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La présidence de Vladimir Poutine
Quand
Eltsine le choisit, Poutine est virtuellement un inconnu hors du
cercle des services secrets. Sera-t-il une nouvelle marionnette
au service de Boris Eltsine, ce président vieillissant et
capricieux qui ne semble pas vouloir lâcher le pouvoir et
qui limoge premier ministre après premier ministre ?
Qui est-il ? Son passé d'agent secret prête à
toutes les spéculations, on y distingue difficilement le
vrai de la fiction. Pourtant, quelques mois plus tard, au moment
de l'élection présidentielle, la popularité
de cet homme impénétrable atteindra des sommets. On
parlera même de « l'effet Poutine ».
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Le
programme électoral (sommaire) de Vladimir Poutine
Il s'agit d'un programme électoral
teinté de populisme et de patriotisme musclé.
Vladimir Poutine, qui a bâti sa popularité sur
le conflit en Tchétchénie, prône l'application
de la loi pour lutter contre toutes les formes de criminalité
qui minent la société russe.
Selon lui, le manque de volonté et l'absence de fermeté
ont permis l'éclosion des groupes criminels dans toute
la Russie. Poutine présente les succès militaires
des troupes fédérales en Tchétchénie
comme un exemple de la manière dont l'ordre doit être
rétabli en Russie
Lettre
ouverte de Vladimir Poutine aux électeurs russes |
Le 31 décembre 1999, Boris Eltsine, sous les
pressions croissantes, démissionne de la présidence,
laissant le champ libre à son premier ministre, qui devient
d'abord président par intérim. Vladimir Poutine a
alors 48 ans. Il sera élu dès le premier tour de la
présidentielle en mars 2000.
Résultat de l'élection de mars 2000 :
108 millions d'électeurs se sont prononcés. Vladimir
Poutine a recueilli 52,2 % des voix. En deuxième place,
le candidat communiste Guennadi Ziouganov est maintenu sous la barre
des 30 %. Vladimir Poutine voit ainsi confirmée la grande
popularité que lui accordaient les sondages d'opinion. Les
observateurs de l'Organisation pour la sécurité et
la coopération en Europe estiment que le scrutin a été
libre et honnête.
On
intronisera le président au cours d'une cérémonie
marquée par le faste, en mai suivant. C'est en fait la première
passation démocratique du pouvoir que connaît la Russie
en onze siècles d'histoire. Vladimir Poutine devient ainsi
le deuxième président de la Fédération
russe.
Vladimir
Poutine prête serment
Site des nouvelles de Radio-Canada, 2000
Pour
l'occasion, la garde présidentielle a revêtu un uniforme
impérial qui remonte à Pierre le Grand. Vladimir Vladomirovitch
Poutine jure « de respecter et de préserver
les droits de l'homme et les droits civiques ». C'est
lui qui, pourtant, quelques mois auparavant, avait lancé
l'offensive contre la Tchétchénie après les
premiers attentats dans la capitale russe et les incursions de combattants
tchétchènes au Daghestan.
Nouvelle
offensive des forces russes en Tchétchénie
Site des nouvelles de Radio-Canada, mai 2000
Les pouvoirs du président
russe
Le président de la Fédération est le
chef de lÉtat et le commandant en chef des
forces armées. Il détermine les grandes orientations
de la politique intérieure et extérieure.
La Loi fondamentale le dote de vastes prérogatives.
Il a la haute main sur la nomination
du gouvernement. Cest lui qui propose la candidature
du premier ministre ainsi que celle des vice-premiers ministres,
et qui les révoque. Le président dirige également
lactivité des organes de lexécutif
compétents pour les questions de sécurité
: ministères de la Défense, des Affaires étrangères,
de lIntérieur, des Situations durgence,
Service fédéral du renseignement extérieur,
Service fédéral de la sécurité
(FSB) et Agence fédérale pour les communications
et linformation gouvernementales.
Le président a le droit
dinitiative législative. Il peut également
légiférer par décrets.
Source : La documentation
française |
Premier
discours annuel de Vladimir Poutine
Site des nouvelles de Radio-Canada, 2000
Poutine
se retrouve donc à la tête d'un pays à l'histoire
tourmentée, dont l'économie est à terre. Il
consacrera la première année de sa présidence
à renforcer son contrôle sur l'assemblage hétéroclite
que forme la Fédération de Russie, à redonner
au Kremlin une légitimité après des années
de déliquescence du pouvoir central.
Le jeune président bénéficie
donc d'une forte popularité que l'on explique difficilement
tant son image est terne et fuyante. Dans un article du magazine
Le Figaro publié en 2001, Patrick de Saint-Exupéry
avance comme explication que cette absence d'image forte est justement
l'atout de l'homme, que regarder Poutine est comme contempler son
propre reflet dans un miroir et qu'il peut offrir à chacun
le reflet de lui-même.
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Mais
qu'est-ce qui plait chez Vladimir Poutine ?
Peu avant l'élection présidentielle
de 2000, un sondage du journal Itogi montrait que les
Russes, toutes tendances confondues, admiraient chez l'homme
ce qui manquait chez son prédécesseur :
la jeunesse, la sobriété, le dynamisme, l'ouverture.
Sa fermeté (un euphémisme)
face à la Tchétchénie avant son élection
lui a attiré la faveur d'un public frappé par
la psychose des attentats.
Deux ans plus tard, malgré
les remous, sa popularité semble se maintenir. Bien
qu'il n'ait que peu d'expérience politique, Poutine
s'est avéré un leader éloquent dans les
rencontres internationales.
La popularité durable de
Vladimir Poutine tient peut-être en partie à
son idéal patriotique. Il offre à ses concitoyens
le rêve d'une renaissance de la Grande Russie des tsars,
glorieuse, loin de l'humiliation des années de marasme
qui ont suivi la chute de l'empire soviétique. Son
discours simple, simpliste même, prône les valeurs
du pays.
Une chanson populaire chante même
les vertus du président russe :
« Et maintenant, je veux un homme comme Poutine »,
chante d'une voix le groupe Singing Together (chanter ensemble),
formé de quatre jeunes femmes russes.
En voici le refrain :
« Un homme comme Poutine,
plein d'énergie,
Un homme comme Poutine, qui ne boit pas,
Un homme comme Poutine, qui ne me blessera pas,
Un homme comme Poutine, qui ne me quittera pas » |
La dérive autoritaire ?
Tant en Russie que sur la scène internationale,
les défenseurs des droits de la personne ont vu d'un mauvais
il l'élection de Poutine, apparatchik du KGB,
certains ayant payé cher leurs contacts involontaires avec
les services secrets de l'ex-Union soviétique. Après
tout, cet homme est issu des organes d'oppression qui ont pesé
lourd sur l'histoire contemporaine du pays. On craint une dérive
autoritaire et, avec le temps, plusieurs indices tendent à
valider ces craintes.
Bien
qu'il affirme n'être en rien nostalgique du régime
communiste, Poutine s'empresse de rétablir l'ancien hymne
soviétique et de rendre le drapeau rouge à l'armée,
deux gestes hautement symboliques.
Dès son accession à la présidence,
Poutine, fort de sa volonté de reconstruire le pouvoir central,
s'entoure dans son premier cercle d'une brochette d'anciens du FSB
(ex-KGB). Il contrôle la télévision publique
pour juguler l'opposition et s'attache à marginaliser les
petits partis libéraux. Dans la couverture médiatique
du conflit tchétchène, il exercera une censure sans
faille.
Le président veut aussi redéfinir les
relations entre le pouvoir central et les régions. Pour contrer
les velléités d'indépendance ou d'autonomie
des régions, mais aussi, de façon plus positive, pour
assurer une meilleure cohésion de la Fédération,
Poutine a consacré l'un de ses premiers décrets après
son investiture à créer sept super-régions
dirigées par des hommes qui lui obéiront. Ces sept
représentants présidentiels sont chargés de
veiller à la conformité des législations locales
avec la loi fédérale russe.
Réforme
de la Fédération russe
Site des nouvelles de Radio-Canada, 2000
Par ailleurs, Vladimir Poutine se dit favorable à
l'allongement de la durée du mandat présidentiel de
quatre à sept ans.
Moscou :
un député influent renonce à son siège
Site des nouvelles, juillet 2000
Goussinski
inculpé
Site des nouvelles, juin 2000
« Lorsque nous parlons
de renforcer l'État, nous ne voulons pas réduire les
libertés démocratiques parce que, sans institutions
démocratiques, les droits de la personne, y compris la liberté
de faire des affaires, et l'économie de marché ne
peuvent pas se développer. »
(En entrevue
à l'émission Le Point, 2000)
Qu'en disent les observateurs ?
Les avis sont partagés, car l'occident a vu d'un bon il
les tentatives de rapprochement du président et ses efforts
pour remettre de l'ordre dans les affaires russes. Par contre, ses
gestes pour étouffer l'opposition et son attitude inflexible
dans le conflit tchétchène inquiètent.
Igor Bunin, politologue et analyste
russe, exprime l'opinion suivante au sujet de Vladimir Poutine :
« Cet homme ne pense pas en termes de démocratie.
Psychologiquement, c'est un technocrate, un pragmatique, un accro
du travail, qui n'envisage pas de contrepoids au pouvoir. Il est
dans sa nature, et aussi dans la nature de la façon dont
il a accédé à la présidence, de tenter
de prendre en main tous les leviers du pouvoir, de contrôler
tout et tout le monde. »
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Un
aperçu des objectifs politiques
de Vladimir Poutine
L'objectif premier de Poutine
est d'assurer une continuité avec le régime
soviétique sans toutefois envisager un retour à
l'ancien régime. Il prône une tradition de «gossoudarstvennost»,
de primauté de l'État.
Il travaille à la consolidation
de ses pouvoirs, une condition nécessaire pour gouverner
efficacement dans ce pays fragmenté. Il veut effectuer
un laminage de l'opposition. Il s'attachera à l'élimination
systématique des figures emblématiques de l'oligarchie
russe.
« Les oligarques
n'ont pas le droit de dicter les décisions de l'État;
ils ont seulement le droit d'exercer une influence par l'intermédiaire
des institutions légitimes telles que le Parlement. »
Poutine
continue son ménage
Site des nouvelles, janvier 2000
Il est décidé
à relancer sous la férule de l'État le
processus de réforme économique. Pour y parvenir,
il dit vouloir nettoyer le pays de la corruption, de l'emprise
de la mafia qui draine l'économie et qui constitue
la gangrène de la fonction publique.
Pourtant, on peut se demander
jusqu'où va cette volonté : pendant son
intérim, Vladimir Poutine a édicté un
décret octroyant immunité à vie à
son prédécesseur, Boris Eltsine, le protégeant
ainsi de toute poursuite, notamment en matière de fraude.
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Les hommes du président
Poutine a-t-il rompu avec son passé
d'agent secret, ce qui pourrait être un indice de ses intentions
en matière de démocratie ? Les vieilles habitudes
sont difficiles à changer, et on constate qu'au cours des
mois qui ont suivi son élection, Vladimir Poutine s'est entouré
de quantité d'anciens officiers du KGB, qu'il n'a pas hésité
à placer à des postes sensibles. Parmi ceux-ci, Sergueï
Ivanov, secrétaire du Conseil de sécurité,
Vladimir Ivanov, responsable du personnel au Kremlin, et Viktor
Cherkassov, numéro deux du FSB, un homme au passé
inquiétant qui a fait la chasse aux dissidents dans les années
80.
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