Le siège de Google à Pékin
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AFP/Goh Chai Hin
Soit Google.cn peut fonctionner sans filtrage, soit le géant américain se retire du marché chinois. C'est l'ultimatum lancé mercredi par la firme de Mountain View aux autorités chinoises.
La nouvelle a été publiée tôt mercredi matin sur le blogue de Google: le géant américain se retirera du marché chinois si Pékin ne desserre pas son emprise sur le cyberespace.
Et l'auteur n'est pas n'importe qui: il s'agit de David Drummond, vice-président du Développement et de la Direction juridique de Google.
« Nous avons décidé que nous n'étions plus disposés à continuer à censurer nos résultats sur Google.cn. Dans les semaines qui viennent, nous allons discuter avec le gouvernement chinois de la possibilité de faire tourner un moteur de recherche non filtré, dans le cadre de la loi », écrit-il (traduction libre).
« Nous reconnaissons que cela pourrait signifier la fermeture de Google.cn, ainsi que nos bureaux en Chine », ajoute-t-il en soulignant que cette décision a été prise par la direction de Google aux États-Unis. Google emploie 700 personnes en Chine.
Des attaques informatiques « venant de Chine » organisées à la mi-décembre contre les comptes courriel Gmail (le service de messagerie de Google) de militants des droits de la personne sont à l'origine de ce coup d'éclat.
Nombreux sont ceux qui s'interrogent sur la réalité de cet avertissement. Google serait prêt à se retirer d'un marché aussi juteux? Un marché de 338 millions d'internautes, le premier du monde? Un marché qui représente 1 milliard de dollars pour les opérateurs de moteurs de recherche?
L'américain réalise en Chine un chiffre d'affaires annuel de 200 millions de dollars, selon la firme d'analystes Collins Stewart.
D'accord, c'est une goutte d'eau dans le chiffre d'affaires global de Google (22 milliards en 2008), mais la soif des entreprises est connue pour être inextinguible... Google pourrait donc enterrer Google.cn, mais garder sa goutte chinoise en s'associant à un partenaire local, comme l'ont déjà fait Yahoo! ou eBay.
D'un autre côté, un retrait ne serait pas forcément une mauvaise opération puisque, ainsi que le font remarquer certains analystes, Google n'a jamais réussi à s'imposer face à ses rivaux locaux.
Selon Analysys International, Google détient environ 31,3 % du marché des moteurs de recherche, alors que Baidu, son rival chinois, se taille la part du lion avec 63,9 %.
Les autorités chinoises sont, pour leur part, dans l'attente et « cherchent à en savoir plus sur la déclaration de Google disant qu'il pourrait quitter la Chine », selon l'agence officielle Chine nouvelle, reprenant les propos d'un représentant du gouvernement chinois.
Google menace de cesser ses activités en Chine
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AFP/Frederic j. Brown
Google, un meneur?
Google n'a pas fait de commentaires sur les origines possibles des attaques. Mais, même si le ministère chinois des Affaires étrangères a démenti toute implication des autorités, les regards se tournent immanquablement vers le gouvernement, régulièrement montré du doigt pour son cyberautoritarisme et son amour de la censure.
« Notre espace d'expression sur Internet se réduit parce que le contrôle du gouvernement est devenu de plus en plus strict et envahissant », explique Xu Youyu, un universitaire pékinois et militant des Droits de la personne.
« La Chine utilise de nombreux moyens pour cibler les dissidents et cherche à s'introduire dans leurs pensées et leurs actions », affirme pour sa part Ai Weiwei, un artiste habitué à mobiliser les internautes sur le réseau.
L'initiative de Google marque-t-elle le début d'un mouvement général de grogne qui poussera d'autres multinationales sur le chemin de la contestation?
Pas sûr, répond Rob Enderle un analyste de la compagnie californienne Enderle Group. « La Chine demeure l'un des marchés qui affiche la plus forte croissance du monde. Il est délicat de lui tourner le dos ».
La retenue est donc de mise. Du côté de Cisco, de Microsoft ou d'Apple, on se refuse à tout commentaire sur l'affaire. Seul Yahoo! a publiquement félicité Google de son geste. Reporters sans frontières a, de son côté, salué le « courage » de la firme de Mountain View.
Sur place, certains Chinois n'ont pas hésité à manifester leur soutien à Google. Une douzaine d'entre eux sont venus déposer un bouquet de roses et de lilas devant l'entrée du siège de la compagnie, dans le quartier étudiant de Pékin.
« Nous venons ici pour soutenir Google », a expliqué Zhao Gang, un informaticien de 30 ans. « Google doit faire face à des contraintes très strictes, en Chine. Et quelque chose que nous savions dans notre coeur se trouve maintenant sur la place publique. Je crois que c'est un tournant dans l'histoire de l'Internet en Chine ».
Durcissement de Pékin
Pour d'autres, cette affaire marque au contraire un durcissement de la position de Pékin vis-à-vis des entreprises occidentales.
« On sent que la Chine s'enhardit et qu'elle n'a pas la même nécessité de dialogue qu'avant » avec les entreprises étrangères, observe Duncan Clark, analyste pour la frime BDA à Pékin.
En d'autres termes, Google aurait choisi de porter son différend sur la place publique parce que Pékin aurait refusé de poursuivre les discussions menées en privé sur un assouplissement du filtrage.
Le message Pékin serait le suivant: pour travailler en Chine, les entreprises doivent s'adapter ou partir. « Il est délicat de s'élever contre le gouvernement [chinois] », confirme Rob Enderle. « Si vous voulez faire des affaires en Chine, vous devez suivre les règles de la Chine ».
Google, semble-t-il, n'est pas daccord.