n'a pas eu d'effet de contagion et aucune autre société n'a exprimé de soutien à sa position. Si la Chine inspire de la réserve en raison de sa politique à l'égard des droits de l'homme, elle demeure la troisième économie mondiale, et donc intéressante pour les affaires.
Les sociétés prennent l'habitude de certaines situations, même si elles ne les approuvent pas, selon Yuwei Shi, doyen à l'Institut des études internationales de Monterrey. Le monde des affaires est celui de la realpolitik, estime pour sa part le président de RiverTwice Research à New York, Zachary Karabell.
La Chine demeure un marché restreint pour Google avec des revenus estimés entre 220 et 600 millions de dollars annuellement par rapport aux 22 milliards du chiffre d'affaires global.