Une nomination controversée

Michael Sabia (à gauche) en compagnie du président du C.A. de la Caisse de dépôt et placement du Québec, Robert Tessier Michael Sabia (à gauche) en compagnie du président du C.A. de la Caisse de dépôt, Robert Tessier  Photo :  PC/Paul Chiasson

Ce n'est pas tant la compétence que la « culture des affaires » de Michael Sabia, nouveau PDG de la Caisse de dépôt et placement du Québec, qui ne fait pas l'unanimité.

La nomination de Michael Sabia à la tête de la Caisse de dépôt et placement du Québec ne fait pas l'unanimité. Ce n'est pas tant la compétence de l'ancien président de BCE qui est remise en question que sa culture des affaires et sa sensibilité vis-à-vis le milieu financier québecois.

Dans un communiqué, la chef du Parti québécois, Pauline Marois, a affirmé qu'il aurait été préférable de choisir un candidat faisant davantage l'unanimité, dans le contexte actuel de crise à la Caisse. Elle a précisé que son parti discuterait avec M. Sabia au cours des prochaines semaines pour connaître ses intentions. « Enfin, nous ne devons pas oublier que la principale préoccupation des Québécois en ce moment est la perte de 40 milliards de dollars qui nous affectera au cours des prochains mois. Nous continuerons à assumer notre rôle d'opposition officielle et à questionner le gouvernement afin d'obtenir les réponses auxquelles les Québécois ont droit », a conclu Mme Marois.

L'Action démocratique du Québec a déploré la manière dont a été choisi M. Sabia. « Tout porte à croire que ce n'est pas le choix principal, encore une fois, du conseil d'administration, surtout que ce nouveau conseil-là n'est pas renommé au complet et qu'on a un président du C.A. qui est là depuis une semaine », a noté le porte-parole adéquiste, le député François Bonnardel.

Pour le parti Québec solidaire, le choix d'un gestionnaire de la haute fonction publique aurait été plus avisé. Dans un communiqué, la formation de gauche a même suggéré un nom, celui de l'ancien président du Mouvement Desjardins, Claude Béland.

« Avons-nous vraiment besoin d'un autre financier, issu de l'économie casino et de la culture affairiste du libre marché, à la tête du bas de laine des Québécoises et des Québécois? Après tout, le précédent président, issu lui aussi du milieu des affaires, a conduit la Caisse à jouer et à perdre des milliards de dollars de l'épargne collective des Québécois. C'est bien la preuve que le gouvernement Charest n'a rien appris de cette crise », a affirmé la porte-parole de Québec solidaire, Françoise David. « Cette nomination est d'autant plus révoltante que Sabia a touché quelques dizaines de millions de dollars en quittant l'entreprise qu'il a mal conduite », a ajouté le député de Mercier, Amir Khadir.

L'ex-premier ministre du Québec, Bernard Landry, dénonce la nomination de Michael Sabia.

Pour sa part, l'ancien premier ministre Bernard Landry a estimé que M. Sabia avait « le dernier profil à choisir pour diriger cette institution ». Il a ajouté que cette nomination était « proche de la provocation ».

M. Landry a ajouté que « la culture socio-économique et la culture nationale canadian » de M. Sabia n'en faisait pas un PDG capable de travailler au Québec. L'ex-premier ministre péquiste a tout de même reconnu que M. Sabia s'exprimait dans un français convenable.



Scepticisme sur la gestion

Plusieurs observateurs ont mentionné les réactions négatives qu'avait suscitées au Québec la transaction avortée entre BCE et le Fonds des enseignants ontariens Teachers que M. Sabia avait pilotée. De nombreux acteurs du milieu des affaires craignaient en effet que le contrôle de cette entreprise glisse vers Toronto.

Le successeur de M. Sabia, George Cope, est toutefois celui qui a vraiment incarné ce glissement, en transférant 9 des 14 postes de vice-présidents de l'entreprise à Toronto, a rappelé le directeur général de l'Institut sur la gouvernance d'organisations privées et publiques, Michel Nadeau.

Pour le chroniqueur économique du magazine L'Actualité, Pierre Duhamel, la transaction avortée de 52 milliards de dollars avec Teachers aura été le seul fait d'armes de Michael Sabia à la tête de BCE. M. Duhamel a estimé vendredi que plusieurs concurrents comme Telus, Rogers et Vidéotron ont drainé la clientèle de BCE au cours des dernières années.

Dans une entrevue au journal Les Affaires, l'ancien PDG de la Caisse, Jean Campeau, a exprimé son scepticisme quant à la nomination de M. Sabia. « On rapporte qu'il est incapable de prendre des décisions, qu'il blâme les autres pour ses échecs, est-ce que c'est vrai? Je ne le sais pas, mais j'espère que non », a dit M. Campeau.

L'ancien PDG a déclaré qu'il faudrait analyser de possibles changements au sein du personnel de la Caisse pour voir si M. Sabia s'entourera d'amis ou maintiendra la composition de la haute direction actuelle. M. Campeau a toutefois ajouté qu'il était prêt à laisser la chance au coureur, soulignant le passage de Michael Sabia au CN.

La Caisse résonne

L'annonce de la nomination de Michael Sabia survient quelques heures après la tenue de la commission parlementaire sur les résultats de la Caisse, à laquelle a participé la ministre des Finances, Monique Jérôme-Forget, vendredi matin. Le but de la commission est de faire la lumière sur les pertes de 40 milliards de dollars du bas de laine des Québécois en 2008.

La semaine dernière, le président du conseil d'administration de la Caisse, Robert Tessier, avait promis de choisir rapidement le PDG de l'institution. M. Tessier a été nommé à son poste il y a un peu plus d'une semaine.

En plus du nom de Michael Sabia, celui de Luc Bertrand, président et chef de la direction démissionnaire de la Bourse de Montréal, circulait.

Vendredi, M. Tessier a aussi annoncé en conférence de presse les nominations de Michel Lavigne et Réal Raymond à titre de membres indépendants du conseil d'administration de la Caisse de dépôt. Me Jean-Pierre Ouellet avait été nommé au conseil d'administration la semaine dernière.

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