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En profondeur

Pénurie de pétrole à l'horizon?

Mise à jour le vendredi 28 juillet 2006 à 14 h 04
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Pénurie de pétrole à l'horizon?

Si plusieurs experts s'entendent pour dire que le monde est entré dans l'ère du pétrole cher, leurs opinions divergent cependant sur la menace d'une pénurie de pétrole et, surtout, sur son échéance.

Pour répondre à la question d'une possible pénurie d'hydrocarbures, il faut d'abord déterminer quel est le niveau réel des réserves mondiales de pétrole.

Or, les experts ne s'entendent pas sur l'état des réserves mondiales.



Les pessimistes

Certains spécialistes comme l'Américain Mattew R. Simmons mettent en doute les chiffres fournis par l'OPEP.

Saviez-vous que...


57 % des réserves de pétroles dites « prouvées » se trouvent au Moyen-Orient

Source : Oil & Gas Journal (janvier 2005)

M. Simmons, président-fondateur d'une banque d'investissement oeuvrant dans le secteur pétrolier, affirme que certains pays membres de l'OPEP ont surestimé leurs réserves « prouvées » dans les années 80. Les réserves « prouvées » correspondent au pétrole que l'on peut extraire de manière rentable avec la technologie existante.

Il faut savoir que dans l'espoir de faire remonter les prix qui s'étaient effondrés, l'OPEP a mis en place, en 1985, des quotas de production. Or, ces quotas étaient établis en fonction de deux critères: la population d'un pays membre et l'ampleur de ses réserves.

Les pays membres de l'OPEP avaient donc intérêt à déclarer des réserves supérieures à ce qu'elles étaient en réalité dans l'espoir d'obtenir des quotas de production plus élevés.

M Simmons estime que certains pays membres ont ainsi triplé les chiffres sur l'état de leurs réserves « prouvées » sans en fournir de preuves.

Le géologue français, Jean Laherrere, qui a travaillé pour la pétrolière française Total partage croit, lui aussi, que les réserves mondiales sont surévaluées: « Le problème c'est que personne ne sait exactement combien il reste de pétrole à pomper. On ne peut se fier à aucune statistique. »

Le géologue cite le cas de la pétrolière britannique Shell qui a été condamnée à payer une amende par les autorités boursières américaines après avoir surestimé d'au moins 25 % ses réserves « prouvées » d'hydrocarbures.

M. Laherrere estime que le déclin du pétrole commencera en 2015 et peut-être même avant : « Cela peut intervenir en 2007 si la Chine continue d'augmenter son importation de 30% par an. Si la demande baisse, soit à cause des prix élevés, soit en raison d'une crise économique, le déclin pourrait être repoussé jusque vers 2015. Mais il aura lieu. » (1)

RÉSERVES « PROUVÉES » DE PÉTROLE

Moyen-Orient : 729 milliards de barils
(262 milliards en Arabie saoudite, 126 milliards en Iran et 115milliards en Irak)

Amérique du Nord :
215 milliards de barils
(179 milliards au Canada et 22 milliards aux É.-U.)

Amérique du Sud et central : 101 milliards debarils dont 77 milliards au Venezuela

Afrique : 101 milliards de barils dont 39 milliards en Libye et 35 milliards au Nigeria

Europe de l'Est et pays de l'ancienne URSS :79 milliards de barils (dont 60 milliards en Russie)

Europe de l'Ouest : 16 milliards

Asie et Océanie : 36 milliards dont 18 milliards en Chine, 5 milliards en Indonésieet 5 milliards en Inde

Total : 1277 milliards de barils


Note : les chiffres ont été arrondis
Source : Oil & Gas Journal (janvier 2005)
Les optimistes

Dans le camp des optimistes, on fait valoir que la pénurie de pétrole souvent annoncée dans le passé ne s'est finalement jamais matérialisée.

À la fin des années 70, les pays n'appartenant pas à l'OPEP estimaient ne bénéficier que de 200 milliards de barils de réserves « prouvées ». Au cours des 30 années suivantes, ces pays en ont pompé le double, et estiment aujourd'hui disposer de 200 milliards de barils.

Autre exemple : en mer du Nord, dans les années 80, les gisements étaient considérés en fin de vie. Or, l'amélioration des techniques d'extraction et la mise en place de forages horizontaux ont notamment permis de prolonger leur durée de vie de près de 20 ans. (2)

Antoine Ayoub, spécialiste des questions pétrolières et professeur à l'Université Laval à Québec, fait valoir que de vastes territoires restent à explorer sur la planète, notamment en Chine et dans l'ancienne Union soviétique, sans compter les réserves des sables bitumineux de l'Alberta dont l'ampleur est encore inconnue. (3)

Des réserves jusqu'en 2040?

Claude Mandil, directeur exécutif de l'Agence internationale de l'énergie (AIE), est catégorique. En octobre 2004, il déclarait au quotidien français La Tribune : « nous ne voyons pas de pénurie de l'offre [de pétrole] pour au moins les 30 prochaines années, même si des perturbations passagères peuvent provoquer des tensions sur l'offre et provoquer une flambée des prix. » (4)

Selon le quotidien La Tribune, si l'on fait la moyenne des évaluations des experts, les réserves mondiales s'établiraient à environ 1200 milliards de barils de pétrole.

Ces chiffres correspondent, grosso modo, à ceux du Oil & Gas Journal et à ceux de BP Statistical Review of World Energy, deux sources jugées crédibles et qui sont citées par le Département américain de l'énergie.

Si l'on se fie à cette évaluation moyenne de 1200 milliards de barils, les experts consultés par La Tribune évaluent que les premiers effets d'une pénurie se feraient sentir en 2040. (5)

(1) L'Express, 14 février 2005
(2) La Tribune, 14 décembre 2004, p. TR 37
(3) La Presse, 16 juillet 2005, section Affaires, p.1
(4) La Tribune, 27 octobre 2004, p TR 03
(5) La Tribune, 14 décembre 2004, p. TR-36