Jeudi 7 août 2008 12:56 MTL

En profondeur

Qui en profite?

Mise à jour le lundi 1 mai 2006 à 17 h 00
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Qui en profite?

Cette escalade des prix du pétrole est une véritable manne pour les pays producteurs dont fait partie le Canada qui est un exportateur net de pétrole.

PAYS MEMBRES DE L'OPEP

· Algérie
· Arabie saoudite
· Émirats arabes unis
· Indonésie
· Irak
· Iran
· Koweït
· Libye
· Nigeria
· Qatar
· Venezuela

L'OPEP

De 1998 à 2004, les recettes pétrolières des pays de l'OPEP ont triplé, passant de 108 milliards à 290 milliards de dollars américains.

Les pétrodollars ont enrichi les monarchies pétrolières du Golfe.

L'Arabie Saoudite, qui prévoyait enregistrer un déficit budgtéaire en 2004, a finalement affiché un surplus de 26 millairds de dollars.

En 2005, ses surplus ont doublé pour atteindre 57 milliards de dollars.

Alberta: nouvel Eldorado

Le Canada profite également de l'escalade des prix du pétrole et l'Alberta au premier chef.

L'Alberta possède la deuxième réserve « prouvée » de pétrole au monde (près de 180 milliards de barils) après l'Arabie saoudite. L'Irak et l'Iran viennent au troisième et au quatrième rang.

Au chapitre de la production de pétrole, l'Alberta se classe toutefois au 9e rang à l'échelle mondiale. C'est qu'il est très coûteux d'extraire le pétrole des sables bitumineux. Les prix élevés du brut combinés à l'amélioration de la technologie ont toutefois rendu l'exploitation de cette ressource naturelle beaucoup plus rentable.

Saviez-vous que...


D'ici 2015, le Canada devrait faire passer sa production de pétrole de 2,5 millions de barils par jour à 4 millions de barils par jour.

Les compagnies pétrolières ont donc accru considérablement leurs investissements dans cette province. À elles seules, ExxonMobil, Imperial Oil et Suncor prévoient dépenser 45 milliards de dollars de 2005 à 2010, ce qui permettra de tripler la production de pétrole dans les sables bitumineux d'ici 10 ans.

L'Alberta est également le 3e producteur de gaz naturel au monde.

Les champs pétrolifères de la province suscitent un intérêt grandissant de la part de la Chine et des États-Unis, deux grands consommateurs d'hydrocarbures.

La Chine, qui a besoin de pétrole pour alimenter sa croissance, a déjà réalisé trois investissements en Alberta, dont l'acquisition, en 2005, de la compagnie albertaine PetroKazakhstan pour plus de 4 milliards de dollars américains. De plus, la société chinoise PetroChina est en discussion avec l'Albertaine Enbridge pour la construction d'un oléoduc permettant d'acheminer du pétrole vers la côte du Pacifique.

Les États-Unis, dont les ressources pétrolières s'amenuisent, lorgnent également du côté de l'Alberta dans l'espoir de sécuriser leurs approvisionnements. Certains signes ne trompent pas. Le secrétaire américain au Trésor, John Snow, s'est rendu en Alberta en juillet 2005 pour y regarder de plus près le potentiel des sables bitumineux.

On comprend aisément l'intérêt des Américains pour le pétrole canadien. Contrairement aux pays du Moyen-Orient, l'Alberta offre un environnement géopolitique stable. Sans compter que l'acheminement de l'or noir serait plus rapide et moins coûteux grâce aux oléoducs, déjà en place, entre le Canada les États-Unis.

Le gouvernement albertain remplit ses coffres

Cette recrudescence des investissements dans le secteur pétrolier et gazier a permis au gouvernement de l'Alberta de se renflouer.

Exploitation des sables bitumineux en Alberta

Le gouvernement touche d'importantes redevances sur l'exploitation de ses richesses naturelles. Or, ces revenus supplémentaires provenant de l'exploitation pétrolière et gazière devraient lui permettre d'engranger des surplus budgétaires de 7,4 milliards de dollars en 2005-2006!

La croissance des investissements dans le secteur pétrolier a, par ailleurs, permis à l'Alberta d'abaisser son taux de chômage à son plus bas niveau des 25 dernières années. En mars 2006, il se situait à 3,3 %. C'est deux fois moins que le taux de chômage dans l'ensemble du pays.

Disparités économiques régionales

Cette immense richesse de l'Alberta risque toutefois de créer des tensions avec les autres provinces comme l'Ontario et le Québec.

L'industrie manufacturière de ces deux provinces souffre déjà de l'appréciation du dollar canadien qui nuit à leurs exportations vers les États-Unis. Si la flambée des prix du brut devait se poursuivre, elle pourrait mettre un sérieux frein à la croissance américaine et ainsi ralentir davantage les exportations du Québec et de l'Ontario aux États-Unis.

Certains économistes sonne déjà l'alarme. Jeffrey Rubin, économiste en chef de la CIBC Marchés mondiaux, souligne dans une analyse publiée le 14 juillet 2005 que « cette escalade des prix de l'énergie créera d'énormes disparités économiques régionales au pays ». Il ajoute que « ces disparités économiques entraîneront un déséquilibre fiscal encore plus important entre l'Alberta et les autres provinces ».

L'Alberta a déjà aboli sa taxe de vente provinciale en plus d'avoir le taux d'imposition le moins élevé au pays - le taux maximal d'impôt provincial sur le revenu des particuliers est de 10 % en Alberta contre 24 % au Québec.

L'économiste Pierre Fortin fait remarquer que la pression commencera à monter si les prix du brut atteignent 100 $US le baril : « lorsque la crise pétrolière fera vraiment mal au reste du pays, la pression en faveur d'une intervention fédérale pour atténuer le déséquilibre économique sera forte, et peut-être irrésistible ». (1)

Voilà qui pourrait ramener de mauvais souvenirs aux Albertains. Lors de la flambée des prix du pétrole dans les années 80, le gouvernement de Pierre Trudeau avait adopté un programme national de l'énergie qui taxait les revenus pétroliers afin de les redistribuer à l'ensemble des Canadiens.

Le premier ministre de l'Alberta, Ralph Klein, a toutefois tenu à remettre les pendules à l'heure. En septembre 2005, il a déclaré à un journaliste qui lui demandait de commenter un sondage montrant que les Canadiens de l'extérieur de l'Alberta souhaitaient que la province partage ses surplus provenant de la hausse des prix du pétrole : « ça ne fait pas partie de nos plans ».

M. Klein a rappelé que les autres provinces canadiennes n'ont pas envoyé d'aide économique à l'Alberta lorsque les prix du pétrole se sont effondrés à 10 $US le baril en 1998, plongeant sa province dans un gouffre économique.