Le protectionnisme sur la table du G7

  |  Radio-Canada avec Agence France-Presse
Le ministre italien des Finances, Giulio Tremonti Le ministre italien des Finances, Giulio Tremonti   © AFP/Dominique Faget

Les ministres des Finances des sept pays les plus industrialisés se réunissent à Rome pour discuter des solutions à la crise, mais aussi des tentations de protectionnisme économique, qui inquiètent notamment le premier ministre Harper.

Climat sombre pour ce vendredi 13. Alors que la récession s'aggrave en Europe, avec notamment un recul record de 1,5 % du produit intérieur brut (PIB) de la zone euro au quatrième trimestre 2008, du jamais vu depuis la création de la zone euro en 1999, les ministres des Finances du G7 se réunissent vendredi et samedi à Rome.

Préparée de longue date par le ministre italien des Finances Giulio Tremonti, la réunion doit être consacrée à la réglementation financière, avant le sommet du G20 prévu pour le 2 avril à Londres.

La question du protectionnisme, qui a ressurgi tant aux États-Unis qu'en Europe, s'est imposée comme un sujet de dernière minute incontournable.

« À Rome, un halte-là au protectionnisme », titrait vendredi le quotidien La Stampa à propos de la rencontre des ministres des Finances et des banquiers centraux des pays les plus riches de la planète (États-Unis, Japon, Allemagne, Grande-Bretagne, France, Italie, Canada) qui s'ouvrira par un dîner dans la soirée.

Le G7 accueille également le ministre russe des Finances ainsi que Dominique Strauss-Kahn, le directeur général du Fonds monétaire international, et Pascal Lamy, secrétaire général de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), et le président de la Banque mondiale.

Une « profonde récession »

M. Strauss-Kahn a donné le ton à la rencontre vendredi soir en déclarant que les économies des pays avancés sont en sérieuses difficultés. « L'économie mondiale est proche de la récession avec une prévision de croissance de 0,5 % pour 2009. Pour les pays avancés, nous sommes en récession profonde », a-t-il déclaré.

Le directeur général du FMI a ajouté ne pas voir de signal indiquant que la situation économique pour 2009 allait être « meilleur que ce que à quoi nous nous attendons ».

M. Strauss-Kahn a indiqué que l'ambiance en ce début de rencontre n'était vraiment pas à la fête. « Les gens ne chantent et ne dansent pas vraiment sur les tables », a-t-il affirmé.

Éviter les erreurs des années 30

Alors que la clause « Buy american » (achetez américain) du plan de relance de l'administration Obama a suscité des remous avant d'être assouplie, et que la polémique grandit en Europe sur les aides de la France à l'automobile, le Japon et l'Allemagne ont insisté pour mettre le sujet du protectionnisme au menu du G7.

Fortement dépendants de leurs exportations, les deux pays n'ont pas ménagé leurs mises en garde. « Nous avons appris depuis la Grande Dépression que, si un texte similaire à la loi Smoot-Hawley voyait le jour, cela conduirait à un désastre », a affirmé mardi le ministre des Finances japonais, Shoichi Nakagawa.

« Pour nous, des marchés ouverts sont une nécessité » — Jörg Asmussen, secrétaire d'État allemand

« Nous serions les perdants » en cas de résurgence du protectionnisme. « Il ne s'agit pas tant du protectionnisme direct via des droits de douane » que d'un « protectionnisme indirect via des plans de relance ». L'Allemagne réalise en effet 40 % de son PIB grâce à ses exportations.

Le protectionnisme n'est pas une option

D'ici la fin de la rencontre, les argentiers du G7 devraient faire un plaidoyer pour s'engager à lutter contre la crise, mais en limitant les effets néfastes des mesures qui pourraient être adoptées.

C'est ce que révèle un texte préparatoire du communiqué qui doit être publié samedi et dont Reuters a obtenu copie.

Le texte souligne que la stabilisation de l'économie mondiale et des marchés financiers constitue la « principale priorité » des pays du G7 et que « l'ensemble des outils politiques disponibles » allaient être utilisés pour combattre la crise.

« Nous allons continuer de coopérer pour éviter des répercussions et des distorsions indésirables. Le G7 reste déterminé à éviter des mesures protectionnistes qui ne feraient qu'exacerber la crise, à s'abstenir de dresser de nouvelles barrières et à oeuvrer en faveur d'une conclusion rapide et ambitieuse du Cycle de Doha [sur le commerce international] », peut-on lire dans l'ébauche du texte.

Plan Obama: Ottawa a toujours des craintes

Même s'il a été assoupli, le plan de relance américain continue d'inquiéter le ministre des Finances du Canada, Jim Flaherty, présent à Rome pour la rencontre.

L'argentier du gouvernement Harper dit craindre surtout la portée des mesures qui pourraient permettre aux États ou aux municipalités de privilégier, dans leurs achats publics, les compagnies américaines.

Selon M. Flaherty, le protectionnisme ne ferait qu'aggraver la crise économique. Le ministre estime qu'il faut plutôt augmenter les échanges qui, dit-il, sont la source de la richesse et de la croissance.

Jim Flaherty n'a pu avoir de rencontre bilatérale avec le secrétaire du Trésor américain Tim Geithner vendredi en raison d'un retard, mais il espère pouvoir le rencontrer samedi.

Le premier ministre Harper a lui aussi indiqué avoir toujours des craintes concernant le plan des États-Unis et la clause « Buy american ».

« Pour ce qui est de la clause Buy american, nous restons inquiets. Il y a eu des améliorations pendant le processus législatif au Congrès, mais nous demeurons tous inquiets et je pense que le président Obama lui-même a dit qu'il voulait s'assurer que les plans de relance ne conduisent pas à des mesures protectionnistes aux États-Unis ou ailleurs », a-t-il déclaré en point de presse.

Le protectionnisme inquiète les CanadiensUn sondage La Presse canadienne-Harris Décima révèle qu'une majorité de Canadiens s'inquiètent de la montée du protectionnisme aux États-Unis. Selon l'enquête, 61 % des personnes interrogées croient que le protectionnisme commercial des États-Unis est nuisible pour le Canada.

L'inquiétude est surtout présente chez les personnes de 50 ans et plus. La majorité des gens de moins de 25 ans qui ont répondu au sondage ont pour leur part dit ne pas craindre le protectionnisme américain.

Dans l'ensemble du pays, le Québec est la seule province où une majorité de gens ont dit avoir peu ou pas d'inquiétude sur la question.

Le sondage téléphonique a été mené auprès d'environ 1000 personnes entre les 5 et 8 février. Sa marge d'erreur est de 3,1 %, 19 fois sur 20.

Une première pour Timothy Geithner

Le secrétaire d'État au Trésor américain, Timothy Geithner Le secrétaire d'État au Trésor américain, Timothy Geithner   © AFP/Win Mcnamee

Tous les regards seront donc tournés vers le secrétaire du Trésor américain Timothy Geithner et son plan d'urgence économique et financière.

Celui-ci comprend un programme de soutien de l'économie (789 milliards de dollars) et un plan de stabilisation des banques de 2000 milliards de dollars.

Les discussions qui vont se dérouler à Rome constituent la première approche globale pour doter la finance internationale de règles après la crise financière de l'automne dernier.

Giulio Tremonti, devrait de son côté proposer l'approbation d'un « Legal Standard », un corpus minimum de règles issues notamment de l'OCDE, du Groupe d'action financière (GAFI) et du Forum de stabilité financière (FSF), couvrant la corruption, la responsabilité des entreprises, la fraude fiscale, la lutte antiblanchiment, des sujets de prédilections du ministre italien.