Mardi 14 février 2012 5 h 38 HNE
![]() Économie En profondeur
Journaliste:Florent Daudens Mise à jour le vendredi 28 novembre 2008 à 19 h 11 L'économie menacéeUne métaphore associe la finance à de l'huile à moteur, le moteur étant l'économie. Doit-on en déduire que l'économie va se gripper? Certains indicateurs ont de quoi inquiéter. Les ventes au détail aux États-Unis ont enregistré leur plus important recul en plus de trois ans (détails). Au Canada, les ventes des fabricants ont baissé de 3,7 % au mois d'août au pays, après quatre hausses mensuelles consécutives (détails). Sans compter le niveau de confiance des consommateurs qui diminue de part et d'autre de la frontière (détails). Plusieurs facteurs expliquent la contamination de la crise de la sphère financière à l'économie:
Une réduction de la consommation rimerait avec une baisse de la croissance, voire une récession et de possibles faillites d'entreprises. En d'autres termes, une crise économique. L'endettement des ménages Cette spirale est d'autant plus inquiétante que la croissance repose de plus en plus sur la consommation que sur la production de biens, comme le souligne Jacques Nantel, professeur en marketing à HEC Montréal. Ce dernier souligne que les ménages ont déjà accumulé une dette importante, réduisant ainsi leur marge de manoeuvre. « Ce qui me fait le plus peur, c'est la dette de consommation courante des ménages - les cartes et marges de crédit qui sont souvent utilisées pour des dépenses somptuaires », déclare-t-il à Radio-Canada.ca. Il s'inquiète surtout pour les trentenaires, qui « ne voient aucun problème à s'endetter ». Écouter l'extrait Il souligne que les ménages doivent aussi s'assurer d'être en mesure de rembourser leur hypothèque, et ce, à long terme. D'après M. Nantel, le secteur automobile subit déjà la crise, étant confronté à une baisse de la demande. Une donnée inquiétante, lorsque l'on sait que ce secteur représente le quart de la consommation des ménages. Il pense que les détaillants devraient aussi subir le contrecoup de la crise: « Pour que les ménages équilibrent leur budget, il n'y a pas d'autre solution que de diminuer la consommation. Cela a un impact direct sur les détaillants ». Écouter l'extrait Desjardins évoque une pénurie La présidente du Mouvement Desjardins, Monique Leroux, semble partager cette inquiétude. « On est à une époque charnière. Ce qui se passe aux États-Unis affecte l'ensemble du monde, ça, c'est très clair », a déclaré la présidente lors d'une allocution devant la Chambre de commerce de Montréal. On s'est habitués, depuis la dernière guerre, à une société d'abondance. Une société où la consommation, la surabondance, c'était quelque chose de tout à fait naturel. On parlait très peu de pénurie, de rareté. — Monique Leroux, présidente du Mouvement Desjardins La Banque du Canada aux aguets
Le gouverneur de la Banque du Canada, Mark Carney, a, lui aussi, montré des signes d'inquiétude lors d'un discours en septembre dernier. « Tout ralentissement de l'activité économique aux États-Unis a des conséquences au Canada, mais la situation actuelle pose des problèmes particuliers », a-t-il déclaré. Et pour cause, environ 80 % des exportations canadiennes sont écoulées aux États-Unis. Cela représente des surplus commerciaux pour le Canada de plus de 100 milliards de dollars par année. Plus précisément, M. Carney s'inquiète de la santé des secteurs du bois d'oeuvre et des matériaux de construction, directement touchés par le ralentissement du marché immobilier américain, et de celui de l'automobile à cause de la chute des ventes de véhicules américains. Il note aussi que les besoins en capitaux des banques étrangères vont « décupler », ce qui « aura une incidence sur le coût du capital au Canada ». Du même souffle, le gouverneur se veut rassurant, notant que le ratio d'actifs/fonds propres moyen est de 18. Cela signifie que les banques détiennent en moyenne des actifs 18 fois plus importants que la somme détenue en actions par leurs actionnaires. « Du fait que les conditions de crédit sont meilleures au pays, peu de signes laissent croire que les institutions financières canadiennes restreignent l'accès des ménages au crédit ». En d'autres termes, les consommateurs pourront continuer de stimuler l'économie en achetant des biens à crédit. La classe politique aussi Selon le premier ministre, Stephen Harper, l'économie canadienne ne devrait pas connaître de récession. Cet avis ne fait toutefois pas l'unanimité. Le Québec a évité cet écueil pour les deux premiers trimestres de 2008. Après avoir commencé l'année en enregistrant un recul de 0,8 % du produit intérieur brut (PIB) au premier trimestre, l'économie québécoise s'est ressaisie au cours des mois suivants pour terminer le deuxième trimestre en affichant une croissance annualisée de 0,9 % du PIB de la province (en lire plus). L'économie risque donc d'être au menu politique, tant du gouvernement fédéral que des provinces, dans les prochains mois. Sitôt réélu, Stephen Harper a annoncé sa volonté de rencontrer les dirigeants des autres pays impliqués, mais aussi des provinces (http://elections.radio-canada.ca/elections/federales2008/2008/10/15/037-harper-plan-mercredi.shtml). Lors de la campagne électorale, ses adversaires lui avaient reproché de rester inactif face à la crise. Des experts interrogés par Radio-Canada divergent toutefois sur les solutions que pourrait prendre le premier ministre.(en lire plus). |