Bouées de sauvetage

  |  Radio-Canada avec Agence France-Presse, Associated Press, Bloomberg, La Presse Canadienne et Reuters
Édifice de l'assureur AIG (American International Group) à New York   © AFP/Stan Honda

La Réserve fédérale des États-Unis annonce qu'elle prêtera les 85 milliards nécessaires à l'assureur AIG pour lui éviter un dépôt de bilan. La banque britannique Barclays acquiert en partie Lehman Brothers.

Il s'agit d'un plan de soutien « sans précédent », selon le sénateur démocrate de l'État de New York, Charles Schumer.

La Réserve fédérale américaine, la Fed, annoncera officiellement mercredi matin qu'elle prêtera 85 milliards de dollars au géant de l'assurance American International Group (AIG), afin de lui éviter un dépôt de bilan.

Dans un communiqué de la Fed publié mardi soir, on apprend qu'AIG fournira en garantie pas moins de 79,9 % de ses actifs. Le gouvernement disposera également d'un droit de veto sur le paiement des dividendes.

AIG avait déjà dû déprécier ses actifs de 25 milliards de dollars, en raison de l'augmentation des défauts de paiement des propriétaires de maisons aux États-Unis.

La nouvelle du sauvetage a été ébruitée après que le secrétaire américain au Trésor, Henry Paulson, et le président de la Fed, Ben Bernanke, eurent présenté le plan au Congrès, mardi soir. Dans un communiqué publié en fin de soirée, la Maison-Blanche a annoncé qu'elle soutenait le plan de sauvetage.

Les investisseurs s'inquiétaient du sort de l'assureur américain AIG, tout comme les agences de cotation. Coup sur coup, les trois principales agences, Standard & Poor's (S&P), Moody's et Fitch, avaient réduit les notes de la dette du groupe, lundi soir.

Effet immédiat: l'action de l'assureur a plongé mardi à la Bourse de New York de plus de 21 %, terminant à 3,75 $US. Il y a un an, elle valait plus de 60 $US; jeudi dernier, elle se situait au-dessus des 15 $US.

Devant la chute boursière d'AIG, l'État de New York l'avait autorisé à piocher jusqu'à 20 milliards de dollars d'avoirs dans ses filiales afin de trouver les liquidités nécessaires à sa survie.

L'enjeu est grand: AIG compte 74 millions de clients dans le monde, en majeure partie américains, qui se retrouveraient sans assurance en cas de faillite. Elle emploie 116 000 personnes dans 130 pays.

Lehman sauvée par Barclays

Par ailleurs, la banque britannique Barclays a annoncé mardi soir (mercredi à Londres) qu'un accord était conclu pour le rachat des activités de marché de la banque Lehman Brothers. Les secousses boursières des derniers jours sont survenues après que Lehman se soit placée sous la protection de la loi sur les faillites.

L'accord entre Barclays et Lehman doit être rendu public mercredi. Il devrait permettre de sauver les emplois de quelque 10 000 personnes.

Barclays fera ainsi l'acquisition, pour seulement 250 millions de dollars en numéraire, des 72 milliards de dollars d'actifs commerciaux de Lehman Brothers, ainsi que ses passifs commerciaux de 67 milliards de dollars. Elle va également acquérir le siège social de Lehman, à New York, et deux centres de traitement de données, au New Jersey, pour 1,5 milliard de dollars.

Pas de changement de taux

La Réserve fédérale américaine (Fed) a décidé mardi de maintenir son principal taux d'intérêt à 2 %, tout en notant que les tensions sur les marchés financiers avaient « fortement augmenté ». Les investisseurs attendaient cette nouvelle avec grand intérêt, étant donné que le secteur financier est malmené depuis la chute de la banque d'affaires Lehman Brothers, lundi, et les difficultés de l'assureur américain AIG.

Vincent Maisonneuve rencontre des analystes sur la situation de crise financière américaine.

Après l'annonce de la Fed, la réaction du Dow Jones a été plutôt négative, soit une chute de 106 points. Il a toutefois remonté par la suite, et a terminé en hausse de 141 points (1,30 %) par rapport à son niveau de clôture de lundi. Le NASDAQ a remonté de près de 28 points (1,28 %) durant la journée.

En juin dernier, la Fed avait mis fin à une série d'annonces de baisses en raison du risque d'inflation. La décision de la Fed survient au moment où le prix du pétrole brut est en net recul et où les données sur le commerce de gros s'améliorent.

Des rumeurs affirmant que la Fed n'exclut pas de consentir une aide à l'assureur AIG pour éviter la faillite ont semblé rassurer le marché américain.

À Toronto, l'indice S&P/TSX avait perdu 264 points en milieu de matinée, mardi. Il a remonté, limitant la baisse du jour à 27 points (0,22 %). Il avait perdu 515 points lundi, soit 4 %.

Les marchés boursiers asiatiques et européens ont poursuivi leur chute amorcée lundi. L'inquiétude est palpable après les baisses enregistrées lundi à la suite de la décision de la banque d'investissement Lehman Brothers de se placer sous la protection de la loi des faillites.

Les marchés chinois, japonais et sud-coréens, qui étaient fermés lundi, ont rejoint leurs voisins dans leur chute. Les bourses asiatiques ont subi des baisses oscillant autour de 5 %. Séoul a essuyé la plus lourde perte, à 6,10 %.

Du côté européen, le Dax de Francfort, première place boursière européenne, a perdu 1,63 % et le FTSE 100 de Londres 3,43 %. Les autres parquets ont suivi le même mouvement, Moscou subissant le plus dur contrecoup avec un recul de plus de 11 % de son principal index.

Lundi, le parquet new-yorkais avait connu sa plus forte baisse quotidienne en points depuis les attentats terroristes du 11 septembre 2001. L'indice Dow Jones a chuté de 4,42 % et le NASDAQ, à dominante technologique, de 3,60 %.

Les banques centrales à la rescousseLes banques centrales ont injecté des liquidités pour tenter d'apaiser les tensions sur le crédit.
  • États-Unis: 120 milliards (70 lundi, 50 mardi)
  • Union européenne: 100 milliards (30 lundi, 70 mardi)
  • Royaume-Uni: 35,9 milliards
  • Australie, Inde et Japon (cumulés ): 27 milliards
  • Russie: 14 milliards

Note: La Banque du Canada se dit prête à fournir des liquidités « au besoin »

Goldman Sachs et Morgan Stanley dans la mire

Les deux banques d'investissement Goldman Sachs et Morgan Stanley suscitent aussi l'inquiétude, après les déboires de leurs homologues Bear Stearns (passé à deux doigts de la faillite en mars avant d'être racheté par JP Morgan Chase), Lehman Brothers et Merrill Lynch.

Goldman Sachs a annoncé mardi un bénéfice net de 845 millions de dollars, soit une chute de 70 % par rapport à la même période il y a un an. Le cours de son action a d'abord perdu 14 %, avant de se reprendre et de terminer en baisse de 1,84 %.

Morgan Stanley a connu le même sort, avec une baisse de 14 %. Mais l'action a fini la journée avec une baisse de 2,15 %.

La banque UBS a également subi un revers, avec une perte de plus de 8 %, tandis que HBOS a gagné 5 % durant la journée de mardi.