Jeudi 7 août 2008 12:56 MTL

En profondeur

Des solutions

Mise à jour le lundi 1 mai 2006 à 16 h 48
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Des solutions

De plus en plus de voix s'élèvent pour réclamer que les pétrolières, qui empochent des profits records grâce à la hausse des prix, investissent pour augmenter leurs capacités de raffinage.

Lors de la flambée des prix en 2006, Le Fonds montéaire international (FMI) et les ministres des Finances du G7 ont appelé " à des investissements dans l'exploration, la production, les capacités de raffinage et les infrastructures énergétiques" pour calmer les cours du pétrole.

Déjà en 2005, le ministre français des Finances, Thierry Breton, réclamait que les pétrolières injectent une partie de leurs profits dans l'augmentation de leurs capacités de raffinage afin d'apaiser les prix.

« Les pétrolières ont le devoir de tenir compte des conséquences de la volatilité des prix sur l'économie, pas seulement des intérêts de leurs actionnaires », a déclaré le ministre Breton en 2005. (1)

Tous ces appels sont toutefois demeurés pratiquement sans réponse. L'Institut français du pétrole (IFP) constate qu'en 2005, "les investissement dans les capacités de raffinage sont restés très modestes". (2)

Selon l'IFP, cette croissance des investissements, nettement inférieure à la progression de la demande, risque de continuer à augmenter la pression sur les prix.

Comment expliquer qu'avec des marges de profits aussi élevées, les pétrolières n'investissent pas davantage dans le raffinage? L'IFP croit que les raffineurs, qui ont été durement touchés par un effondrement des prix du brut à environ 10 $US le baril en 1999, hésitent encore à investir, car ils ne sont pas convaincus que les prix actuels resteront élevés. (3)

Rappelons que lorsque les pétrolières et les raffineurs se décideront à investir, il faudra compter 5 ans, à partir du début de la construction d'une raffinerie, avant qu'elle ne soit en service.

Les prix élevés feront-ils baisser la demande?

Cela dit, le marché pourrait finir par se réguler de lui-même. En théorie, une flambée des prix devrait entraîner tôt ou tard une baisse de la demande qui, à son tour, contribuera à faire reculer les prix.

Saviez-vous que...

En 2004, la demande mondiale de pétrole s'est accrue de 3,4 %, sa plus forte croissance depuis près de 30 ans

Le centre d'études britannique « Global energy studies » en arrive à cette conclusion:« Il semblerait qu'un changement ne puisse venir que d'une chute de la croissance de la demande, qui soulagerait quelque peu les contraintes qui pèsent sur les capacités de raffinage ».

Or, on constate que la hausse vertigineuse des prix de l'essence et des produits de chauffage n'a pas encore fait diminuer la demande de manière significative.

Réduire la consommation

Une des façons de faire baisser la demande c'est de consommer moins de pétrole.

Jean-François Giannesini, de l'Institut français du pétrole, croit que « nous sommes face à un problème extrêmement important. Il va falloir changer, en partie, nos habitudes de consommation : moins rouler dans les villes où on consomme énormément pour rien, prendre les transports en commun. Il va falloir vraiment changer beaucoup de choses ». (4)

L'économiste en chef adjoint de la Financière Banque Nationale, Stéfane Marion, abonde dans le même sens: « il devra y avoir un changement dans les habitudes de consommation, qu'on soit Américain ou Asiatique ».

M. Marion se dit notamment encouragé par le fait que la Chine, grande consommatrice de pétrole, a adopté en 2006 un plan quinquennal qui prévoit des mesures pour ralentir la demande de pétrole. Le but est de faire passer la croissance de la demande de 10 % par année à 3 % dans ce pays qui compe 1,3 milliard d'habitants.

Un peu partout dans le monde, les appels se font de plus en plus pressants pour que les gouvernements encouragent les économies d'énergie et le développement d'énergies renouvelables.

Les environnementalistes font valoir que cette ascension des prix du brut a au moins le mérite de forcer la population à réduire sa consommation de pétrole, une ressource non renouvelable.

Si l'on en croit ce sondage réalisé lors de la flambée des prix en août 2005, la facture élevée de l'énergie commence à faire réfléchir les consommateurs au Québec.

SONDAGE CROP

La hausse du prix de l'essence risque de modifier les habitudes de bien des automobilistes au cours des prochains mois. Et vous? Laquelle des affirmations suivantes décrit le mieux vos intentions?

Je réduirai mes déplacements en voiture 40 %
Je ne changerai rien à mes habitudes 29 %
Je changerai de voiture pour un modèle moins énergivore 16 %
Je renoncerai à m'acheter une voiture 3 %
Je vendrai ma voiture 1 %
Je n'ai pas de voiture 10 %
NSP/Refus 1 %

Sondage réalisé par CROP du 18 au 29 août 2005; 1 001 personnes de 18 ans et plus ont répondu. Sa marge d'erreur maximale: 3 % dans 19 cas sur 20.

Source L'Actualité, octobre 2005, p.50




(1) Associated Press, 19 septembre 2005.

(2) Panorama 2006: Raffinage et pétrochimie, Institut français du pétrole, p.1-2

(3) La scène pétrolière et gazière internationale : Analyse de l'actualité 2004 et perspectives, Institut français du pétrole, Olivier Appert, président, p.5

(4) Agence France-Presse, 10 août 2005