Mardi 14 février 2012 4 h 29 HNE
![]() Économie En profondeur
Journaliste:Florent Daudens Mise à jour le vendredi 28 novembre 2008 à 19 h 12 L'État à la rescousseFace à la crise, les gouvernements et autorités publiques de plusieurs pays sont intervenus pour tenter de juguler les pertes. En tête de file, les États-Unis ont adopté un plan de sauvetage en octobre, non sans négociations. Concrètement, cette « Loi de stabilisation économique d'urgence de 2008 » permet au Trésor américain de racheter jusqu'à 700 milliards de dollars d'actifs invendables aux banques en difficulté. Une fois le marché stabilisé, l'État américain pourra tenter de les revendre. Ce n'est pas la première fois que le gouvernement délie les cordons de la bourse pour sortir d'une crise: il l'avait fait lors de celle de 1929 et de celle des « savings and loans » des années 80, dans une moindre mesure.
L'État pourra aussi prendre des participations au capital des sociétés qui bénéficieront du plan. Le secrétaire au Trésor disposera d'un mandat spécial qui lui permettra de collaborer avec les banques centrales d'autres pays pour, éventuellement, mettre en oeuvre des plans de sauvetage similaires. Le plan a été conçu pour être temporaire. Il prendra fin le 31 décembre 2009. Le gouvernement pourra toutefois demander sa reconduction, pour un maximum de deux ans après l'adoption de la loi. Le texte de plus de 450 pages comporte aussi des baisses d'impôt pour les particuliers et les entreprises, ainsi que des incitations fiscales pour l'utilisation de sources d'énergies renouvelables. La protection des propriétaires contre les saisies de leur logement fait également partie de cette loi. Une mesure très attendue par les Américains, d'autant qu'on prévoit jusqu'à 2 millions de saisies en 2009 (en lire plus). La Réserve fédérale américaine ouvre ses coffres À défaut d'avoir vu venir la crise, la Fed a tenté de l'endiguer en injectant des liquidités sur les marchés. Au mois de septembre, elle a injecté des centaines de milliards de dollars en plusieurs vagues et accordé un prêt de 85 milliards de dollars à l'assureur AIG, au bord de la faillite. En plus d'injecter des liquidités sur le marché américain, elle a signé des swaps avec des banques centrales étrangères, dont celle du Canada, pour un montant total de 277 milliards de dollars américains. Un accord de swap permet aux banques centrales de se prêter réciproquement des liquidités à court terme, afin de stabiliser le système financier du pays emprunteur. Début octobre, sept banques centrales ont aussi abaissé leur taux directeur dans une action concertée. La Fed a fait passer son taux de 2 % à 1,5 % et la Banque du Canada de 3 % à 2,5 % (en lire plus). Modifier la réglementation La réglementation des marchés boursiers est aussi dans le collimateur. Le secrétaire américain au Trésor, Henry Paulson, a proposé, en mars dernier, d'accorder plus de pouvoirs à la Fed. Elle pourrait entre autres ouvrir les livres comptables des institutions financières en difficulté. Le gendarme boursier - la Securities and Exchange Commission (SEC) - et celui des marchés à terme sur les matières premières - la Commodity Futures Trading Commission (CFTC) - seraient fusionnés. Le Congrès américain doit toutefois débattre de ce plan, avant de l'adopter, débat que les élections américaines rendent incertain. En attendant, le président de la SEC a demandé au Congrès, en septembre, de lui donner autorité sur les swaps sur défaillance de crédits (CDS). Ces contrats, qui couvrent les mauvaises créances des entreprises, représentent 58 000 milliards de dollars. La SEC a aussi interdit temporairement les ventes à découvert (VAD) sur les valeurs financières, tout comme son équivalent britannique. Cette mesure était nécessaire, estime Jean Boivin, spécialiste en politique monétaire à HEC Montréal: « Il semble effectivement que les ventes à découvert aient nui à certaines banques, sans refléter leur cours. Il est donc raisonnable de vouloir limiter ces ventes ». Il précise toutefois que les VAD sont nécessaires à la bonne santé financière des marchés. Écoutez l'extrait Le Canada facilite l'accès au crédit De ce côté de la frontière, le ministre des Finances, Jim Flaherty, a annoncé une première mesure le 10 octobre dernier. En vertu de celle-ci, la Société canadienne d'hypothèques et de logement (SCHL) achètera jusqu'à 25 milliards de dollars de blocs de prêts hypothécaires aux banques canadiennes. Le grand argentier canadien croit que cette mesure permettra aux institutions financières canadiennes de se procurer des fonds à long terme. En effet, ces dernières pourront ainsi sortir une partie des prêts hypothécaires déjà émis de leur bilan, puisqu'ils passeront dans les comptes du gouvernement. Le ministre espère que les banques mettront les fonds ainsi libérés à la disposition des particuliers et des entreprises. Le ministre ajoute que ce rachat n'entraînera aucun coût budgétaire additionnel, « puisque le gouvernement en tirera un taux de rendement bien supérieur à son propre coût d'emprunt ». Le marché hypothécaire canadien en bref
Source: Service d'information et de recherche parlementaires de la bibliothèque du Parlement La Banque du Canada, de son côté, a injecté plusieurs milliards de dollars en liquidités à plusieurs reprises et affirme qu'elle continuera de le faire si nécessaire. Son gouverneur, Mark Carney, a précisé dans son discours du 25 septembre dernier que « nous continuerons de mener une politique monétaire axée sur la réalisation de la cible d'inflation de 2 % à moyen terme. C'est encore de cette manière que la politique monétaire peut le mieux contribuer à une croissance soutenue ». L'Europe tente de parler d'une seule voix
Après une valse-hésitation, l'Union européenne a adopté un plan de sauvetage de l'économie à la mi-octobre. Ce plan prévoit d'allouer l'équivalent de près de 2700 milliards de dollars canadiens, afin de garantir les nouveaux prêts interbancaires. Le plan inclut aussi quatre autres mesures, dont une recapitalisation des banques en difficulté par les États. L'Union accepte l'idée d'une réforme « réelle et complète du système financier international » qui inclurait une refonte du rôle des institutions de Bretton Woods (le FMI et la Banque mondiale), telle que la France l'avait proposée. Le premier ministre britannique souhaite aussi une refonte de la régulation boursière. Le président français, Nicolas Sarkozy, a prôné ces idées auprès de son homologue américain. Tous deux se sont entendus pour une rencontre du G8 dans les prochains mois, mais des divergences subsistent sur cette éventuelle réforme. L'Allemagne, la France, l'Italie et le Royaume-Uni avaient réclamé, lors d'une précédente réunion, de la « flexibilité » dans le Pacte de stabilité. Celui-ci limite le déficit des États membres à 3 % du PIB. Tous les yeux se tournent maintenant vers l'économie réelle, qui vacille. Si la crise financière devait contaminer l'économie, ces mesures seraient-elles suffisantes? |