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Économie Crédit

La liste noire de la Banque Laurentienne

Mise à jour le jeudi 25 septembre 2008 à 20 h 59

Exclusif
Banque Laurentienne

L'émission Enquête a découvert que la Banque Laurentienne se base sur certains codes postaux pour justifier le refus d'une demande de prêt.

En août, pour les besoins de l'émission, Michael Descontie, un Algonquin de la région de Maniwaki, s'est rendu chez un commerçant pour acheter un véhicule tout terrain. Comme son dossier de crédit est excellent, sa demande aurait dû être acceptée sans problème.

Toutefois, trois heures plus tard, la Banque Laurentienne a rejeté sa demande. Au téléphone, une employée de la banque a expliqué au journaliste d'Enquête que la demande de crédit n'avait même pas été étudiée, « parce que c'est dans la zone que j'ai pas le droit d'accepter ».

La zone en question, est en fait le code postal de la réserve indienne de Kitigan Zibi, où habite M. Descontie. Et ce n'est pas un hasard. Depuis mars 2008, la Banque Laurentienne refuse de faire crédit à toute personne qui vit sur une réserve pour l'achat d'un véhicule récréatif.

Pour identifier ses clients indésirables, la Banque a conçu une base de données, qui contient plus de 3000 codes postaux. Sauf exception, il s'agit uniquement de réserves indiennes de partout au Canada.

Un courriel interne précise aux employés quoi faire d'un dossier qui présente un code postal interdit: « Refuser ce dossier pour toutes les raisons, en plus de mentionner que nous ne desservons plus cette zone ou ce code postal. » On y lit aussi qu'il ne faut « jamais mentionner que nous refusons, car c'est une réserve indienne », ni utiliser les mots « réserves indiennes », « Indiens » ou « Native ».

En entrevue, Luc Bernard, un vice-président de la Banque Laurentienne, s'est dissocié des termes utilisés dans le courriel. « Je vous le dis encore une fois, cette note est malhabile, maladroite, j'en conviens comme responsable de ce secteur-là, mais elle ne reflète d'aucune façon nos politiques de crédit. »

M. Bernard a également invoqué des pertes subies dans le secteur des véhicules récréatifs pour expliquer cette façon de faire de la Banque Laurentienne. « Tout de suite, pour nous, il y a une lumière qui s'allume et nos gens analysent ces zones-là pour comprendre pourquoi. Mais on suspend temporairement l'attribution de crédit. »

Le vice-président n'a pas précisé le montant des pertes en question. Il n'a pas, non plus, expliqué pourquoi on retrouve toutes les réserves indiennes du Canada sur cette liste noire, et pas seulement celles où la banque est déficitaire.

Selon un expert en droit constitutionnel consulté par l'émission Enquête, il s'agit d'un cas évident de discrimination, au sens de la Loi canadienne sur les droits de la personne. Toutefois, pour l'instant, rien n'indique que la Banque Laurentienne va cesser d'utiliser cette base de données unique en son genre.

Le reportage complet est disponible sur le site web de l'émission Enquête.

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