Le FMI à l'heure des choix

  |  Radio-Canada avec Associated Press
Dominique Strauss-Kahn Dominique Strauss-Kahn, président du FMI   © AFP/MANDEL NGAN

Les ministres des Finances des pays du G7 et les gouverneurs des banques centrales sont réunis à Washington en marge de la rencontre annuelle du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale.

Pendant que les pays du G7 adoptent des mesures pour prévenir une nouvelle crise financière, le Fonds monétaire international pourrait profiter de sa rencontre annuelle pour revoir son financement et ses interventions.

Au cours de la fin de semaine, les leaders économiques évoqueront abondamment la crise financière qui secoue les marchés mondiaux et la crise des prix alimentaires.

La réunion pourrait aussi être l'occasion pour le Fonds monétaire international (FMI) de faire un examen de conscience et de revoir et améliorer son financement et ses interventions.

Selon Bernard Élie, professeur au département des sciences économiques de l'UQAM, « le FMI a besoin de se restructurer et de rétablir les rapports de force » internes. En entrevue à la télévision de Radio-Canada, M. Élie dit qu'il y a présentement une incongruité dans la façon dont les pouvoirs sont répartis au FMI. Par exemple, dans les droits de vote, la Chine dispose du même poids que le Canada, alors que depuis quelques années « le chemin parcouru par la Chine la place sans aucun doute en avant du Canada. » Les pays émergents veulent avoir plus de pouvoirs au sein de l'organisation, et celle-ci doit en tenir compte, dit-il.

Ce phénomène entraîne un autre problème pour le FMI: celui de la désaffiliation. En effet, plusieurs pays, surtout en Asie et en Amérique latine, ne partagent pas la vision économique du FMI, au point de mettre en place des structures régionales pour ne plus avoir à faire affaire avec lui. « Ils ne veulent plus être soumis aux diktats du FMI dans leur développement économique », dit M. Élie.

Bernard Élie, professeur au département des sciences économiques de l'UQAM Bernard Élie, professeur au département des sciences économiques de l'UQAM

Selon lui, ces pays considèrent le FMI comme un obstacle à leur développement économique. « C'est l'application peut-être un peu trop orthodoxe, ces dernières années, d'un modèle libéral dans les pays du tiers monde qui entraîne cette situation-là », poursuit-il.

Pour M. Élie, le FMI doit entreprendre un virage pour encourager le développement selon un visage « plus humain ». Par exemple, dit-il, l'institution ne peut ignorer la situation très difficile en Afrique, présentement, avec la flambée du prix des aliments.

« Dans la logique traditionnelle du FMI, cette inflation-là dans les pays du tiers monde doit être combattue par des politiques de restriction. Mais il faut bien se rendre compte que ce ne sont pas les populations de ces pays-là qui sont les causes de l'augmentation des prix de l'alimentation. C'est d'abord et avant tout l'augmentation des prix du pétrole et la surdemande de certains produits céréaliers pour faire de l'éthanol. [...] Quand vous être déjà très pauvres, comment vous restreindre? », explique Bernard Élie.

Cette désaffiliation de plus en plus importante du FMI fait qu'il est en importantes difficultés financières et devra effectuer des mises à pied.

Prévenir la crise

Vendredi, les ministres des Finances des pays du G7 et les gouverneurs des banques centrales des grandes puissances économiques du monde ont convenu d'un plan afin de prévenir la répétition d'une crise financière comme celle qui ébranle actuellement les marchés.

Les dirigeants se sont entendus pour rendre les institutions financières plus responsables et plus transparentes. Ils veulent notamment obliger les banques à augmenter leurs fonds propres liés aux produits dérivés. Ils comptent aussi adopter des mesures de régulation mieux adaptées en cas de problème urgent.

Les pays du G7 lancent aussi un ultimatum aux banques pour qu'elles fassent la lumière d'ici cent jours sur les pertes qu'elles pourraient avoir subies en investissant dans des titres liés à des prêts hypothécaires à risque. Selon le FMI, les pertes potentielles liées à la crise financière pourraient s'élever à 945 milliards de dollars.