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Dimanche 12 février 2012 18:17 HNE

Économie et affaires

Mise à jour le vendredi 18 avril 2008 à 11 h 26
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Crise alimentaire

Kouchner veut interdire la spéculation

Une manifestation contre la hausse des prix des denrées alimentaires aux Philippines

Photo: AFP/JES AZNAR

Une manifestation contre la hausse des prix des denrées alimentaires aux Philippines (archives)

La liste des pays durement frappés par la hausse des prix des aliments ne cesse de s'allonger. Des émeutes ont notamment eu lieu en Côte-d'Ivoire, en Égypte, en Haïti, au Mexique et aux Philippines parce que les populations n'étaient plus capables de se procurer des aliments de base à prix raisonnable.

Les causes de la hausse des prix des aliments sont nombreuses. On évoque, entre autres, la forte demande des pays émergents, comme l'Inde ou la Chine, surtout pour la viande, ce qui a pour effet d'augmenter le prix des plantes fourragères.

Un chargement de riz indonésien

Photo: AFP/Jewel SAMAD

On évoque aussi l'augmentation des prix du pétrole, qui a pour effet d'augmenter les coûts de transport, l'augmentation aussi de la production de carburant vert, principalement produit à partir de maïs, ce qui monopolise des terres autrement utilisées pour produire autre chose.

Mais la spéculation, selon plusieurs observateurs, est désignée comme une des principales causes de la flambée des prix de certains produits alimentaires.

C'est pourquoi le ministre français des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, propose d'interdire la spéculation sur les matières premières alimentaires.

Le ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, lors de la conférence de presse

Le ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner

Il faut « empêcher la spéculation qui s'abat sur les matières premières alimentaires comme le blé, comme le riz, pour éviter les risques de famine qui touche les pays les plus pauvres », a-t-il proposé, mercredi, en réponse à une question à l'assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe.

M. Kouchner propose aussi l'utilisation des fonds souverains, ces fonds d'État accumulés par les surplus budgétaires ou encore les réserves monétaires: « Au-delà de l'interdiction véritablement mondiale, d'une réglementation mondiale de la spéculation sur les matières premières alimentaires, il faudrait permettre l'utilisation par exemple de ces fonds souverains gigantesques comme un fonds de réserve pour permettre que l'agriculture nourrisse les gens les plus pauvres », a-t-il ajouté.

L'analyse de Gérald Fillion

Le spécialiste de l'économie à Radio-Canada Gérald Fillion analyse la proposition de Bernard Kouchner d'interdire la spéculation sur les produits alimentaires.

Selon M. Kouchner, il est complètement immoral de spéculer sur des produits alimentaires sur lesquels des gens dépendent pour survivre.

Il croit que les financiers se tournent vers les marchés alimentaires à cause de la crise du crédit qui sévit aux États-Unis et ailleurs dans le monde. Comme les obligations et les actions ne donnent pas de rendement assez élevé, ils se tournent vers d'autres marchés, comme les marchés alimentaires, les ressources et l'énergie.

Ils achètent des droits de propriété sur le blé, par exemple, attendent que les prix augmentent, le revendent alors à un autre spéculateur, puis c'est la spirale des prix.

Gérald Fillion est certain que la suggestion de M. Kouchner sera pratiquement impossible à appliquer en raison de ceux qui croient au libre marché, à la libre circulation des biens. On peut interdire la spéculation à l'intérieur de certaines juridictions, de certains pays, mais pas l'imposer aux organismes internationaux comme l'OMC ou le FMI, par exemple.

Condamnation du protectionnisme

De son côté, le commissaire européen au Commerce, Peter Mandelson, a dénoncé les mesures protectionnistes adoptées par plusieurs pays pour restreindre les exportations de riz ou de blé. Les agriculteurs préférant souvent vendre leur production sur les marchés étrangers, ou à des spéculateurs, qui offrent des prix plus élevés que les marchés locaux, et qui encourage la flambée des cours.

L'Indonésie a annoncé cette semaine des restrictions à ses exportations de riz. L'Indonésie a imité l'Inde et le Vietnam, producteurs de riz, qui ont aussi réduit leurs exportations.

Le Kazakhstan a imposé un moratoire sur ses exportations de blé jusqu'au 1er septembre 2008, et la Russie a relevé ses taxes à l'exportation de céréales.

Selon lui, le recours au protectionnisme constitue « un retour aux politiques mercantiles du passé » et ne procure qu'« une illusion de sécurité alimentaire », avec le risque d'alimenter « une spirale protectionniste et une chute de la production » agricole mondiale.

Radio-Canada.ca avec Agence France Presse et Reuters


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