Jeudi 7 août 2008 12:56 MTL

En profondeur

Les causes

Mise à jour le mardi 2 mai 2006 à 16 h 41
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Les causes

La principale cause de cette cascade de prix records est structurelle. La demande mondiale de produits pétroliers est en forte hausse et l'offre réussit difficilement à suivre la cadence.

La croissance économique chinoise accroît la demande mondiale de pétrole.

Augmentation de la demande

La nouvelle donne qui a contribué à faire exploser la demande mondiale de pétrole depuis 2002 est la forte croissance dans les pays émergeants comme la Chine. L'empire du milieu a vu sa croissance exploser ces dernières années: le PIB a progressé de plus 9 % en 2004 et 2005!

Imaginez, au Canada, l'économie roule à pleine capacité lorsque le PIB progresse de 3,5 %.

À elle seule, la Chine représentait 30 % de la hausse de la consommation mondiale de pétrole en 2004. Les Chinois consomment maintenant plus de pétrole que les Japonais.

L'Inde, elle aussi, en pleine croissance a vu sa consommation augmenter. L'économiste en chef adjoint de la Financière Banque nationale, Stéfane Marion, souligne que le transfert de la production manufacturière vers l'Asie a contribué à accentuer ce phénomène.

« On a déplacé notre production dans des pays qui sont 2 à 3 fois plus énergivores que l'Amérique du Nord. On a donc amplifié la demande de pétrole en provenance de l'Asie. Une demande qui est aussi due à l'amélioration du niveau de vie de ces gens-là. » explique l'économiste.

Aux États-Unis, 54 % du parc automobile est composé de Véhicules utilitaires sport. En 2004, les 2/3 des véhicules vendus étaient des VUS.

L'Asie n'est toutefois pas la seule responsable de cet accroissement de la demande de pétrole. Les États-Unis, plus grands consommateurs de brut au monde, affichent une hausse de leur consommation près de deux fois supérieure à la moyenne des dernières années.

M. Marion rappelle que la grande popularité des véhicules utilitaires sport (VUS) aux États-Unis a contribué à accroître la demande de pétrole chez nos voisins du Sud. Les VUS, qui consomment beaucoup d'essence, ont été développés lorsque le pétrole était bon marché dans les années 90.

« Il devra y avoir un changement dans les habitudes de consommation des Américains et des consommateurs partout dans le monde », croit cependant M. Marion.

Capacité de production de pétrole limitée

Pendant que la demande augmente, l'offre, elle, réussit difficilement à suivre la cadence.

Le seul pays capable de pomper davantage d'or noir actuellement est l'Arabie saoudite. Cela signifie que lorsque des installations pétrolières sont endommagées dans le monde, que ce soit en raison d'ouragans ou d'actes terroristes, il n'y a qu'un seul pays capable d'augmenter substantiellement sa production. Ce manque de capacité de production supplémentaire sur le marché contribue à mettre une pression sur les prix.

Dans l'espoir de jeter un peu de lest dans un marché extrêmement serré, l'OPEP a haussé sa production à plusieurs reprises depuis 2004.

Le cartel a augmenté sa production de 2,2 millions de barils par jour en 2004, du jamais vu depuis la fin des années 80. Mais cela n'a pas suffi à calmer les inquiétudes des opérateurs sur les marchés, et les prix ont continué de monter.

Manque de capacité de raffinage

Pourquoi l'OPEP ne réussit-elle pas à calmer les marchés malgré ses hausses de production? Le problème se situe en aval.

Les capacités de raffinage permettant de transformer le pétrole en essence, en gaz naturel, en mazout et en d'autres produits pétroliers sont insuffisantes.

Les capacités de raffinage dans le monde sont insuffisantes

L'économiste Stéfane Marion explique que « Les raffineries fonctionnent à près de 100 % de leur capacité, et lorsqu'une raffinerie fait défaut, on s'en ressent plus rapidement à la pompe. On a un goulot d'étranglement au niveau des capacités de raffinage, ce qui n'était pas le cas il y a quelques années ».

M. Marion rappelle qu'en Amérique du Nord aucune capacité de raffinage n'a été ajoutée depuis le milieu des années 80. Or, cette insuffisance de capacités de raffinage contribue à faire baisser les stocks d'essence.

L'Institut français du pétrole estime que les stocks moyens d'essence sont passés de 30 à 23 jours entre 1994 et 2004 en Amérique du Nord. Or, cette baisse des stocks accentue, à son tour, la pression sur les prix.

Catastrophes naturelles

Dans un contexte où les capacités de raffinage et de production sont aussi limitées, la moindre rupture d'approvisionnement devient un facteur extrêmement déstabilisant sur les marchés.

C'est ce qui s'est produit lors du passage des ouragans Katrina et Rita en 2005. L'ouragan Katrina, le plus dévastateur de l'histoire des États-Unis, a créé une onde de choc sur les marchés financiers où sont négociés l'essence et le pétrole.

95 % de la production de pétrole a été suspendue momentanément dans la région du golfe du Mexique et 88 % de la production de gaz naturel a été mise K.-O.

Or, la région du golfe du Mexique produit 30 % de tout le brut pompé aux États-Unis. Quant aux raffineries situées dans cette région, elles sont responsables de 26 % des capacités de raffinage de l'ensemble du pays.

La perte temporaire de ces capacités de production peut donc faire bondir les prix sur les marchés financiers.

Tensions géopolitiques

À ces catastrophes naturelles s'ajoutent les menaces d'attentats terroristes qui contribuent à faire monter les prix du pétrole, car elles représentent, elles aussi, un risque de rupture d'approvisionnement.

C'est ce qu'on appelle dans le jargon de la finance « la prime associée au terrorisme ». Cela signifie qu'une partie du prix élevé du pétrole s'explique par les menaces terrosistes « Cette prime de risque associée aux incertitudes géopolitiques est de 10 à 15 $US le baril », estime Stéfane Marion.

En 2006, le principal foyer de tensions était l'escalade entre les États-Unis et l'Iran - quatrième producteur mondial de pétrole - au sujet de son programme nucléaire auquel l'Iran auquel elle refuse de renoncer.

Les opérateurs sur les marchés redoutent une rupture d'approvisionnement en cas de sanctions internationales à l'endroit de l'Iran ou de blocage du détroit d'Ormuz par l'Iran en guise de représailles. Ce détroit est un passage stratégique pour le trafic pétrolier en provenance du Golfe persique.

Les violences au Nigéria ont également contribué, en 2006, à faire monter les prix du brut. Les attaques des mouvements rebels contre les installations pétrolières au Nigéria ont amputé la production de 20 % dans ce pays.

Les spéculateurs accentuent la volatilité des prix du brut

La spéculation

Les spéculateurs sur les marchés financiers contribuent également à accentuer la volatilité des prix sur les bourses de marchandises, que ce soit à New York, où est négocié le brut (le « light sweet crude »), ou à Londres, où s'échange le Brent de la mer du Nord.

Les spéculateurs sont à l'affût des moindres soubresauts qui peuvent influencer la direction des prix, et ils essaient d'en tirer profit, qu'il s'agisse de tensions géopolitiques ou de catastrophes naturelles.

En avril 2005, l'analyste Tim Evans de la firme IFR energy services évoquait même l'existence d'une bulle spéculative sur les marchés pétroliers. M. Evans a comparé la frénésie des prix à celle qui prévalait lors de la bulle spéculative des années 90 dans le secteur des technologies. (2)

D'autres analystes croient plutôt que le rôle des spéculateurs dans la flambée des prix est très limité, mais qu'ils contribuent néanmoins à ajouter de la volatilité.

Nouveaux joueurs dans le marché

L'économiste Stéfane Marion fait remarquer qu'il n'y a pas que les fonds spéculatifs comme les "Hedge funds" qui accentuent la volatilité des prix, les nouveaux fonds d'investissement spécialisés dans le secteur de l'énergie offerts aux petits épargnants y contribuent également.

"Ce sont de petits investisseurs, monsieur et madame tout le monde, qui achètent les parts de ces fonds spécialisés dans le domaine de l'énergie. Or, ces fonds négocient directement des contrats à terme sur le pétrole et ils ont un rôle non négligeable à jouer dans la hausse des prix, souligne M. Marion.

Autrement dit, les petits investisseurs, qui veulent, eux aussi, tirer profit de la flambée des prix en achetant des parts de ces fonds, contribuent à la progression des cours du pétrole.

Les nombreuses Caisses de retraite dans le monde, qui gèrent des milliards de dollars de cotisations des travailleurs, achètent également des parts de ces fonds spécialisés dans l'énergie dans le but d'amélioer le rendement de leurs placements.

Selon M Marion, en 2 ans, de 2003 à 2005, la valeur des investissements dans ces fonds est passée de 15 milliards de dollars à 90 milliards.

(1) La scène pétrolière et gazière internationale: Analyse de l'actualité 2004 et perspectives, Institut français du pétrole, Olivier Appert, p.8

(2) Businessweek, 27 avril 2005.