©
PC/Graham Hughes
De nombreuses questions demeurent sans réponses pour les dizaines d'investisseurs qui auraient été floués par l'homme d'affaires montréalais Earl Jones, soupçonné d'avoir monté une fraude pyramidale de 30 à 50 millions de dollars.
Tandis que l'Autorité des marchés financiers et la police enquêtent sur le présumé fraudeur montréalais Earl Jones, de nombreux investisseurs se demandent comment ils ont pu être ainsi floués.
L'entreprise de M. Jones était inscrite depuis environ 15 ans au registre fédéral des entreprises, qui comporte des règles et des obligations différentes de celles du registre provincial. Celui qui se présentait comme un conseiller financier achetait de la publicité dans l'annuaire des Pages jaunes.
Des vérifications sont en cours à Revenu Québec, a confirmé le cabinet du ministre Robert Dutil. Le ministère veut savoir si Earl Jones était vraiment enregistré comme travailleur autonome ou entrepreneur conformément aux lois québécoises, et s'il payait ses impôts selon son statut.
Comme Earl Jones n'était pas enregistré auprès de l'Autorité des marchés financiers (AMF), alors qu'il aurait dû l'être, l'AMF n'avait jamais enquêté sur lui avant mercredi dernier, lorsqu'elle a reçu les premières plaintes le concernant. La Sûreté du Québec et le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) ont aussi ouvert une enquête.
Une centaine de personnes inquiètes se sont réunies dimanche dans un hôtel de l'arrondissement montréalais de Pointe-Claire, où des policiers ont recueilli leurs témoignages. Comme l'ont raconté la plupart de ces présumées victimes, Earl Jones était soit un ami de la famille ou une personne de confiance qui réglait leur succession, gérait leur héritage, payait leurs impôts ou faisait fructifier leurs placements.
Selon le porte-parole de l'AMF, Sylvain Théberge, c'est ce lien de confiance qui a fait en sorte que personne n'a eu le réflexe de contacter l'Autorité avant de confier ses avoirs à Earl Jones. Depuis les premières plaintes de mercredi, l'AMF a reçu d'autres appels venant d'aussi loin que Vancouver. Certains investisseurs seraient aux États-Unis.
Selon M. Théberge, le montant de la présumée fraude, de 30 à 50 millions de dollars, ne devrait pas changer, mais le nombre d'investisseurs touchés, au moins une cinquantaine pour le moment, pourrait augmenter. Le SPVM demande aux investisseurs de porter plainte individuellement auprès de leur poste de police local.
Ces personnes ont peu de chances d'être indemnisées, a admis M. Théberge. « Il ne semble plus y avoir d'argent dans les comptes par lesquels transigeait l'argent que M. Jones disait gérer », disait-il vendredi.
Selon le spécialiste en gouvernance d'entreprises et d'institutions privées et publiques, Michel Nadeau, le fonds d'indemnisation des victimes s'appliquerait s'il s'agissait d'une fraude survenue au sein d'une institution financière. De plus, a ajouté M. Nadeau en entrevue à RDI, les investisseurs n'avaient pas un dépôt garanti.
Nombreux sont ceux à avoir perdu des dizaines, voire des centaines de milliers de dollars. Certains se retrouvent avec d'importants arriérés d'impôts sur le revenu impayés, puisqu'ils avaient confié à M. Jones la responsabilité de leurs relations avec le fisc.
Earl Jones aurait berné ses clients en utilisant la pyramide de Ponzi, un stratagème qui permet d'offrir des rendements élevés en utilisant l'argent des derniers déposants. L'homme de Pointe-Claire demeure introuvable à ce jour et ne fait toujours pas l'objet d'accusations. Son entreprise devrait être mise en faillite d'ici la fin juillet.
Réaction à Québec
Le porte-parole de l'opposition officielle en matière d'institutions financières, Jean-Martin Aussant, estime qu'il faudrait une nouvelle législation obligeant toute personne qui transige avec des particuliers, gère leurs épargnes ou travaille dans le milieu financier à s'enregistrer auprès de l'AMF.
Selon le député du Parti québécois dans Nicolet-Yamaska, un conseiller financier pourrait aussi être obligé d'avoir un fiduciaire supervisant séparément la gestion des sommes confiées. Ou encore le conseiller pourrait être soumis à une vérification externe indépendante.
M. Aussant a rappelé que l'AMF était bien cotée par la Banque mondiale et l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), et que son efficacité n'était pas ici en cause.