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PC/Jacques Boissinot
Le gouvernement de Jean Charest a provoqué une polémique en s'attaquant à cette vache sacrée que sont les tarifs d'électricité. Les Québécois devront vraisemblablement payer plus cher le kilowattheure.
La hausse des tarifs d'Hydro-Québec envisagée par le gouvernement Charest ne fait pas l'unanimité parmi les experts et suscite la critique de l'opposition à l'Assemblée nationale.
Le gouvernement libéral cherche par tous les moyens à augmenter ses revenus pour renouer avec l'équilibre budgétaire et c'est l'avenue qu'il semble privilégier.
L'hypothèse d'augmenter d'un cent le tarif du « bloc patrimonial » permettrait d'aller chercher un milliard et demi de dollars dans les poches des contribuables. Pour les Québécois, cela signifierait des augmentations de 265 $ par année pour une maison moyenne.
Le ministre du Développement économique, Clément Gignac, martèle que ce sont les plus riches qui profitent du gel des tarifs. « Il faut que les Québécois comprennent que les mieux nantis sont subventionnés par des tarifs d'électricité qui ne sont même pas à la hauteur de ce que ça coûte pour faire construire la Romaine ».
Un mensonge, disent les opposants
Cette déclaration du ministre fait bondir les associations de consommateurs. « Dire ça, c'est un mensonge, et imposer des hausses tarifaires importantes, c'est une taxation déguisée », soutient Charles Tanguay, d'Option consommateur.
Il ajoute qu'« à côté des riches qui consomment un peu plus d'électricité, il y a des grosses familles qui ont des taudis mal isolés et qui n'ont aucun moyen de contrôler leur facture d'énergie ».
Les opposants à la hausse des tarifs rappellent que les profits d'Hydro-Québec ont bondi de 667 millions de dollars en 1994 à 3 milliards en 2009.
Jean-François Blain, de l'Union des consommateurs, croit que ce sont les moins nantis qui seront désavantagés. « On cherche à faire payer par la majorité de la population, les plus pauvres en particulier, un manque de revenus consentis aux plus riches. » Il déplore ainsi le fait que les alumineries ne seront pas soumises aux augmentations. Dans leur contrat, plusieurs ont des clauses de protection qui les empêchent de subir une hausse des tarifs d'électricité supérieure à l'inflation.
« Malheureusement, ç'a été une très mauvaise décision qu'a prise le gouvernement Charest, il y a peine plus d'un an, renchérit l'analyste en énergie Jean-Marc Carpentier. Ces entreprises vont pouvoir échapper à une hausse. »
Les nouvelles ententes conclues par Québec représenteraient un manque à gagner de 250 millions de dollars.
L'opposition s'oppose à une hausse des tarifs
Pour l'opposition officielle, tout cela n'est qu'un ballon d'essai. « Je veux savoir quel est exactement le plan de match du gouvernement et après ça, nous en débattrons », affirme Pauline Marois.
La chef péquiste a prévenu lundi que le premier ministre Jean Charest n'aura pas la partie facile, même s'il a obtenu l'imprimatur de ses troupes en fin de semaine dernière, en faveur d'augmentations généralisées de taxes et de tarifs, dont ceux de l'électricité.
Du côté de l'Action démocratique du Québec, le député François Bonnardel estime que le gouvernement « verse dans la facilité encore une fois ».
De son côté, le député et co-chef de Québec solidaire, Amir Khadir, a déclaré que les libéraux préfèrent « frapper la classe moyenne et les petites entreprises », plutôt que de remettre en question les privilèges fiscaux dont jouissent les grands industriels.
Un test?
Le gouvernement Charest a préparé le terrain pour répondre à ses détracteurs. Il répète qu'il a réduit les impôts et qu'à son avis les Québécois ont une marge de manoeuvre.
« Depuis quatre ans, les gens qui ont des revenus familiaux entre 25 000 $ et 75 0000 $, avec deux enfants, ont dans leurs poches de 5000 $ à 8000 $ de plus qu'il y a cinq ans », dit le ministre des Finances, Raymond Bachand.
Le gouvernement libéral semble entreprendre une grande campagne de communication qui lui permettra de tester la tolérance des contribuables aux hausses de tarifs. D'ailleurs, il refuse de se commettre avant la grande consultation qu'il veut tenir cet automne.