LE SCANDALE ÉCLATE

Le 25 août 2005, des milliers d'investisseurs apprennent avec consternation que leurs épargnes placées chez Norbourg gestion d'actifs se sont, en partie ou en totalité, volatilisées. Dans certains cas, ce sont les épargnes de toute une vie.

Ce jour-là, des perquisitions ont lieu dans les bureaux de Norbourg à Montréal, à Québec et en Estrie. L'Autorité des marchés financiers (AMF) ordonne l'arrêt des activités du gestionnaire de fonds communs de placement et le gel des comptes bancaires de son président-fondateur, Vincent Lacroix.

L'AMF allègue qu'il s'agit d'un présumé détournement de fonds de 70 millions de dollars.

L'Autorité estime que les états financiers de l'entreprise ont été falsifiés et que des documents ont été fabriqués en réponse à ses questions au cours de son enquête.

Un administrateur provisoire, Ernst & Young, est nommé pour faire la lumière sur l'état réel des finances de l'entreprise. L'AMF affirme qu'elle pourrait déposer des poursuites pénales. L'organisme réglementaire travaille en collaboration avec la police intégrée des marchés financiers qui a, elle-même, entrepris une enquête criminelle.

Dès le lendemain, un investisseur demande à la Cour supérieure l'autorisation de déposer un recours collectif contre Vincent Lacroix.

Vincent Lacroix

Pendant ce temps, M. Lacroix est introuvable. Le 28 août, il sort de l'ombre et accorde une entrevue à Radio-Canada au cours de laquelle il affirme qu'il fera tout pour que les épargnants récupèrent leur argent.

Il ne donne toutefois aucune explication sur la disparition des 70 millions de dollars, ni sur l'endroit où se trouve cet argent. « Je ne peux pas vous en parler beaucoup parce que, comme vous le savez, tout cela est entre les mains de nos avocats, mais je vous dirais qu'en temps et lieu, j'ai bien hâte de faire le point sur l'ensemble de cette procédure ».

M. Lacroix ajoute même que la couverture de cette affaire par les médias est « une tourmente médiatique surévaluée ».

Il manque 130 millions de dollars

Or, un mois plus tard, la firme d'experts comptables Ernst & Young dépose son rapport provisoire: les conclusions sont accablantes. L'ampleur du détournement de fonds présumé dépasse largement ce que l'on avait cru.

Ce ne sont pas 70 millions, mais bien 130 millions qui ont disparu! Les actifs totaux de Norbourg étant de 205 millions de dollars, cela signifie que les 2/3 de l'argent contenus dans les fonds communs de placement se sont volatilisés.

Sur les 29 fonds regroupés au sein des Fonds Norbourg et des Fonds Évolution, 11 d'entre eux, comme le Fonds Norbourg Actions canadiennes-valeur ne contiennent presque plus rien, soit moins de 3 % des actifs. 17 fonds contiennent moins de 300 000 $. ( Voir les détails )

Au total, 9200 investisseurs sont touchés, soit 2 fois plus que ce qui avait été annoncé un mois plus tôt.

Le rapport d'Ernst & Young révèle que les entreprises de Vincent Lacroix sont largement déficitaires. À elles seules, les sociétés Norbourg Gestion d'actifs, Norbourg Groupe Financier et Fonds Évolution ont subi des pertes d'exploitation de 6 millions et demi de dollars en 2005.

Estimant que les entreprises Norbourg ne sont pas viables, Ernst & Young recommande la liquidation des 29 fonds Norbourg dans le but de distribuer l'argent qui reste (75 millions de dollars) aux investisseurs qui détiennent des parts dans ces fonds communs.

Vincent Lacroix passe aux aveux

Le 14 février 2007, le syndic RSM Richter dépose en Cour supérieure un document de 1200 pages basé sur un interrogatoire de Vincent Lacroix réalisé en décembre 2006. L'ex-PDG de Norbourg passe aux aveux et explique dans le détail comment il a floué 9200 investisseurs. Dans son témoignage, il incrimine un fonctionnaire du ministère des Finances, à qui il dit avoir versé un pot-de-vin ainsi qu'Éric Asselin, un ancien enquêteur Commission des valeurs mobilières du Québec qui avait dénoncé la fraude dont il est accusé.