En attendant Henri-Paul Rousseau

L'ancien président-directeur général de la Caisse de dépôt et placement du Québec, Henri-Paul Rousseau, prononcera une allocution attendue, lundi, à midi, devant la Chambre de commerce du Montréal métropolitain. Celui qui a dirigé l'institution de 2002 à 2008 doit offrir ses « perspectives sur la Caisse et la crise financière » à la suite de l'annonce des pertes de 39,8 milliards de dollars subies par l'institution en 2008.

L'ex-PDG de la Caisse offrira lundi midi ses « perspectives sur la Caisse et la crise financière », à la suite de l'annonce des pertes de 39,8 milliards de dollars subies par l'institution en 2008.

Henri-Paul Rousseau Henri-Paul Rousseau   © PC/Paul Chiasson

M. Rousseau a gardé le silence depuis que la Caisse de dépôt a dévoilé ses pertes colossales, le 25 février. Ses explications sont d'autant plus attendues qu'un bras de fer politique entre libéraux et péquistes à Québec empêche la tenue, jusqu'à nouvel ordre, d'une commission parlementaire visant à faire la lumière sur cette perte historique de 25 % du rendement de la Caisse.

M. Rousseau avait déjà indiqué qu'il témoignerait devant la commission parlementaire des finances publiques à ce sujet, mais le gouvernement Charest a finalement choisi de ne pas la tenir, puisqu'il refuse que la ministre des Finances, Monique Jérôme-Forget, vienne témoigner, comme l'exige le PQ.

À moins d'un revirement de situation à Québec, l'ex-PDG de la Caisse s'expliquera donc non pas devant des députés inquisiteurs, mais devant un public d'hommes d'affaires qui auront payé au moins 65 $ le billet, voire davantage, pour avoir le privilège de l'écouter. Henri-Paul Rousseau répondra à des questions de la presse à 14 h.

Mais aucun des deux partis de l'opposition à Québec ne croit que le discours de M. Rousseau va permettre d'aller au fond des choses.

François Bonnardel de l'ADQ a même déclaré, lundi matin, que M. Rousseau était en mission commandée pour enlever un peu de pression sur le gouvernement et répondre à certaines questions sur la gestion de la Caisse. « C'est un exercice de marketing assez bizarre du gouvernement », a-t-il dit.

Quant au député Éric Caire, aussi de l'ADQ il croit que « les Québécois veulent avoir le fil de ce qui s'est passé du début à la fin. Donc premièrement une commission parlementaire, je pense que c'est incontournable, où on va entendre les acteurs nous dire ce qui s'est passé avec le bas de laine des Québécois ».

Actuellement le PQ et gouvernement ne s'entendent pas sur le mandat à accordre à cette commission.

On se rappelle que M. Rousseau a empoché plus de 375 000 $ lorsqu'il a quitté ses fonctions à la Caisse de dépôt. En 2006, il a aussi reçu une prime de plus de 725 000 $ à titre de reconnaissance pour « la performance supérieure réalisée par la Caisse ».

Tableau CDPQ, actif net

Les résultats que la Caisse a dévoilés à la fin février sont les pires de ses 43 années d'histoire.

La Caisse a eu un rendement négatif de 25 %, alors que les autres fonds canadiens ont fondu en moyenne d'un peu plus de 18 %.

Les dirigeants actuels de la Caisse ont expliqué ces déboires par l'accumulation trop grande de papiers commerciaux adossés à des actifs, un placement autrefois considéré comme sûr, mais qui s'est avéré très risqué, et par la politique de protection contre le risque de change. À elles seules, les pertes en papier commercial se sont élevées à 22,4 milliards de dollars en 2008, ce qui compte pour 56 % des résultats de la Caisse.

La Caisse, qui gère les caisses de retraite et les régimes d'assurance publics du Québec, gérait un avoir net de 155,4 milliards de dollars au début de l'année 2008. En décembre dernier, il n'en restait plus que 120,1 milliards, en incluant les dépôts nets de 4,6 milliards réalisés en cours d'exercice.

Le Réseau de l'information présentera dès midi une émission spéciale sur l'allocution d'Henri-Paul Rousseau et sur son point de presse, à 14 h.