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Économie Crise économique

L'avenir de GM se joue au Congrès

Mise à jour le lundi 17 novembre 2008 à 19 h 56

Des véhicules GM

Photo: AFP/BILL PUGLIANO

La bataille s'annonce rude dans les officines du Congrès américain autour du sauvetage financier d'une industrie automobile mise à mal par la crise économique qui s'abat présentement sur les États-Unis.

Démocrates et républicains s'opposent sur la pertinence d'allouer une partie du plan Paulson de 700 milliards de dollars pour le sauvetage du secteur financier aux grands constructeurs que sont GM, Ford et Chrysler.

Les démocrates du Congrès propose de mettre rapidement à la disposition des trois grands de l'automobile une enveloppe supplémentaire de 25 milliards de dollars. Les démocrates, traditionnellement partisans d'un plus grand interventionnisme étatique, estiment, à l'instar de leur chef de file le président élu Barack Obama, qu'une possible faillite d'un seul des trois grands du secteur serait une véritable catastrophe pour l'économie américaine.

Le danger de l'effet domino

De nombreux analystes estiment, en effet, que la structure du secteur automobile américain est conçue de telle sorte que, si par exemple GM tombe, il va emporter avec lui une pléiade de petits équipementiers en situation de dépendance vis-à-vis GM. Ce faisant, les deux autres grands constructeurs, Ford et Chrysler, se retrouveraient rapidement dans une situation très précaire, voire critique, puisqu'ils font souvent affaire avec les mêmes équipementiers.

Des élus démocrates font valoir que la chute de GM, chaque jour de plus en plus probable, entraînerait l'élimination de 350 000 emplois directs et de 3 à 5 millions indirectement, ce qui revient à dire que la première économie mondiale subirait un véritable séisme.

Le grand patron de General Motors, Rick Wagoner

Photo: AFP/BILL PUGLIANO

Le grand patron de General Motors, Rick Wagoner

Et s'il faut en croire le PDG de GM, Rick Wagoner, « l'idée voulant qu'il suffise d'invoquer le Chapitre 11 [une procédure permettant à une entreprise en difficulté de se mettre à l'abri de ses créanciers pour se restructurer], de se tenir tranquille pendant trois mois et d'accepter de réduire sa dette et de s'abstenir de payer ses fournisseurs est tout simplement une vue de l'esprit ». Pour M. Wagoner, la plupart des consommateurs « cesseraient d'acheter des véhicules produits par un groupe en situation de faillite ».

Rick Wagoner aura d'ailleurs l'occasion de faire valoir son point, mardi, devant le Congrès, en compagnie des dirigeants de Ford et de Chrysler, ainsi que du président du puissant syndicat des travailleurs de l'automobile, le United Auto Workers.

Les républicains mettent les freins

Mais les représentants de l'industrie automobile auront fort à faire pour convaincre un Congrès toujours dominé par les républicains de leurs signer un autre chèque de 25 milliards de dollars.

Les républicains, pour qui l'État doit limiter au maximum sa présence sur le libre marché, sont nombreux à douter de la capacité de survie d'une entreprise comme GM, même avec l'injection de fonds fédéraux supplémentaires.

« General Motors a fonctionné sur un mauvais modèle, a eu une mauvaise direction et aucun schéma d'innovation. Maintenant on parle d'injecter 25 milliards, et encore 25 milliards. Qui sait quand cela s'arrêtera? », a, à ce propos, résumé le sénateur républicain de l'Alabama, Richard Shelby.

Dans un communiqué diffusé lundi, la porte-parole de la Maison-Blanche, Dana Perino, a réitéré la position de l'administration Bush pour qui les sommes prévues dans le plan Paulson sont exclusivement destinées à venir en aide aux acteurs du secteur financier.

Paulson veut garder une réserve

Dans une entrevue au Wall Street Journal, le secrétaire américain au Trésor, Henry Paulson, a indiqué qu'il ne comptait pas utiliser, pour le moment, les 410 milliards restants du plan de sauvetage adopté par le Congrès.
Sur 700 milliards, 250 ont servi à aider les banques en difficulté et 40 autres ont été prêtés à l'assureur AIG.
M. Paulson estime que la somme restante devrait être mise à la disposition de la nouvelle administration du président élu Barack Obama, qui entrera en fonction le 20 janvier prochain.

La Maison-Blanche craint le précédent

Permettre aux constructeurs automobiles de piger dans le plan Paulson, un plan qui n'a pas été conçu pour les industriels, quels qu'ils soient, c'est, selon Mme Perino, « s'engager sur une pente glissante », puisque les autres secteurs en difficulté ne manqueront pas, eux aussi, d'exiger leurs parts.

D'autant plus, souligne la Maison-Blanche, qu'un plan d'aide de 25 milliards de dollars destiné au secteur automobile existe déjà, et ce, depuis septembre dernier. Tout ce qu'il faut, c'est l'amender pour en élargir le mandat. Actuellement, cette enveloppe, qui consiste en prêts à taux réduits, est contrôlée par le département américain de l'Énergie et est destinée à aider les constructeurs automobiles à développer des véhicules moins gourmands en essence.

Pour l'emporter et forcer la mise à la disposition de GM, Ford et Chrysler, d'une partie des sommes du plan Paulson, les congressistes démocrates devront convaincre une dizaine d'élus républicains de se joindre à eux.

Lundi, deux sénateurs républicains se disaient prêts à appuyer l'initiative démocrate et un certain nombre d'autres n'excluent pas de faire la même chose, sous certaines conditions.

On estime que General Motors, affecté à la fois par une chute historique de ses ventes et une crise financière qui limite grandement ses accès au crédit, perd en moyenne 1,5 milliard de dollars par mois.

Radio-Canada.ca avec Agence France Presse, Associated Press, Bloomberg et Reuters

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