Éviter le protectionnisme

  |  Radio-Canada avec La Presse Canadienne
Le ministre des Finances Jim Flaherty, en marge du Forum économique international de Montréal   © PC/Graham Hughes

Le sujet du protectionnisme a pris beaucoup de place, lundi, en marge de l'ouverture du 15e Forum économique international des Amériques, à Montréal.

Ottawa et Québec lancent une mise en garde contre le protectionnisme, au moment où des centaines de personnalités sont réunies pour discuter des grandes orientations économiques à privilégier en ces temps de crise.

Le ministre des Finances du Canada, Jim Flaherty, a en effet réagi à la résolution adoptée samedi dernier par la Fédération canadienne des municipalités (FCM) pour empêcher les entreprises américaines d'obtenir des contrats des villes canadiennes. Les maires canadiens menacent d'implanter cette mesure si le contentieux concernant la clause « Buy American », contenue dans le plan de relance de l'administration du président Barack Obama, n'est pas réglé d'ici quatre mois.

Le ministre Flaherty a estimé que la résolution de la FCM n'était pas une mesure dangereuse, mais qu'elle exprimait l'inquiétude de plusieurs maires. Il a toutefois averti les municipalités que l'accumulation de mesures protectionnistes pourrait mener à une dépression, comme dans les années 1930.

« Je pense que ce n'est pas une action qui aide l'industrie au Canada. Nous devons parler avec les Américains. Nous ne voulons pas avoir une escalade qui monte avec le protectionnisme. Le protectionnisme est mauvais pour le Canada, pour les États-Unis, pour les villes, pour les provinces, pour les États américains », a déclaré le ministre canadien des Finances.

Le refrain a été repris par le premier ministre du Québec, Jean Charest, qui a affirmé qu'il fallait éviter de tomber dans une spirale de protectionnisme.

M. Charest a d'ailleurs pressé ses homologues provinciaux à accepter d'ouvrir leurs marchés et leurs appels d'offres publics aux entreprises étrangères. M. Charest a rappelé que toutes les provinces canadiennes, sauf Terre-Neuve-et-Labrador, avaient fait preuve d'une telle ouverture dans les négociations pour un partenariat économique avec l'Union européenne.

Des entreprises québécoises, notamment des secteurs de l'acier et du traitement de l'eau, ont indiqué ces dernières semaines qu'elles n'avaient pu répondre à des appels d'offres lancés par des États ou des municipalités aux États-Unis, en raison de la clause protectionniste américaine.

Jean Charest croit qu'en montrant plus d'ouverture, les provinces canadiennes permettraient à Ottawa de lancer des négociations sur l'ouverture des marchés publics régionaux.

Par ailleurs, le ministre Flaherty a indiqué qu'il voyait certains signes de stabilisation de l'économie et d'une éventuelle reprise de la consommation. Il a souligné que les crédits d'impôt offerts dans le dernier budget pour la rénovation domiciliaire connaissaient du succès.

M. Flaherty était en compagnie du chef de la direction de la Banque de développement du Canada, Jean-René Halde, qui a indiqué que les programmes de prêt mis en place portaient fruit, notamment le Programme de crédit aux entreprises, qui a permis à des entrepreneurs de recevoir 578 millions de dollars en financement de février à mai dernier.

Les banques devront presser le pas, dit Strauss-Kahn

Lors du forum, le directeur général du Fonds monétaire international (FMI), Dominique Strauss-Kahn, a dit croire toujours à une reprise économique mondiale au premier semestre de 2010. Il a toutefois averti les banques et institutions financières qu'elles devaient accélérer le nettoyage de leurs bilans pour ne pas nuire à cette relance.

Plusieurs institutions n'ont pas encore divulgué tous leurs actifs problématiques, a expliqué M. Strauss-Kahn, dans ce qui a été interprété comme une critique envers les banques européennes.

Le directeur général du FMI estime que la situation des pays en développement, qui ont besoin de crédit, pourrait conduire à des troubles sociaux si elle persiste. Dans les pays développés, le défi sera plutôt de retrouver un équilibre budgétaire après avoir dépensé massivement pour la relance.

Enfin, Dominique Strauss-Kahn croit qu'il est toujours nécessaire de mettre en place un système d'alerte qui permettra une réaction plus rapide à une prochaine crise. Des pays se sont montrés réticents à adopter ce concept, parce qu'une alerte pourrait par exemple être lancée en période électorale, lorsque les gouvernements sortants tentent de ne pas faire de vagues.

Réunion du gratin économique

Voitures arrivant au Forum économique international de Montréal Des voitures arrivent à l'hôtel où se tient le Forum.

Des centaines de personnalités de la finance, des affaires et de la politique sont réunies à Montréal dans le cadre du forum international.

Plus de 3000 participants, qui ont chacun déboursé 1600 $, sont attendus pour les quatre jours du Forum. Ils pourront entendre 150 conférenciers, dont l'ex-secrétaire d'État américaine, Madeleine Albright, le ministre français des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, le gouverneur de la Banque du Canada, Mark Carney, et le président de la Banque mondiale, Robert Zoellick.

Principaux points au menu: la crise économique mondiale, la gouvernance, le développement durable et la santé.

En entrevue à Radio-Canada, le président et fondateur de l'événement montréalais, Gil Rémillard, a indiqué que plusieurs annonces importantes seraient faites durant le Forum.

Un homme d'influenceGil Rémillard est un ancien ministre du gouvernement libéral de Robert Bourassa. Il a notamment détenu le portefeuille des Relations internationales, de 1985 à 1988, ainsi que celui des Affaires intergouvernementales canadiennes, de 1985 à 1994, période qui a été celle, entre autres, de l'échec de l'accord du lac Meech.

Manifestation

La porte-parole des manifestants, Blandine Juches La porte-parole des manifestants, Blandine Juches

Une cinquantaine de personnes ont manifesté durant environ deux heures devant l'édifice où se tient la conférence économique.

Blandine Juches, porte-parole des manifestants, a expliqué qu'ils sont venus dire aux dirigeants économiques qu'ils « doivent changer la donne » et pas « seulement entre eux », a-t-elle dit au microphone de Radio-Canada.

La porte-parole explique que, si ces dirigeants voulaient réellement « changer le monde », ils devraient le faire avec les milliers de personnes dans le monde, qui ont tous des idées à cet effet. Mme Juches déplore que les dirigeants « s'enferment dans un Hilton » dans une réunion dont les frais de participation sont élevés.