Nouveau plongeon en bourse

  |  Radio-Canada avec Agence France-Presse, Associated Press et Reuters
Un courtier préoccupé, à New York Un courtier préoccupé, à New York   © AFP/Spencer Platt/Getty Images

Signe manifeste de l'inquiétude des investisseurs sur la santé du système financier américain, les bourses européennes et américaines ont de nouveau plongé, mercredi, malgré l'intervention massive de la Réserve fédérale pour sauver le géant de l'assurance AIG, afin de lui éviter la faillite. La Fed lui a accordé un prêt de 85 milliards.

Encore une journée noire, mercredi, sur les marchés boursiers, aussi bien en Europe, qu'en Amérique du Nord, malgré l'intervention de la Réserve fédérale américaine pour sauver le géant de l'assurance AIG.

Mais même avec cette injection, l'indice Dow Jones des valeurs industrielles, à la bourse de New York, a terminé la séance de mercredi à 10 609,66 points, en baisse de 449,36 points, soit 4,06 %, par rapport à la clôture de mardi à Wall Street.

L'indice Nasdaq des valeurs technologiques, lui, a perdu 109,05 points, soit 4,94%, à 2098,85 points.

Et à la Bourse de Toronto, l'indice S&P/TSX a perdu 349,30 points, à 11 877,69, sur un volume de 732,29 millions d'actions négociées. C'est la première fois que l'indice de la bourse de Toronto passe sous les 12 000 points depuis octobre 2006.

Quant à l'indice Nasdaq Canada, il perdu 60,29 points, à 899,59, 48,76 millions d'actions ayant changé de mains.

Cette réponse des investisseurs indique, selon Ian Nakamoto, de la firme MacDougall, MacDougall et MacTier, qu'ils ne veulent pas d'une approche en superficie. Ils veulent plutôt un plan de sauvetage majeur.

Dans un communiqué de la Fed publié mardi soir, on apprend qu'AIG fournira en garantie pas moins de 79,9 % de ses actifs. La Fed précise que son prêt est d'une durée de 24 mois et que le gouvernement disposera d'un droit de veto sur le paiement des dividendes.

La Maison-Blanche a annoncé qu'elle soutenait le plan de sauvetage.

Ce sauvetage intervient après ceux de Fannie Mae et Freddie Mac, au début du mois. Le gouvernement injectera jusqu'à 100 milliards de dollars dans chacun de ces géants hypothécaires.

Mais l'annonce, lundi, de la faillite de la banque d'affaires Lehman Brothers et du rachat du géant du courtage Merrill Lynch, a sérieusement ébranlé les marchés mondiaux, et les investisseurs craignent que les turbulences soient loin d'être terminées.

AIG, un enjeu de tailleL'assureur américain AIG compte 74 millions de clients dans le monde, en majeure partie américains. En cas de faillite, ils se retrouveraient sans assurance.

AIG a dû déprécier ses actifs de 25 milliards de dollars, en raison de l'augmentation des défauts de paiement des propriétaires de maisons aux États-Unis.

L'entreprise emploie 116 000 personnes dans 130 pays.

Mardi, les trois principales agences de crédit ont décoté son titre, ce qui a fait plonger l'action à 3,75 $US. Il y a un an, elle valait plus de 60 $US.

Baisse généralisée

Les Bourses d'Asie et d'Europe réagissaient mercredi en ordre dispersé. Si le sauvetage d'AIG rassure les marchés, la crainte d'autres mauvaises nouvelles reste présente.

Les marchés européens ont ouvert en hausse mercredi, après deux jours consécutifs de baisse. À la mi-journée, Paris et Francfort avaient regagné environ 0,5 %, tandis que Londres progressait de 1,29 %. Toutes ces places boursières ont finalement fermé en baisse.

Les deux bourses de Moscou, le RTS et le Micex, ont suspendu leurs cotations, alors que le principal indice RTS perdait plus de 6,39 %. Le jour précédent, il avait reculé de 11 %.

En Asie, presque toutes les places de la région ont démarré en forte hausse, mais la tendance s'est inversée chez plusieurs. Le Nikkei de la Bourse de Tokyo avait repris 1,21 % à la fermeture, suivie par la Corée du Sud, Taiwan, les Philippines et la Nouvelle-Zélande. En revanche, Hong Kong, Shanghai et Singapour ont toutes reculé de plusieurs points.

La Fed maintient son taux

La Réserve fédérale américaine a annoncé, mardi, qu'elle maintenait son principal taux d'intérêt à 2 %. Elle a toutefois noté que les tensions sur les marchés financiers avaient « fortement augmenté ».

En juin dernier, la Fed avait mis fin à une série d'annonces de baisses en raison du risque d'inflation. La décision de la Fed survient au moment où le prix du pétrole brut est en net recul et où les données sur le commerce de gros s'améliorent.

Les banques centrales à la rescousseLes banques centrales ont injecté des liquidités pour tenter d'apaiser les tensions sur le crédit.
  • États-Unis: 120 milliards (70 lundi, 50 mardi)
  • Union européenne: 100 milliards (30 lundi, 70 mardi)
  • Royaume-Uni: 35,9 milliards
  • Australie, Inde et Japon (cumulés ): 57 milliards
  • Russie: 14 milliards

Note: La Banque du Canada se dit prête à fournir des liquidités « au besoin »

D'autres chutes à venir

Dominique Strauss-Kahn, le directeur général du Fonds monétaire international (FMI), estime que le pire de la crise financière est peut-être encore à venir. Le dirigeant du FMI estime possible que d'autres géants de la finance s'effondrent.

« Les racines de la crise sont connues, il s'agit de la chute des prix immobiliers. Mais les conséquences pour certains établissements financiers sont encore devant nous. » — Dominique Strauss-Kahn, directeur général du FMI

Le directeur général du FMI a confirmé la prévision de l'institution disant que la crise financière coûterait 1000 milliards de dollars. Il a toutefois estimé que l'économie mondiale faisait preuve de résistance, ajoutant qu'elle devrait rebondir l'année prochaine.

Scepticisme du côté européen

Le président de l'Eurogroupe (un comité ad hoc des ministres des Finances européens), Jean-Claude Juncker, se montre sceptique face à l'intervention du gouvernement américain. Il estime que les récents plans de sauvetage des principales institutions financières du pays vont éroder davantage les perspectives de croissance économique.

Celui qui est aussi le premier ministre luxembourgeois a ajouté que le sauvetage d'American International Group (AIG) par Washington aura un impact sur l'économie européenne.

« Je ne crois pas que les événements auxquels nous assistons soient utiles pour la croissance générale. » — Jean-Claude Juncker, président de l'Eurogroupe

S'exprimant au cours d'une conférence, Juncker s'est dit surpris par le fait que le gouvernement américain intervienne dans l'économie, après s'être interdit de le faire pendant des années. Surtout que le week-end dernier, les ministres des Finances des 27 pays de l'Union européenne se sont réunis à Nice. Ils ont refusé de mettre en place un plan de sauvetage de déductions fiscales destinées à relancer la consommation.

Raisonnement américain

La Maison-Blanche a défendu sa prise de contrôle d'AIG en disant qu'il fallait protéger l'économie américaine. Dana Perino, porte-parole du président Bush, a déclaré que l'effondrement d'une institution aussi importante que AIG, ferait courir un risque beaucoup trop élevé à l'économie américaine par rapport à un prêt de 85 milliards. Mme Perino a dit qu'elle n'excluait pas d'autres sauvetages.

Elle dit comprendre le trouble de ceux qui dénoncent l'interventionnisme étatique, et le changement de cap idéologique du président Bush. Toutefois, elle précise que « le gouvernement est prêt à diriger, à agir quand il le faut, et à gouverner pour garantir d'empêcher des dégâts financiers trop importants sur l'économie ».

Rappelons que les marchés boursiers mondiaux sont ébranlés depuis le début de la semaine par la décision de Lehman Brothers, quatrième banque d'investissement en importance des États-Unis, de se placer sous la protection de la loi sur les faillites.

La Fed a décidé de ne pas intervenir pour sauver cette banque d'affaires, mais Lehman Brothers pourrait trouver son salut grâce à la banque britannique Barclays. Cette dernière a annoncé dans la nuit de mardi à mercredi la reprise de certains actifs de Lehman Brothers, au coût de 1,75 milliard de dollars. Barclays avait, dans un premier temps, renoncé à se porter acquéreur de l'entreprise.