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Économie Caisse de dépôt

Le gouvernement savait

Mise à jour le mercredi 25 février 2009 à 5 h 10

Exclusif
Étude actuarielle sur les pertes anticipées de la Caisse de dépôt et placement du Québec.

Selon une étude actuarielle obtenue par Radio-Canada, le gouvernement Charest ne pouvait pas ignorer que des hausses de tarif seraient presque inévitables compte tenu des pertes records anticipées de la Caisse de dépôt et placement du Québec.

Durant la dernière campagne électorale, l'ex-chef de l'Action démocratique du Québec, Mario Dumont, a été ridiculisé par le gouvernement Charest lorsqu'il a déclaré que la Caisse de dépôt se dirigeait vers des pertes records de 30 milliards de dollars. Un chiffre qu'il jugeait même peut-être un peu conservateur...

L'ex-chef de l'ADQ s'appuyait sur l'étude réalisée par un actuaire indépendant dont Radio-Canada a obtenu copie. Datée du 31 octobre dernier, cette étude basée sur des données publiques évoquait des pertes de 30 à 40 milliards pour la Caisse, réparties comme suit:

  • la Régie des rentes: environ 7 milliards
  • le régime de retraite des syndiqués du secteur public: 9 milliards
  • celui des cadres du gouvernement: 1,5 milliard
  • la CSST: 2 milliards
  • la SAAQ: 1,2 milliard
  • le gouvernement du Québec à travers son fonds d'amortissement des régimes de retraite: 6 milliards de dollars

L'ex-député de l'ADQ, Gilles Taillon, souligne que les chiffres utilisés étaient du domaine public. « C'est clair pour moi maintenant que la ministre le savait », a-t-il dit.

Les procès verbaux publics prouvent en effet que les dirigeants de la Caisse rendent des comptes à leurs déposants plusieurs fois par année. « C'est évident que le gouvernement voulait aller en élection avant que les mauvaises nouvelles sortent. Aujourd'hui, les mauvaises nouvelles sortent une à une, et le gouvernement est obligé de reconnaître que ce que l'ADQ avançait était juste », poursuit M. Taillon.

Robert Pouliot, professeur à l'École des sciences de la gestion de l'UQAM, croit que ce sont les travailleurs et les employeurs qui vont payer la note. Selon l'étude consultée par l'ADQ, des augmentations de cotisation pour la Régie des rentes, pour les syndiqués et les cadres du gouvernement sont prévisibles à court et à moyen terme. Sans compter les hausses possibles de cotisation et de tarif à la CSST et la SAAQ.

Le gouvernement savait, [...] pouvait anticiper et même deviner dans les circonstances qu'il était inévitable de hausser les contributions.

— Robert Pouliot, professeur à l'École des sciences de la gestion de l'UQAM

La Caisse de dépôt et placement doit présenter ses résultats mercredi matin. Sauf que les deux principaux ex-dirigeants, Henri-Paul Rousseau et Richard Guay, ne seront pas là pour répondre aux questions.

Nommé en 2002 à la tête de la Caisse de dépôt, Henri-Paul Rousseau a démissionné de son poste en mai dernier. Il est demeuré au sein de la Caisse jusqu'en septembre à titre de conseiller. En janvier 2009, il s'est joint à Power Corporation.

Deux mois après sa nomination, son successeur Richard Guay est mis au repos jusqu'au 5 janvier 2009, avant d'annoncer sa démission pour des « raisons personnelles ». Son absence prolongée donne lieu à diverses spéculations, dont celle faisant état de son épuisement en raison des grosses pertes appréhendées.

D'après un reportage de Christian Latreille

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