Alors qu'un Québécois sur trois quitte le système scolaire sans formation professionnelle, une quarantaine de programmes d'études spécialisées manquent de diplômés pour répondre aux demandes des employeurs.
Une quarantaine de programmes d'études spécialisées manquent de diplômés pour répondre aux demandes des employeurs, selon le guide Les carrières d'avenir 2007, de Jobboom.
Par exemple, dans des programmes comme le soudage-montage, les techniques d'usinage, le conseil en assurance et services financiers, l'agroalimentaire et les techniques d'hygiène dentaire, les diplômés - quand il y en a - reçoivent des dizaines d'offres d'emplois chaque année.
« Il y a donc de très belles perspectives, souvent méconnues, pour ceux et celles qui veulent s'inscrire à une formation professionnelle, collégiale technique ou universitaire », a déclaré Patricia Richard, directrice générale des contenus aux Éditions Jobboom, à l'occasion du lancement de la 10e édition de l'ouvrage Les carrières d'avenir, à l'École des métiers des Faubourgs-de-Montréal, mardi.
Des besoins différents selon les régions
« Le besoin de main-d'oeuvre spécialisée ressort particulièrement dans les régions dont l'économie s'appuie sur l'exploitation des ressources naturelles ou le secteur manufacturier », ajoute la directrice générale.
Ainsi, le boom de l'industrie minière génère beaucoup d'activité en Abitibi-Témiscamingue, sur la Côte-Nord et dans le Nord-du-Québec. Dans cette industrie, une personne sur six est âgée de 55 ans et plus. Les besoins de relève seront donc importants au cours des prochaines années, souligne le guide 2007.
Dans les régions à forte présence manufacturière - Chaudière-Appalaches, Centre-du-Québec, Estrie, Mauricie et Montérégie -, les économistes interrogés insistent sur l'importance, pour les entreprises, d'investir dans des créneaux à valeur ajoutée et d'améliorer leur productivité afin de contrer la concurrence asiatique et de maintenir les emplois.
On pense par exemple aux meubles sur mesure, aux textiles techniques (destinés à des domaines comme la médecine ou la voirie par exemple) et à la fabrication de machines pour l'usinage. Les économistes croient qu'en misant sur la technologie de pointe et les emplois qualifiés, les entreprises de ces régions pourraient arriver à freiner l'exode des jeunes.
Dans les grands centres urbains - Québec, Montréal, Gatineau - la demande de main-d'oeuvre provient surtout de secteurs qui bénéficient d'investissements massifs tels la construction, le commerce et le tourisme, ainsi que d'industries en croissance comme l'aéronautique, la pharmaceutique ou encore les technologies de l'information et des communications.
Partout au Québec, le secteur de la santé continue de recruter massivement afin de répondre aux besoins de la population vieillissante et de remplacer le personnel qui part à la retraite. Entre 2005 et 2010, environ 6000 personnes devront être remplacées dans le réseau. La profession d'infirmière sera la plus touchée par les pénuries de personnel. Selon Jobboom, en 2010, il en manquera près de 4500.
Des cohortes de diplômés qui diminuent
Le guide 2007 constate que l'écart ne cesse de s'élargir entre les besoins des employeurs et les diplômés disponibles. La dénatalité et la vague de départs à la retraite des baby-boomers y sont pour beaucoup. Au Québec, la population des 15-24 ans a diminué d'environ 25 % depuis 20 ans.
« Depuis ses débuts, Les carrières d'avenir a toujours fait ressortir les perspectives trop souvent sous-estimées en formation professionnelle et technique », a rappelé Mme Richard. L'édition 2007 ne fait pas exception: sur 150 programmes d'études sélectionnés, on en compte 71 en formation professionnelle et 59 en formation technique.
Une hausse de 10 à 15 % des inscriptions en formation professionnelle et technique permettrait de répondre aux besoins du marché de l'emploi pour ces niveaux de compétence. « Il est donc important de faire connaître ces formations aux jeunes, mais aussi aux adultes qui voudraient améliorer leur situation d'emploi », ajoute Mme Richard.
Plus que le diplôme
Autre tendance relevée par le guide 2007: les seuls diplômes ne suffisent pas aux employeurs. « Ceux-ci exigent également un certain savoir-être de la part des candidats », dit Mme Richard. Ainsi, les diplômés de la formation professionnelle doivent généralement faire preuve de fiabilité, de ponctualité, en plus d'être débrouillards et autonomes. Ils doivent être en mesure de régler eux-mêmes certains problèmes, sans attendre l'aide de leur superviseur.
« S'il est vrai que les jeunes commencent à se faire rares sur le marché de l'emploi, ils ne doivent pas pour autant s'attendre à se faire offrir des emplois de façon systématique. Ils doivent être conscients que les employeurs ont des attentes précises en ce qui a trait à leur qualification et à leur savoir-être. D'où l'importance de bien se renseigner sur les possibilités en matière de formation spécialisée et de prendre le pouls du marché du travail », a conclu la directrice générale.
Le guide Les carrières d'avenir 2007 découle d'une enquête menée entre août et novembre 2006 auprès de quelque 400 intervenants des milieux industriel, professionnel et scolaire.