Parizeau jette un pavé dans la mare

Jacques Parizeau en entrevue à la télévision de Radio-Canada Jacques Parizeau, ancien premier ministre du Québec (1994-1995)

Après un long silence médiatique, l'ancien premier ministre du Québec, Jacques Parizeau, a accepté de donner une entrevue exclusive à la télévision de Radio-Canada.

Dans une entrevue à la télévision de Radio-Canada, l'ancien premier ministre du Québec reproche à la Caisse de dépôt et placement son inaction pour protéger les piliers économiques et les sièges sociaux du Québec.

Cela, pour passer un message important: M. Parizeau estime que la Caisse de dépôt et placement (CDP) du Québec, et du même coup son président Henri-Paul Rousseau, n'en fait pas assez pour protéger les piliers de l'économie québécoise.

« Si on pense qu'il reste important dans une société de contrôler ses centres de décision, il faut bien se servir des instruments dont on dispose pour y arriver. » — Jacques Parizeau

Une déclaration en particulier de M. Rousseau a déçu Jacques Parizeau.

« Il y a des façons d'avoir des politiques industrielles pour avoir des sièges sociaux intéressants, pour avoir des champions nationaux capables de conquérir la planète, et on pourrait en parler. Mais ça ne doit pas être le rôle de la Caisse de remplir cette mission », a déclaré Henri-Paul Rousseau en commission parlementaire, en novembre dernier.

Pour Jacques Parizeau, la Caisse, le « bas de laine des Québécois », doit être rentable, mais aussi redevable auprès des Québécois. Elle doit s'assurer que les piliers de l'économie du Québec et ses sièges sociaux ne soient pas achetés par des étrangers. Il rappelle toutefois que la CDP est indépendante du gouvernement et le gouvernement ne veut pas y toucher.

« Qui s'occupe de la boutique, là? On s'imagine qu'on prend l'argent du public et que l'on renonce à ces responsabilités-là! » — Jacques Parizeau

L'ancien premier ministre du Québec (1994-1995) ne comprend pas, par exemple, que la Caisse puisse posséder les actions d'une cinquantaine de banques à travers le monde, ainsi que des banques CIBC et TD, sans en détenir aucune de la Banque Nationale, la banque des PME du Québec.

« C'est un sacré signal, ça. Quand vous savez qu'il y a quelqu'un qui est capable de prendre le contrôle de la Banque. Et que notre institution la plus riche dit non. C'est quasiment la porte ouverte en disant: essayez-vous », déplore l'ancien premier ministre.

La fin du Québec inc.?

Surtout, ajoute Jacques Parizeau, que le Québec inc., ce groupe d'entrepreneurs qui prenait la défense des intérêts du Québec lorsque l'enjeu était important, s'est écrasé. M. Parizeau évoque l'exemple récent de la fusion entre les bourses de Toronto et de Montréal.

Il souligne que le Mouvement Desjardins, après avoir liquidé sa participation dans la Bourse de Montréal, a choisi de conseiller la Bourse de Toronto. Pendant ce temps, la Bourse de Montréal a fait appel à la Banque Nationale. « C'est la première fois que des entreprises qui travaillent habituellement ensemble dans une optique québécoise se déchiraient », dit-il.

Jacques Parizeau souhaite que l'Autorité des marchés financiers prenne les moyens qui s'imposent pour que des entreprises québécoises, comme Desjardins ou le Fonds de solidarité du Québec, achètent des actions de la nouvelle entité boursière et y exercent un certain contrôle.

L'entrevue était en quelque sorte un prélude à un texte de Jacques Parizeau intitulé Tout est-il à vendre? qui sera publié dans une nouvelle revue de l'Université de Sherbrooke.
M. Parizeau a promu l'idée de la Caisse de dépôt et placement au sein du gouvernement de Jean Lesage, dans les années 60. Le rôle de la Caisse était de gérer les épargnes des Québécois.