L'ancien président sénégalais Léopold Sédar
Senghor est décédé jeudi 20 décembre 2001 à son domicile
de Verson, en France, à l'âge de 95 ans. Figure historique de l'Afrique
post-coloniale, cet humaniste accompli a joué un rôle
déterminant dans l'Afrique post-coloniale, en assurant une
stabilité politique à son pays.
«
Ma Négritude point n'est sommeil de la race mais soleil de l'âme,
ma négritude vue et vie. Ma Négritude est truelle à la main, est
lance au poing Réécade. Il n'est question de boire, de manger
l'instant qui passe. Tant pis si je m'attendris sur les roses
du Cap-Vert ! Ma tâche est d 'éveiller mon peuple aux futurs flamboyants.
Ma joie de créer des images pour le nourrir, ô lumières rythmées
de la Parole ! »
Distinctions: Président
d'honneur du Haut conseil de la francophonie depuis 1991.
Grand Croix de la Légion d'Honneur et Commandeur de l'ordre des
Arts et des Lettres.
Académicien.
Il est docteur honoris causa de trente-sept universités.
Les grandes étapes de sa vie:
Ce fils d'un propriétaire terrien est né
le 9 octobre 1906 à Joal (un ancien comptoir portugais), alors
que le Sénégal était encore colonie française,
le garçonnet ne s'exprimera qu'en Sérère (langue parlée
au Sénégal) jusqu'à l'âge de sept ans. C'est ensuite
à la mission catholique de son village natal qu'il apprendra le
français. Il entre, après son baccalauréat de philosophie,
au lycée Louis le Grand à Paris, où il sera condisciple
du président français Georges Pompidou.
Il devient agrégé de grammaire en 1935.
Senghor travaillera ensuite comme professeur de
français-latin-grec au lycée Descartes de Tours. Il sera mobilisé
en 1939, et fait prisonnier par les Allemands en juin 1940. Réformé
en 1942, il retourne alors à l'enseignement et participe
activement à la résistance au sein du Front national universitaire.
L'engagement politique et idéologique:
En 1930, le jeune
homme reçoit la nationalité française.
Il est avec le Martiniquais Aimé Césaire l'un des
principaux initiateurs du mouvement de la Négritude. Dès 1934,
Senghor fonde à Paris la revue l'Étudiant noir,
qui s'attache à éveiller la conscience des Noirs,
à combattre racisme et colonialisme. Son but: restaurer
la dignité à la négritude, un objectif qui
pour lui ne sera atteint que par le combat, un combat pacifique
cependant.
«La Négritude est la simple reconnaissance du fait d'être
Noir, et l'acceptation de ce fait, de notre destin de Noir, de notre histoire
et de notre culture.»
« Je déchirerai les rires Banania sur tous les murs de France... »
Il amorce sa carrière politique en 1945
et devient député du Sénégal, inscrit au groupe socialiste. Senghor
sera réélu député en 1951; on le retrouve aussi comme membre de
l'Assemblée consultative du Conseil de l'Europe et comme délégué
de la France à la Conférence de l'UNESCO et à l'Assemblée générale
de l'ONU.
Il deviendra secrétaire d'État dans le cabinet
d'Edgar Faure en 1955, ministre-conseiller du général de Gaulle
(1959), puis président de l'assemblée de la Fédération du Mali
(regroupant le Sénégal et l'actuel Mali) la même année.
Il fonde son propre parti, le Bloc démocratique
sénégalais, qui créera la surprise en remportant
les élections de 1951.
Il faut dire que Senghor est très proche du peuple, et en particulier
de la population paysanne, qui le portera au pouvoir et trouvera ainsi
une voix au sein du pouvoir sénégalais.
En 1960, le Sénégal devient indépendant.
Senghor sera à jamais associé à ce renouveau.
Successivement, Senghor est réélu aux élections
de 1963, 1968 et 1973. Il est alors le candidat unique d'un parti unique
(UPS : Union progressiste sénégalaise, bientôt rebaptisée parti socialiste,
PS). À partir de 1978, grâce à lui en bonne partie,
une opposition se forme dans le pays, ce qui n'empêche pas Senghor
de demeurer président.
L'homme a toujours rejeté ce qu'il considérait comme une mainmise de
l'Union soviétique et de Cuba sur certains pays d'Afrique. En fait, une
bonne partie de sa lutte sera axée sur la défense de l'autonomie
de l'Afrique de l'Ouest face aux pouvoirs qui veulent la contrôler.
Il n'est pas cependant sans reproche, et, dans
certains cas, n'hésite pas à faire emprisonner ses
opposants politiques.
En 1980, Senghor abandonne de son propre chef son
siège de président de la République au profit
du Premier ministre, Abdou Diouf, son dauphin. Senghor fut en
fait le premier chef d'État d'une ancienne colonie francophone
d'Afrique subsaharienne à céder volontairement le pouvoir.

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Les présidents du Sénégal indépendant:
*Léopold Sédar Senghor de Août 1960 à 1980
* Abdou Diouf de janvier 1981 à mars 2000
* Abdoulaye Wade depuis mars 2000
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L'homme de lettres:
C'est en 1945, que Senghor publie «Chants
d'Ombre», son premier recueil de poésie.
Senghor est aussi et peut-être surtout un
homme de lettre de renommée internationale. Il a réussi
à mener de front une vie politique intense et une carrière
d'auteur. En fait, Senghor a toujours dit que ses écrits
constituaient la partie la plus importante de sa vie, au delà
même de la politique. Très prolifique, il a publié
des dizaines d'ouvrages, tant recueils de poèmes (Chants
d'ombre, Éthiopiques, Lettres d'hivernage) que récits et
essais politiques touchant au devenir de son pays et du continent
africain. En 1956, il préside le premier congrès international
des écrivains et artistes noirs.
Ses ouvrages sont beaucoup lus: les Poèmes de Senghor ont franchi le
cap des 100 000 exemplaires, ce qui, en poésie, est quasiment exceptionnel.
En 1983, il est devenu membre de l'Académie française (le
premier noir à devenir académicien).
Extrait: Femme nue, femme noire
Vêtue de ta couleur qui est vie,
de ta forme qui est beauté
J'ai grandi à ton ombre;
Senghor
et son oeuvre littéraire
Bien qu'il n'ait jamais remporté le Nobel de littérature,
son nom a été évoqué à plusieurs reprises
pour ce prix.
Depuis quelques années, l'homme, très
âgé, ne quittait plus guère Verson, petite localité
normande d'où sa femme est originaire. Il disait souvent qu'il
y avait «construit sa case». Il laissera le souvenir
d'un humaniste, d'un homme qui a en quelque sorte incarné
le crépuscule du colonialisme français en Afrique
et la force tant intellectuelle que militante de la nouvelle Afrique.
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Hymne
national du Sénégal, paroles de L.S. Senghor:
Pincez tous vos koras,
frappez les balafons. Le lion a rugi. Le dompteur de la
brousse D'un bond s'est élancé. Dissipant les ténèbres.
Soleil sur nos terreurs, soleil sur notre espoir. Debout,
frères, voici l'Afrique rassemblée fibres de mon coeur vert.
Épaule contre épaule, mes plus que frères, O Sénégalais,
debout ! Unissons la mer et les sources, unissons la steppe
et la forêt ! Salut Afrique mère, salut Afrique mère.
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