Voiture de la compagnie Tata en Inde
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AFP/Manan Vatsyayana
Des voitures fabriquées en Chine pourraient rouler en Amérique du Nord dès 2009. C'est du moins ce que promettent les entreprises Chamco et Geely.
En Inde, on vient de mettre sur le marché intérieur une petite voiture très économique.
Les constructeurs nord-américains doivent-ils s'inquiéter des projets de la Chine et de l'Inde dans le secteur de l'automobile?
Pas nécessairement à court et moyen terme, mais certainement à long terme, selon Christian Navarre, professeur de l'École de gestion Telfer de l'Université d'Ottawa.
Ce spécialiste de la gestion stratégique des grandes entreprises de l'auto à l'échelle mondiale explique, dans une entrevue à Radio-Canada.ca, que l'Inde ne présente aucun risque avec sa nouvelle petite voiture parce que le véhicule est strictement réservé au marché indien. « L'Inde a choisi pour l'instant de développer son marché intérieur au lieu de favoriser l'exportation ».
Christian Navarre
Dans le cas de la Chine, c'est autre chose. « Les constructeurs chinois ont délibérément affiché leur intention d'exporter des véhicules sur les marchés américain, canadien et européen. Ils ont, pour ce faire, l'appui du gouvernement chinois qui a mis en place toute une politique et toute une stratégie pour que les meilleurs constructeurs chinois et seulement les meilleurs véhicules, qui ne seront pas des catastrophes, soient exportés au Canada entre autres ».
Christian Navarre ajoute que c'est déjà presque un fait accompli. « Chrysler a déjà signé et fait la publicité d'un accord avec Chery Automobile, propriété du gouvernement chinois, avec laquelle il va développer une petite voiture assemblée en Chine et vendue par Chrysler en Amérique du Nord. Donc, à la limite, le premier qui vendra une voiture chinoise en Amérique du Nord sera un constructeur américain ».
M. Navarre fait un parallèle entre ce que les Chinois concoctent aujourd'hui et ce que les Japonais ont fait dans les années 60, et les Européens un peu plus tard.
« Les constructeurs japonais et les constructeurs européens ont choisi de se développer à l'exportation. Les Chinois ont décidé de faire la même chose pour développer leur industrie de l'auto, c'est-à-dire miser, eux aussi, sur l'exportation. »
Qui craquera pour les voitures chinoises?
Christian Navarre affirme qu'il faut s'attendre à ce que les constructeurs chinois réussissent graduellement à monter « leurs propres réseaux pour finalement prendre leur place au détriment des constructeurs américains et probablement aussi des autres constructeurs asiatiques.
Un concessionnaire Chery, à Shanghai, en Chine.
Les Chinois vont certainement prendre des parts de marché à Kia, Hyundai, Toyota, Honda et Nissan ».
M. Navarre explique qu'une étude d'une firme américaine de marketing montre qu'un automobiliste sur quatre aux États-Unis est prêt à acheter une voiture chinoise de bonne qualité qui serait vendue 25 % moins cher que les autres.
Le professeur souligne que les constructeurs asiatiques sont les plus durement frappés par ce choix des consommateurs. « Paradoxalement, les gens qui achètent des véhicules des trois grands constructeurs nord-américains sont les moins prêts à craquer pour les véhicules chinois. Par contre, les gens qui achètent aujourd'hui des véhicules de marques asiatiques sont prêts à trahir plus vite leurs fournisseurs actuels », affirme Christian Navarre.
« Si cette étude est juste, elle montre que la menace n'est peut-être pas où on pense qu'elle se trouve », ajoute-t-il.
Les avantages et les inconvénients
Christian Navarre explique que le marché nord-américain est à maturité, c'est-à-dire qu'il n'explosera pas comme c'est le cas aujourd'hui pour le marché chinois, le marché indien ou même le marché russe.
Une voiture fabriquée par Geely (archives)
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AFP/Liu Jin
« Tout nouveau constructeur qui se présente sur ce marché mature va donc prendre des parts de marché aux autres. Il le fera en proposant aux consommateurs des véhicules qui, pour un prix égal, seront de meilleure qualité, seront mieux fabriqués ou correspondront mieux à leurs besoins. Donc, on vend de la valeur aux clients ».
Il se peut que les Chinois adoptent une autre stratégie, comme l'explique M. Navarre. « Pour un véhicule d'une valeur donnée - c'est probablement une chose que les constructeurs chinois feront assez facilement - on le vend moins cher, un peu comme l'ont fait les Coréens lorsqu'ils sont entrés sur le marché. Ils ont proposé des véhicules considérablement moins chers et ils ont intéressé les consommateurs à la recherche d'un avantage de prix plutôt qu'un avantage de qualité. Il est probable que la stratégie des constructeurs chinois se fasse sur des coûts de production extrêmement compétitifs et par conséquent, sur des voitures qui devraient être aux normes américaines, mais moins chères. »
Les travailleurs doivent-ils s'en inquiéter?
L'arrivée de voitures chinoises moins chères au Canada risque de faire mal aux travailleurs canadiens de l'auto, le professeur Navarre l'avoue, mais pas à court terme.
Geely est le second constructeur chinois.
« Bien sûr il y a des menaces sur l'emploi, c'est évident ». « Il y a toutefois deux points à souligner. Le premier est que la pénétration d'un marché d'exportation n'est jamais quelque chose de rapide. Pour les automobiles, ce l'est encore moins que pour d'autres produits parce que les automobiles, il faut les entretenir, les réparer, il faut s'assurer de leur bon fonctionnement. Donc on ne peut pas imaginer que ce sera un raz-de-marée. Donc, à court terme, ce n'est pas nécessairement dangereux pour les travailleurs de l'automobile ».
« Le deuxième point est qu'à long terme, il est inéluctable que les Chinois comprendront qu'exporter des voitures n'est pas suffisant. Il faut ouvrir des usines dans le pays d'accueil, comme les Japonais l'ont fait et comme les Coréens sont en train de le faire. Mais on parle ici du très long terme. C'est une menace qui n'est pas une menace pour demain », conclut Christian Navarre.
