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Norbourg

LES STRATAGÈMES UTILISÉS

Mise à jour le mercredi 23 novembre 2005 à 15 h 53
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Norbourg

LES STRATAGÈMES UTILISÉS

Des documents déposés en cour par l'Autorité des marchés financiers ont permis d'apprendre qu'en 2 ans à peine, soit entre le 30 juin 2003 et le 31 mars 2005, le manque à gagner dans les coffres de Norbourg est passé de 8 884 000 $ à plus de 70 millions!

C'est grâce à la dénonciation et la collaboration de 2 anciens vice-présidents de Norbourg que l'enquête de l'AMF a finalement débloqué.

Radio-Canada a obtenu copie de documents déposés en cour par les policiers lorsqu'ils ont obtenu leurs mandats de perquisition. Ces documents révèlent que ce sont Éric Asselin et Jean Hébert qui ont décidé de raconter ce qu'ils savaient. Dans leur dénonciation aux policiers, ils expliquent les stratagèmes utilisés par Vincent Lacroix.

Des cadeaux pour acheter la loyauté

Dans ces documents, Éric Asselin, un ancien employé de la Commission des valeurs mobilières du Québec - l'ancêtre de l'Autorité des marchés financiers -, admet avoir falsifié des documents.

Il déclare également avoir touché des primes totalisant 400 000 $ en plus de se faire payer sa maison de 300 000 $ par Vincent Lacroix. De l'argent, selon lui, qui provenait du compte bancaire de Norbourg International.

Quant à Jean Hébert, qui a travaillé pour l'Autorité des marchés financiers avant de se joindre à l'entreprise Norbourg, rien n'indique dans ces documents qu'il a participé au stratagème.

Camouflage des pertes

M. Asselin allègue que Vincent Lacroix lui a ordonné de fabriquer de fausses factures pour gonfler les revenus des sociétés Norbourg et ainsi camoufler les pertes des entreprises déficitaires. Il admet notammment avoir fabriqué une facture de 325 000 $ au nom de Tercio Trust, une firme de Lausanne acquise par Vincent Lacroix.

Selon ces documents, cités cette fois par le quotidien La Presse, M. Asselin, affirme que 2 275 000 $ ont été faussement comptabilisés comme revenus en 2003 et 3 600 000 $, en 2004. (1 )

Le dossier déposé par les policiers fait également état de dépôts faits par Vincent Lacroix en argent liquide: 4 millions de dollars au total. Cet argent a été comptabilisé comme revenus de vente de licences alors qu'aucune licence n'a été vendue par Norbourg. (2)

Détournement de fonds via un compte « fantôme »

L'argent que les épargnants avaient investi dans les fonds communs de Norbourg était également détourné vers les comptes personnels de Vincent Lacroix et de sa femme Sylvie Giguère.

L'Autorité des marchés financiers allègue, dans un document déposé devant un tribunal administratif, qu'entre les mois d'octobre 2003 et mars 2004, près de 10 millions de dollars ont été transférés à partir des fonds communs des investisseurs vers un compte « fantôme » qui n'apparaît pas aux états financiers déclarés de Norbourg. Près de 4 millions de dollars ont ensuite été transférés de ce compte « fantôme » qui portait le nom de NGA (pour Norbourg gestion d'actifs) vers les comptes personnels de Vincent Lacroix et de sa femme.

Dissimuler la fraude présumée

L'autre stratagème utilisé permettait de camoufler le détournement de fonds. Étant donné que l'argent des investisseurs est déposé chez un gardien des valeurs, il fallait masquer les sorties de fonds du compte de ce gardien des valeurs, Northern Trust. Un informaticien embauché par Norbourg falsifiait donc quotidiennement les rapports de Northern Trust.

Pour plus de discrétion, cet employé travaillait dans un bungalow appartenant à Vincent Lacroix et situé à Candiac. Grâce à un mot de passe, il avait accès à distance aux données comptables des fonds communs de Norbourg déposés chez le gardien des valeurs et il maquillait les chiffres pour dissimuler le détournement de fonds.

Des primes de fidélité aux représentants

Enfin, le dossier des policiers explique les méthodes utilisées par Vincent Lacroix pour accélérer la croissance de son entreprise de gestion de fonds communs. Dans sa dénonciation aux policiers, Éric Asselin affirme que pour attirer des représentants de fonds communs, Vincent Lacroix les obligeait, par contrat, à transférer un certain pourcentage de leurs actifs sous gestion dans les fonds Norbourg.

(1 ) La Presse, 1er octobre 2005, section Affaires p.3.

(2) idem