Mardi 14 février 2012 4 h 29 HNE
![]() Économie En profondeur
Journaliste:Florent Daudens Mise à jour le vendredi 28 novembre 2008 à 19 h 12 Haute tension sur les marchésAction concertée des banques centrales, plans de sauvetages américain et européen, déclarations rassurantes: les pouvoirs publics tentent d'enrayer la crise financière. Sauf que les marchés continuent à jouer au yo-yo, surréagissant à toute information, rassurante ou inquiétante. C'est que la volatilité n'a pas disparu des marchés, signe tant d'inquiétude que de mouvements boursiers. Analyse. « À la limite, nous recherchons la volatilité sur les marchés, explique Charles Huot, directeur général actions institutionnelles chez BMO Marchés des capitaux. Ça caractérise la fin d'une période turbulente ».
Le financier souligne que deux acteurs boursiers ont réalisé des mouvements différents. D'une part, des caisses de retraite, qui sont des investisseurs massifs, se sont mises en position d'attente pendant plusieurs semaines, avant de commencer à se redéployer. « Acheter quand tout va mal et vendre quand tout va bien », illustre M. Huot. D'autre part, des fonds spéculatifs se sont retirés du marché, créant par exemple un trou de 15 milliards dans les deux premières semaines d'octobre sur les bourses, selon lui. Il explique cette débandade par la nature de leurs activités: la majeure partie de leurs profits se font sur ceux de leurs clients, prenant jusqu'à 20 % de ceux-ci. Mais avec des cours boursiers qui chutent de 30 %, « c'est très difficile de croire qu'on va réaliser des bonis de performance ». M. Huot ajoute que ces fonds ne peuvent pas prétendre à des bonis tant qu'ils n'ont pas ramené les fonds à leur valeur du début de l'année. Avec une telle côte à remonter, « ces fonds n'avaient donc plus de raisons de rester actifs », estime-t-il. Tandis que les premiers restent patients, les autres liquident. Ça a créé énormément de pression. — Charles Huot, directeur général actions institutionnelles chez BMO Marchés des capitaux D'autres en profitent Si plusieurs fonds spéculatifs ont liquidé leurs actifs, d'autres ont pu en profiter pour faire leurs courses. « Il est fort possible que ceux qui sont sur le marché en ce moment soient ceux qui jouent sur la volatilité. Ils essaient dans un court laps de temps de jouer sur des stratégies d'achat et de vente très rapides », explique Daniel Racette, directeur de l'Institut d'économie appliquée à HEC Montréal. Certaines caisses de retraite adoptent aussi des attitudes plus nerveuses, achetant et vendant rapidement. D'autres adoptent une attitude « à la Warren Buffett », comme l'évoque Charles Huot, en achetant des produits financiers à long terme. Il précise toutefois que, en raison des restrictions sur les ventes à découvert décrétées par les autorités, « il n'y a pas eu autant d'opportunités qu'on l'aurait voulu ». L'inconnue des actifs « toxiques » Une autre raison de cette volatilité s'explique par la dispersion des actifs dits « toxiques » à travers les marchés, par le processus de titrisation. M. Racette estime que les banques ont levé le voile sur la plupart de ces actifs, mais il s'interroge: « Comment vont-ils être épongés? ». Une inconnue qu'ignore aussi Charles Huot: « Plusieurs de ces produits sont échangeables, mais quelle valeur leur donner? ». Le plan de sauvetage américain prévoit d'ailleurs de racheter une partie de ces actifs, mais selon des modalités qui restent à définir. « Tant que les opérateurs ne sont pas sûrs de comprendre l'efficacité réelle des différents plans de sauvetage et qu'ils ne savent pas qui a combien de ces mauvais prêts, il y aura instabilité », estime Éric Jacquier, spécialiste en prédiction de la volatilité à HEC Montréal. Un changement de régime sur les marchés M. Jacquier ajoute que « nous sommes dans une période où les informations à l'échelle du marché dominent celles au sujet des actions ». En temps normal, les nouvelles au sujet des actions des entreprises ont tendance à s'annuler les unes les autres, telle entreprise en ayant de bonnes, l'autre de mauvaises, précise-t-il. Ce jeu d'équilibre a tendance à réduire la volatilité. À l'inverse, les actions ont tendance à connaître des mouvements de groupe en temps de crise, renforçant la volatilité. La moindre mauvaise nouvelle constitue alors un choc. Pire, l'absence de mauvaises nouvelles peut être interprétée comme des « choses à régler », causant à nouveau des mouvements sur les marchés, note M. Jacquier. |